Certains sportifs ont marqué l’arène par leurs exploits avant de se réinventer ou de se reconvertir après leur carrière sportive. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte leur vie d’après-carrière. Aujourd’hui, coup de projecteur sur le boxeur Mouhamed Ali Ndiaye. Il a connu une trajectoire singulière entre Pikine, la France et l’Italie.
Son père, Moussa Ndiaye, ancien boxeur du club des Niayes de Pikine depuis 1967, était un fervent admirateur du grand champion américain Mouhamed Ali. Il suivait avec passion les exploits de celui qu’il considérait comme un modèle pour son style, son courage, son sang-froid et son éloquence. C’est donc tout naturellement qu’il donne à son fils le prénom de son idole. Le hasard fera ensuite le reste. En effet, lorsque la légende américaine séjourne au Sénégal, la famille Ndiaye réussit à établir un contact avec lui. Le jeune Mouhamed Ali garde de ces rencontres un souvenir particulier. « Mouhamed Ali est venu au Sénégal pour la toute première fois en février 1980. J’étais né et j’avais juste cinq mois. On m’a raconté qu’a mes cinq mois, on me l’a présenté », dit-il. Dix ans plus tard, alors qu’il est encore enfant, il a de nouveau l’occasion de croiser la route de son célèbre homonyme lors de son second passage au Sénégal. Le nom, finalement, aura accompagné toute sa vie.
À seulement 12 ans, il dispute son premier combat en 1991, lors de la première édition du Mémorial Battling Siki, au stade Marius Ndiaye. Dans cet environnement où il apprend progressivement les rudiments du noble art, il bénéficie des conseils de Joseph Diouf, Antoine Marème Mbengue et Alex Tavarez. Le jeune boxeur progresse rapidement. Des années plus tard, il allait se construire une réputation sur les rings. De Pikine à Pontedera en Italie « J’ai débuté dans une école de boxe. Mon père a été mon premier formateur, mon premier pilier », raconte-t-il. Entre 1997 et 1999, il s’adjuge à trois reprises le titre de champion du Sénégal. Trois couronnes nationales qui confortent ses ambitions et lui ouvrent les portes de l’équipe nationale. En 2000, il participe aux compétitions qualificatives pour les Jeux olympiques de Sydney, en Égypte, avec la sélection sénégalaise. Il partage alors l’aventure avec Pape Mamadou Sow et Laurent Gomis. Mais cette campagne olympique ne lui permet pas d’atteindre son objectif. « Par la suite, j’ai concouru pour la qualification aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, en Égypte, avec l’équipe nationale. J’étais avec Pape Mamadou Sow et Laurent Gomis. Après cette compétition, nous étions rentrés au Sénégal », se souvient-il.
Cette période marque pourtant un déclic. Le Sénégal commence à devenir trop étroit pour ses ambitions. Mouhamed Ali Ndiaye veut aller voir ailleurs, découvrir d’autres méthodes et surtout trouver les conditions nécessaires pour poursuivre sa carrière. Il décide alors de tenter l’aventure européenne. En 2000, Mouhamed Ali Ndiaye quitte le Sénégal. Son premier point de chute est la France, où il reste quelques mois. Mais c’est finalement l’Italie qui va devenir sa seconde patrie. Il s’installe à Pontedera, dans la province de Pise, en Toscane. Le rêve de carrière sportive se heurte toutefois aux réalités de l’immigration. Pendant deux ans, il vit sans titre de séjour et doit multiplier les petits métiers pour subvenir à ses besoins. « C’est à partir de là que j’ai décidé d’aller en Europe en 2000. J’étais d’abord allé en France, où j’ai séjourné quelques mois, avant de migrer vers l’Italie. Pendant deux années, je n’avais pas de papiers administratifs », explique-t-il.
Cette période difficile aurait pu mettre fin à ses ambitions. Mais le Sénégalais s’accroche. Il veut retrouver les rings. En 2002, une fois sa situation administrative régularisée, il reprend la boxe amateur en Italie. Le chemin est long, mais sa détermination finit par payer. Ses performances lui permettent d’intégrer la sélection italienne. L’Institut culturel italien de Dakar présente d’ailleurs son parcours comme celui d’un boxeur italo-sénégalais devenu champion d’Italie et champion d’Europe des super-moyens. En 2004, il devient champion d’Italie. Une performance historique dans son parcours et un premier grand accomplissement dans son pays d’adoption. Il passe ensuite professionnel le 1er octobre 2005. Pour ses débuts chez les professionnels, il s’impose par K.-O. face au Ghanéen Thomas Dodoo. Le jeune homme de Pikine, parti quelques années plus tôt à la recherche d’un avenir meilleur, commence alors à se faire un nom sur la scène pugilistique italienne. Après avoir conquis l’Italie, Mouhamed Ali Ndiaye s’attaque aux titres européens. Il remporte le championnat de l’Union européenne en 2011 chez les super-moyens et défend sa ceinture l’année suivante.
Cette réussite vient couronner plusieurs années de sacrifices. Mais, pour lui, le chemin parcouru compte presque autant que les titres. Un souvenir reste particulièrement fort : celui de sa rencontre avec le Président Abdoulaye Wade, au Palais de la République. « Ma rencontre avec le Président Abdoulaye Wade, c’était en 2008, quand j’ai remporté le titre du championnat d’Italie. Je fus le premier champion d’Italie venant du Sénégal. C’était lorsque Bacar Dia était ministre des Sports du Sénégal. Le Président Wade avait envoyé une délégation venue du Sénégal pour me soutenir. Quand j’ai gagné le titre, je suis revenu au Sénégal et le Président Wade m’avait reçu au Palais », raconte-t-il. Le Président Wade lui avait alors rendu hommage en le présentant comme « un exemple pour la jeunesse sénégalaise, un modèle de courage ». À cette époque, se souvient-il, la boxe sénégalaise traversait pourtant une période compliquée. La sélection nationale n’avait pas réussi à franchir certaines étapes qualificatives et le pays manquait plusieurs grands rendez-vous internationaux. Mouhamed Ali Ndiaye mesure alors le chemin parcouru. Quelques années auparavant, il combattait encore au Sénégal.
Désormais, il porte les couleurs de l’Italie et s’impose sur les rings européens. Place à la solidarité Après plus d’une décennie consacrée à la boxe de haut niveau, Mouhamed Ali Ndiaye finit par tourner la page du ring. Des problèmes de santé aux yeux l’obligent à ralentir, puis à mettre un terme à sa carrière professionnelle. « J’ai arrêté la pratique de la boxe professionnelle en 2015-2016 à cause d’un problème aux yeux », confie-t-il. Pour beaucoup de sportifs, la fin d’une carrière peut ressembler à un vide. Pour Mouhamed Ali Ndiaye, elle devient plutôt le début d’un nouveau combat. Il se tourne vers le social et le bénévolat. En Italie, il s’engage notamment auprès de la Croix-Rouge italienne et devient volontaire chez les sapeurs-pompiers. Son parcours dans le monde associatif lui permet de mettre son expérience et sa notoriété au service des autres. Il vit toujours à Pontedera, où il s’est installé avec sa famille. Son engagement en faveur des personnes handicapées prend également une dimension internationale. En 2012, il est nommé ambassadeur de bonne volonté pour les personnes handicapées. Il s’investit notamment dans des actions destinées à faciliter leur mobilité au Sénégal.
L’Institut culturel italien rappelle son engagement pour l’acheminement de moyens destinés aux personnes handicapées à Pikine ainsi que son implication dans l’envoi d’ambulances et de véhicules de secours vers le Sénégal. Il s’engage désormais pour apporter du secours, accompagner les plus vulnérables et créer des passerelles entre l’Italie et le Sénégal. Son parcours attire également l’attention dans son pays d’adoption. En 2019, son histoire est racontée dans un ouvrage écrit avec la journaliste et écrivaine italienne Rita Coruzzi. Intitulé « Mi chiamo Mouhamed Ali », le livre retrace son parcours, de son enfance au Sénégal à son installation en Italie, en passant par les difficultés rencontrées avant sa réussite sportive. En 2021, l’Institut culturel italien de Dakar lui consacre une rencontre autour de cet ouvrage. « Je souhaite venir au Sénégal pour rencontrer le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et lui présenter mon livre », dit-il. À Pontedera, il est devenu un visage connu. Au Sénégal, son nom reste associé à une génération de boxeurs qui ont porté haut les couleurs nationales.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ

