Le 22 janvier 1999, à Ziguinchor, Abdou Diouf recevait Abbé Augustin Diamacoune Senghor. Captée par « Le Soleil », leur poignée de main historique symbolisait un espoir de paix et de réconciliation dans une Casamance meurtrie par 17 ans de conflit.
Certaines archives racontent des faits et d’autres captent des événements pour l’éternité. Celles-ci revêtent une dimension symbolique qui garde intact le souvenir d’un jour encore mémorable pour la République. Une poignée de main historique entre deux hommes, deux leaders, deux voix pour nouer le dialogue afin d’éteindre les braises ardentes du conflit casamançais : le président Abdou Diouf qui reçoit le secrétaire général du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc), Abbé Augustin Diamacoune Senghor, sous le regard complice du maire de Ziguinchor d’alors, le ministre Robert Sagna. Cette rencontre, qui symbolise une « Promesse de paix en Casamance », pour reprendre la Une du « Soleil » du samedi 23 et dimanche 24 janvier 1999, s’est déroulée la veille, un jour de vendredi. D’abord, à Nema, première étape de la visite présidentielle, Diouf, devant une foule immense, avait rappelé la gravité de la situation dans laquelle se trouvait cette partie sud du pays consumée par une « guerre fratricide ».
D’ailleurs, l’édito d’Ibrahima Gaye, « l’appel de Ziguinchor », en disait long sur le cri de cœur du chef de l’État. L’éditorialiste rapportait ainsi les propos du deuxième président de la République en ces termes : « la Casamance a mal et j’ai mal ; la Casamance a mal et vous avez mal ; nous avons tous mal ». Dans le même sillage, le journaliste Samboudian Kamara, envoyé spécial du « Soleil » à Ziguinchor, avait débuté son article de compte rendu par trois mots qui édifiaient longuement sur cette visite enregistrée dans les éphémérides. « Historique. Pathétique. Poignant. », laissait-il apparaître en première ligne de texte pour capter cette rencontre mémorable. Depuis le début du conflit armé, qui date de 1982, aucun cri du cœur aussi fort que celui du président Diouf n’avait jamais retenti à Ziguinchor. Dans un discours historique, pathétique et poignant, il avait évoqué l’histoire et le sens, à tel point que les populations venues l’accueillir lors de l’inauguration de l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor se retrouvaient dans son discours jalonné de fortes émotions.
« L’ovation qui a suivi l’adresse du chef de l’État n’a d’égale que la conjonction de sentiments avec les populations de Ziguinchor qui perlait tout au long de son propos. En citant les figures historiques de la Casamance, de Djignabo à Emile Badiane, d’Aline Sitoe à Dembo Coly, qui n’aurait pas reconnu cette terre de Casamance aujourd’hui meurtrie ? », écrivait Samboudian Kamara. Ensuite, la sincérité de cette invite à la réconciliation sera matérialisée par une audience encore vivante que le chef de l’État avait accordée, le 22 janvier 1999, à 20h, à la gouvernance de Ziguinchor, au secrétaire général du Mfdc, Abbé Augustin Diamacoune Senghor, accompagné de Sidy Badji, ancien commandant des forces combattantes du Mfdc. Cette poignée de main, captée par Maïssa Niang, photographe au « Soleil », ponctuée par un tête-à-tête entre les deux personnalités aux cheveux blancs, avait servi une tribune aux responsables du mouvement indépendantiste pour réaffirmer au président de la République « leur détermination à œuvrer pour une paix juste et définitive en Casamance ». En retour, précisait Samboudian Kamara, Abdou Diouf assurait « aux responsables du Mfdc de sa disponibilité et de sa constante volonté de rétablir, par la voie pacifique, une paix durable en Casamance ».
Par Diégane DIOUF

