Le président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le général Birame Diop, a appelé ce vendredi 16 octobre à Dakar les ministres des Affaires étrangères des États membres à définir une position commune et un mandat clair avant l’ouverture des négociations formelles avec la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), prévue samedi dans la capitale sénégalaise.
« Les échanges entre les ministres des Affaires étrangères doivent permettre de dégager les orientations politiques nécessaires à la conduite des négociations et de donner aux équipes techniques un mandat clair pour défendre les intérêts de la communauté », a déclaré le général Birame Diop. Il s’exprimait lors d’une réunion de consultation des ministres des Affaires étrangères des pays membres de la CEDEAO, organisée en prélude au lancement officiel des discussions entre les deux organisations régionales.
Selon le président de la Commission, un projet d’accord-cadre général a été élaboré en interne afin de définir les bases des futures relations entre la CEDEAO et les pays de l’AES. « Nous avons travaillé en interne sur un projet d’accord-cadre général conçu pour préserver ce que nous pouvons encore construire ensemble », a-t-il indiqué. Le document couvre 18 domaines prioritaires regroupés en cinq pôles. Il vise notamment à établir un cadre de coopération dans des secteurs comme la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, la sécurité et la coopération transfrontalière.
Pour le général Birame Diop, l’enjeu est de parvenir à une position concertée avant les échanges avec les représentants de l’AES. Il a insisté sur la nécessité pour les ministres de s’accorder sur les objectifs à défendre et les acquis communautaires à préserver, dans un contexte marqué par des divergences politiques et institutionnelles, mais aussi par la persistance d’intérêts communs entre les pays de la sous-région.
Le ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang, a également plaidé pour une démarche collective. Il a estimé que les discussions devaient être conduites dans un esprit d’unité, afin d’éviter une fragmentation des relations entre les États ouest-africains.
« La nécessité de négocier en bloc unifié, en évitant toute conclusion d’accords bilatéraux qui pourraient menacer la cohésion de notre organisation », constitue, selon lui, l’un des principes devant guider les discussions.
Le chef de la diplomatie sénégalaise a, par ailleurs, souligné l’importance de préserver les acquis de l’intégration régionale, notamment en matière de libre circulation, d’échanges économiques et de solidarité entre les peuples. Il a également rappelé les liens historiques et fraternels qui unissent les pays de la région, malgré leurs divergences politiques.
Le dialogue et la coopération au cœur des discussions
Prenant la parole à son tour, Lansana Kouyaté, négociateur en chef de la CEDEAO auprès des pays de l’AES, a présenté les grandes orientations de sa mission, axée sur le maintien du dialogue entre les deux ensembles régionaux et la recherche de bases de coopération tenant compte des préoccupations de chaque partie.
Son mandat vise notamment à établir un mécanisme permanent de consultation entre la CEDEAO et l’AES, à définir des relations respectueuses des choix souverains des États, à préserver les acquis de l’intégration régionale et à renforcer la coopération face aux défis communs, en particulier sur le plan sécuritaire.
L’ancien Premier ministre guinéen a souligné la nécessité de dépasser les divergences institutionnelles pour préserver les relations entre des pays liés par leur géographie, leur histoire, leurs échanges économiques et les mobilités humaines.
La lutte contre le terrorisme figure également parmi les enjeux appelant une concertation entre les deux espaces régionaux. Sur ce point, le négociateur en chef a défendu une approche fondée sur le dialogue et la recherche de compromis.
« Une négociation réussie n’est pas celle où une partie l’emporte sur l’autre. C’est celle où chacun repart avec la confiance d’avoir été entendu », a-t-il affirmé. « Les États peuvent choisir leurs alliances, mais les peuples, eux, ne choisissent pas leur géographie », a-t-il ajouté, soulignant l’interdépendance des pays ouest-africains.
À la veille de l’ouverture des négociations formelles, les consultations entre les ministres de la CEDEAO doivent ainsi permettre de dégager une ligne commune sur les priorités de l’organisation. L’objectif est de préserver les mécanismes de coopération régionale et les acquis de l’intégration, tout en recherchant les conditions d’un dialogue durable avec les pays de l’AES.
Cheikh Tidiane NDIAYE

