Le tunnel de la victoire du Tianshan, du nom de la chaîne de montagnes qu’il traverse, est considéré par les Chinois comme le plus long tunnel autoroutier au monde. Situé dans la lointaine région autonome ouïghoure au Nord-Ouest de la Chine, cet ouvrage qui passe sous ces montagnes, jadis considérées comme une frontière naturelle, a relié le nord et le sud du Xinjiang, et même la Chine aux pays d’Asie centrale.
BEINJING-Dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, les Chinois ont repoussé les limites de la nature grâce à leur technologie. Ils ont dompté cette barrière naturelle qui a toujours été considérée comme une frontière entre le nord et le sud de ce vaste territoire du Nord-Ouest afin de connecter plusieurs localités. Les chaînes de montagnes du Tianshan sont si impressionnantes que les Chinois les appellent les « montagnes du ciel », avec leur altitude de près de 4 000 mètres sur plusieurs kilomètres de longueur. Autrefois, les habitants du Nord-Ouest de la Chine pensaient que ces montagnes constituaient une frontière entre deux mondes. Mais depuis décembre 2025, grâce à la technologie, la République populaire de Chine y a mis en service le plus long tunnel autoroutier au monde dit aussi tunnel de la Victoire. Le tunnel du Tianshan est long de 22,13 km.
En ce mercredi 22 juillet 2026, pour rallier Urumqi, la capitale de la région autonome ouïghoure, située à environ 3 000 kilomètres de Beijing, à Tiemenguan, une ville située à 400 kilomètres au sud de ladite région, nous sommes passés par cet impressionnant tunnel. Il a fallu emprunter plusieurs ponts suspendus entre les montagnes du ciel, à plus de 2 500 mètres d’altitude, traverser un réseau d’une dizaine de tunnels de plusieurs kilomètres sous les montagnes, avant de s’engager dans cet ouvrage. Le tunnel est ainsi une curiosité pour de nombreux touristes. Dans l’ouvrage, l’usager a l’impression de se trouver dans les entrailles de la montagne. À certains endroits du tunnel, plus de 1 000 mètres de montagne se trouvent au-dessus de nos têtes. Il faut un peu plus de 20 minutes pour apercevoir l’autre bout du tunnel.
Tang Xiyuan, guide et interprète, a affirmé que les travaux du tunnel ont duré cinq ans, alors que, selon les estimations initiales, il fallait dix ans pour construire un ouvrage pareil. Des milliers de personnes ont travaillé pour réaliser cette ambition chinoise. « Il a fallu percer les montagnes avec des engins utilisant les technologies les plus avancées, car sous la montagne, les conditions géologiques peuvent changer brusquement. Pour les ingénieurs, la construction ressemblait à une opération chirurgicale sur un être humain. Il fallait observer et dialoguer avec la montagne pour savoir par où la déchirer », a confié M. Tang.
5 ans au lieu de 10 ans de travaux
Partageant avec nous les éléments techniques de l’ouvrage, Tang Xiyuan rappelle que, face aux difficultés, les équipes ont adopté la solution de trois galeries et de quatre puits. Les galeries ont été creusées à côté du tunnel principal pour faciliter les interventions de service. La galerie centrale joue ainsi un rôle essentiel pour la maintenance du tunnel, mais aussi pour l’évacuation des usagers en cas d’accident. Quant aux quatre puits, ils permettent de relier le tunnel au sommet de la montagne afin d’assurer son aération. Le tunnel de la victoire est doté aussi d’un système de maintenance, de surveillance et de prévention des incendies. Malgré sa profondeur, le réseau téléphonique et la connexion Internet y sont disponibles pour les usagers. Compte tenu de la longueur de l’ouvrage, afin d’éviter la fatigue visuelle des conducteurs, plusieurs couleurs de peinture ont été utilisées pour décorer les parois du tunnel.
Avant la mise en service du tunnel, les véhicules contournaient les chaînes de montagnes et passaient par les cols. Il fallait ainsi effectuer plus de trois heures de route supplémentaires. « Le tunnel permet de gagner trois heures. On traverse maintenant la montagne en 20 minutes de route, au lieu de plus de trois heures de contournement. D’Urumqi, la capitale, à Korla, une ville située au sud du Xinjiang, avant le tunnel, le trajet durait sept heures. Maintenant, avec le tunnel, il ne dure plus que 3 heures 30 minutes. C’est une belle opportunité pour les échanges et le commerce. La montagne divisait la région entre le nord et le sud, et même l’Asie centrale et l’Asie du Sud », rappelle Tang Xiyuan.
Depuis sa mise en service, l’autoroute relie les principaux axes de production de la région et facilite davantage les liaisons entre la Chine et l’Asie centrale. Le tunnel était devenu une nécessité car, selon M. Tang, depuis les années 1950, les Chinois rêvaient de percer ces montagnes afin de relier les populations.
À la fin des travaux, il confesse que les responsables ont simplement déclaré : « Ce n’était pas un défi de construire le tunnel le plus long ; la Chine a réalisé ce projet tout simplement parce que des populations nous attendaient de l’autre côté de la montagne ».
Oumar KANDE (Correspondant)


