Un journaliste malien, arrêté en juin après avoir ouvertement évoqué le pouvoir lors d’un forum des médias, a été condamné lundi à un an de prison, dont six mois avec sursis, a appris l’AFP auprès du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.
« Nous avions espéré un verdict plus clément, mais hélas… », a réagi auprès de l’AFP l’un des avocats de Chahana Takiou, directeur de publication du bihebdomadaire malien « 22 Septembre ».
Ce journaliste a été placé en détention début juin après une sortie contre le régime lors du Forum panafricain des médias qui s’était tenu à Bamako.
Lors de ce forum, le journaliste avait notamment déclaré, au cours d’un panel animé par Idrissa Hamidou Touré, procureur d’un tribunal de Bamako : « Il n’y a aucune dynamique de paix au Mali. Vous arrêtez les journalistes et, au lieu de les juger selon le régime de presse et le délit de presse au Mali, c’est la loi sur la cybercriminalité que vous appliquez. »
« Le narratif souverain africain n’existe pas, tout comme il n’y a pas de narratif européen ou maghrébin. Le journalisme est le même sous tous les prétextes », avait aussi lancé M. Takiou, déclenchant une ovation de ses confrères, lors d’un autre panel.
Depuis leur arrivée au pouvoir lors d’un putsch en 2020, les militaires ont imposé des restrictions sévères aux libertés au Mali, réduisant au silence l’opposition et les voix dissidentes par des mesures coercitives, des mises en cause et la dissolution des partis politiques.
Le régime, dirigé par le général Assimi Goïta, a manqué à sa promesse de rétablir le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024.
Le Mali occupe la 121e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF établi en 2026.
Ce pays sahélien est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que par celles de groupes criminels communautaires et d’autodéfense indépendants.
AFP


