Cinq ans de prison ferme. C’est la peine requise par le parquet à l’encontre de Mouhamed Coulibaly et Baye Guèye, poursuivis respectivement pour escroquerie portant sur des bijoux évalués à 14 millions de FCFA, usurpation de fonction d’agent de la Sonatel et recel. L’affaire concerne le vol des biens de la célèbre animatrice de la TFM, Awa Traoré dite « Eva ».
Les débats d’audience de l’affaire Awa Traoré dite « Eva » ont mis en lumière une escroquerie téléphonique sophistiquée. Le 24 juillet dernier, la célèbre animatrice de la TFM s’est fait dérober des bijoux d’une valeur de 14 millions de FCFA. Vers 13 heures, pendant qu’Eva Traoré travaillait dans son atelier de couture, sa ligne mobile a été délibérément saturée par de multiples appels brefs (« Allô maman ») afin d’empêcher toute communication avec ses proches.
Simultanément, un faux agent de la Sonatel a joint son fils, B. W. Seck, sur la ligne fixe familiale. Prétextant un épuisement du forfait Wifi et la menace d’une pénalité financière, l’escroc a manipulé le nouveau bachelier. Guidé à distance, ce dernier a fouillé les armoires de la maison, rassemblé les bijoux de sa mère dans un sac, puis les a remis à un chauffeur de taxi complice.
Réalisant la supercherie juste après le départ du taxi, le jeune homme a donné l’alerte. Awa Traoré a alors contacté l’un des numéros des escrocs. Pendant 17 minutes d’échange, ces derniers ont refusé de lui rendre ses affaires, poussant le cynisme jusqu’à lui demander le titrage en carats des bijoux volés (18 ou 21 carats) avant de l’injurier.
L’enquête a permis de remonter jusqu’au cerveau présumé de la bande, Mouhamed Coulibaly, commerçant de 38 ans basé à Taïba Niassène (Kaolack). Les deux puces téléphoniques utilisées pour l’arnaque étaient enregistrées à son nom et la troisième au nom de sa femme. Les données de bornage ont également confirmé la présence des téléphones à Serekunda, en Gambie, durant la période du délit.
Baye Guèye a lui aussi été interpellé à Taïba Niassène. Selon l’enquête, les deux hommes se seraient ainsi rendus en Gambie les 25 juillet et 10 août afin de revendre les bijoux, permettant à Guèye de percevoir une commission de 400 000 FCFA. À la barre, les suspects ont fermement contesté les faits, affirmant tout ignorer de l’origine de ces bijoux.
Face à la gravité des accusations, le parquet a requis cinq ans de prison ferme contre les prévenus. Les avocats de la partie civile ont, quant à eux, réclamé 100 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts, tandis que le conseil de la Sonatel a sollicité un million de FCFA de réparation.
De son côté, la défense a plaidé l’absence d’imputabilité des faits, soulignant qu’aucun des numéros incriminés n’était enregistré au nom de M. Coulibaly, encore moins une réquisition judiciaire adressée à la Sonatel. Sollicitant la relaxe, elle a précisé que son client avait perdu l’un des téléphones concernés le 14 avril 2025. Le délibéré est fixé au 9 octobre prochain.
Hadja Diaw GAYE


