L’année tire à sa fin. Pour les collectivités territoriales, c’est toujours la période choisie pour voter leur budget et se projeter sur les 12 mois à venir. Devant le représentant de l’État et en présence des conseillers municipaux, l’ordre du jour est souvent décliné ainsi : bilan de l’exercice précédent, vote du budget et divers. Il suffit de deux à trois heures pour que le maire et le conseil municipal clôturent une séance pourtant si importante, dans la joie et la bonne humeur.
Et pour donner un semblant de sérieux à leur rencontre, les journalistes sont souvent invités à relayer l’information. Pour une année encore, un groupe de 20 à 50 personnes vient de décider du sort des populations, notamment en matière de santé, d’éducation, de cadre de vie, de mobilité, etc.
Même s’ils ont la légitimité de voter le budget de la communauté, ensuite approuvé par l’autorité étatique, l’exercice se fait presque toujours en excluant les principaux concernés : les populations elles-mêmes. Parfois, aucune information n’est donnée sur le jour du vote du budget. C’est seulement après que les langues se délient, comme si l’exercice se faisait en catimini, dans la précipitation.
Or, tout ce qui se fait pour moi sans moi est contre moi, a-t-on l’habitude de dire. Malheureusement, beaucoup de collectivités territoriales agissent de la sorte, oubliant ceux-là mêmes qui ont porté au pinacle leurs dirigeants.
Souvent, le processus d’élaboration du budget, avec le débat d’orientation budgétaire, exclut une bonne partie de la communauté. La solennité et le sérieux de cette rencontre ne sont jamais au rendez-vous.
Dans un contexte où la participation citoyenne est un élément clé de notre politique de décentralisation, il est temps que cette manière de faire des conseillers municipaux soit revue. Nos collectivités territoriales ne doivent pas être gérées en vase clos ou par un groupuscule qui s’arroge le droit d’agir comme bon lui semble.
Certaines communes sénégalaises ont pourtant commencé à changer la donne en adoptant le budget participatif. Il existe même un réseau de communes qui essaie de faire la promotion de ce modèle venu d’Amérique du Sud.
L’avantage du budget participatif est qu’il implique toutes les couches de la société, notamment les conseils de quartier ou les communautés villageoises pour les communes rurales, avant de parvenir aux conseillers municipaux qui en débattent, puis l’approuvent. Ce n’est qu’ensuite que le maire, en dernier ressort, entérine ce que la communauté aura choisi comme priorités.
Cela permet de tenir compte de critères comme le genre, le handicap, la question de l’enfance ou encore celle des minorités ethniques ou religieuses. Dès lors, le maire et les conseillers n’ont plus besoin de fournir des explications sur la construction d’un poste de santé, la réfection d’une école ou les travaux d’une route communale puisque les populations auront, au préalable, choisi les actions prioritaires.
À défaut du budget participatif, les communes encore frileuses à l’idée d’adopter ce modèle devraient initier des consultations populaires. Organiser les conseils de quartier en réseau pourrait leur permettre d’opérer les meilleurs choix, surtout dans une période marquée par la rareté des ressources, l’absence d’équipements et des besoins qui surgissent de toutes parts.
Il y a donc urgence pour nos collectivités territoriales à revoir la manière de voter les budgets. L’inclusion reste la meilleure option.
maguette.ndong@lesoleil.sn

