Décembre est par essence un mois festif. Noël et le 31 décembre lui confèrent quelque chose de magique. Mais, ce qui le rend particulièrement spécial, ce sont sans aucun doute les cadeaux. Et ce n’est pas seulement à l’occasion du 25 décembre.
Au Sénégal, les cadeaux, c’est tout le mois. Ils sont sous forme de déstockage, de promos… Bref, de prix cadeaux, pour faire court. C’est un peu le nettoyage de printemps pour les entrepreneurs. Tout doit disparaître et souvent, à des prix défiant toute concurrence. Cette période de promos à tout va fait bien l’affaire des entrepreneurs. Cependant, ce n’est rien de nouveau dans l’univers du marketing. Décembre est une période clé pour les commerçants. Ce dernier mois de l’année est une occasion en or pour se débarrasser des invendus, des fins de série et liquider les stocks excédentaires avant les nouvelles collections. Mais, comme dit le proverbe, qui trop embrasse mal étreint. Certains en usent et en abusent au détriment des friands de bonnes affaires. Ici, ce qui devait être une façon d’écouler plus facilement des marchandises via les réseaux sociaux s’est transformé en publicité mensongère. Quelques jours auparavant, une célèbre marque de quincaillerie en ligne a surfé sur cette vague en organisant un « Black Friday ».
Sur les réseaux, la pub est devenue tout de suite virale. Il faut dire que le slogan « -90 % sur tous les produits » a fait quand même le job. Le jour J, des milliers de Sénégalais se sont massés devant la boutique. Mais, ceux qui pensaient repartir avec leurs produits ont vite déchanté. Les gérants ont finalement dû se confondre en excuses, donnant comme prétexte un stock épuisé et l’arrivée de la police qui est intervenue pour y mettre un terme. Comme par hasard. L’histoire ne s’arrête pas là. Cette foule, justement, était le coup de communication parfait dont avait besoin l’entreprise de quincaillerie pour faire parler sur les réseaux. Une célèbre marque de cosmétique a également surfé sur la vague de la foule en organisant, vendredi dernier, un « Black Friday » dans un centre commercial de la place. Pari réussi ! Une grande foule, composée majoritairement de femmes, a fait le déplacement pour « acheter un produit et en avoir deux offerts ». Mais, la majorité des acheteuses sont reparties les mains vides, car l’événement a débordé. Très pratique, encore une fois. Ces coups de marketing, devenus monnaie courante, usent d’une méthode plus vieille que le monde, à savoir la publicité mensongère.
La promesse, la rareté et les prix cassés suffisent à générer des clics et à attirer les foules, mais aussi des ennuis. En effet, la publicité mensongère est un délit. Selon la loi 1983-20 relative à la publicité, cette dernière ne doit pas être mensongère, trompeuse ou de nature à induire en erreur le consommateur. Elle doit respecter la vérité, l’information loyale, la transparence. Les peines encourues peuvent aller de six mois à un an de prison ferme et une amende de 250 000 à un million de francs Cfa. Toutefois, au-delà des sanctions prévues par la loi, les conséquences de ces pratiques se font d’abord sentir sur le terrain, dans le vécu quotidien des consommateurs, car derrière ces scènes de foule, se cachent la perte de temps, parfois l’humiliation, les bousculades, les risques de blessures et surtout cette sensation amère d’avoir été utilisé comme un simple outil de communication. Derrière chaque vue, chaque clic, il y a des âmes bien réelles qui attendent juste de recevoir un « cadeau » en ce mois festif.

