La Belgique est finalement éliminée de la Coupe du monde, mais la formule est restée. Après la victoire inespérée contre le Sénégal, le 1er juillet à Seattle (3-2 alors que les Lions menaient 2-0 jusqu’à la 85e minute), l’entraîneur français des Diables Rouges, Rudi Garcia, avait eu cette formule qui est restée dans les mémoires : « On connaît ces équipes-là (…) ». Face au tollé suscité par cette déclaration, le tacticien français avait rétropédalé, expliquant qu’il ne visait nullement les sélections africaines.
Honni qui y voit du racisme ! L’ironie de l’histoire c’est que la Belgique fait désormais partie de… « ces équipes-là », puisqu’ayant encaissé le but fatal contre l’Espagne en quart de final à la… 88e minute. Le charme de la langue réside moins dans ce qui est dit que ce qu’elle laisse entendre. Ainsi, la formule de Garcia, indépendamment de l’intention de son auteur, est devenue un marqueur identitaire des équipes africaines durant cette Coupe du monde. Le pire dans tout cela, c’est qu’il n’a pas totalement tort vu la manière dont ces équipes ont été éliminées. Le scénario est le même : elles font (presque) jeu égal avec les grandes nations de foot, mais pèchent dans le mental et finissent par se faire naïvement éliminer alors que la victoire leur tendait les bras.
Cependant, en dépit de ce que certains pensent de l’arbitrage, c’est plus sur le terrain politique que « ces équipes-là » ont reçu plus de tacles irréguliers. Entre restrictions, refus de visas et déclarations xénophobes, l’administration Trump avait multiplié les signes, avant même le début de la compétition, pour montrer à ces équipes-là qu’elles n’étaient pas forcément les bienvenues en Amérique. Heureusement qu’à son grand soulagement, elles ne sont pas restées longtemps sur le sol américain.
Il faut regretter qu’aucune équipe africaine n’ait réussi cette année à rééditer l’exploit de Jesse Owens lors des Jeux olympiques de 1936 à Berlin pour clouer le bec aux suprémacistes blancs. Même la France, l’équipe la plus séduisante du tournoi, est la cible de propos racistes du fait de la couleur noire de la plupart de ses joueurs. Le monde entier a entendu les propos ignobles et immoraux de la sénatrice paraguayenne sur « l’équipe africaine de France ». Même en France et, plus étonnant encore, en Afrique, il y a une focalisation sur la couleur de la peau des joueurs français plutôt que sur les performances sportives qui suscitent les louanges et l’admiration des vrais connaisseurs du football.
Cette banalisation du racisme anti-noir plonge ses racines dans une longue histoire remontant à plusieurs siècles voire millénaires. Les commentaires de l’ancien footballeur allemand Bastian Schweinsteiger sur « un football africain un peu sauvage » font écho aux tristement célèbres thèses de Hegel sur l’Afrique noire et les Africains dans ses fameuses « Leçons sur la philosophie de l’histoire » où il affirme que « les nègres représentent l’homme naturel dans toute sa sauvagerie ». On connaît l’influence néfaste de ce discours sur les malheurs de l’Afrique.
C’est à cette racine, à cette structure mentale, qu’il faut s’attaquer si l’on veut combattre efficacement le racisme anti-noir, parce qu’il faut le dire, il reste du Hegel dans notre temps. Il faut aussi mettre en lumière l’apport des Noirs dans la Civilisation du monde et déconstruire les mensonges et contrevérités qui les aliènent et prétendent qu’ils « n’ont rien inventé ». C’est à ce travail salutaire que s’attèle Dr Oumar Dioume dans son ouvrage intitulé « Lumières noires de l’humanité » (2018, 210 p.) en mettant en lumière la formidable contribution, de l’Antiquité égyptienne à nos jours, le rôle fondamental des Noirs dans tous les domaines du savoir, à travers une galerie d’inventeurs, de héros, d’artistes et de sportifs.
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