Les derniers évènements liés à la tentative de coup d’État au Bénin, le 7 décembre 2025 dernier, témoignent de la fragilité du modèle démocratique en Afrique de l’Ouest. En effet, cette région connaît de nombreux soubresauts depuis plus d’une décennie : coups d’État militaires en Guinée, au Mali, et au Burkina Faso, et tout récemment en Guinée-Bissau.
Sans oublier les entorses au processus démocratique en Côte d’Ivoire et au Togo avec des violations de la Constitution qualifiées par certains de coups d’État constitutionnels. Ces dynamiques de rupture de l’ordre constitutionnel témoignent d’une crise de légitimité des institutions démocratiques post-transition. Elles révèlent l’échec du constitutionnalisme libéral importé à satisfaire les attentes socio-économiques des populations. D’autant plus, que les deux poids, deux mesures de la Cedeao concernant ces manquements à l’État de droit a fragilisé les défenseurs de l’ordre constitutionnel. Cette situation pose aussi un problème existentiel pour les démocraties plurielles comme le Ghana, le Cabo Verde et le Sénégal. La démocratie des pays francophones est l’émanation des conférences nationales qui ont jalonné les années 90.
Rapidement, les différents États se sont retrouvés confrontés à des limites structurelles comme l’explosion de la demande sociale, l’emploi des jeunes et les politiques d’ajustement structurel imposées dans les bagages de la mondialisation. Le djihadisme, qui s’est greffé aux problèmes économiques, est venu accentuer ce déséquilibre politico-économique. L’émiettement de la classe politique en une centaine de formations politiques ne facilite pas la lisibilité du jeu politique. Des partis politiques qui se prêtent au jeu des coalitions et des alliances pour s’attirer les privilèges du pouvoir. Ce paradigme de politicien corrompu et de militaire vertueux et patriotique va rapidement s’imprégner dans l’inconscient et l’imagerie populaire. L’absence de développement économique et de progrès social a délégitimé les pouvoirs civils au profit des régimes militaires. Des pouvoirs civils comme celui de Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso vont souffrir de cette représentation de collusion et de complicité, accusés de faire le jeu des multinationales.
Cette délégitimation fait rapidement le lit des discours souverainistes que prennent en charge les juntes pour conquérir l’assentiment des masses populaires. Le discours anti-occidental et de préservation de l’identité nationale constitue aussi un socle pour consolider le pouvoir des juntes au Mali, au Niger et au Burkina Faso. L’intégration des langues nationales dans le cursus scolaire au Mali, la nationalisation des ressources minières au Burkina et au Niger sont des éléments de cette révolution « kaki ». Ces mesures symboliques masquent souvent l’absence de projet de transformation et servent principalement à consolider l’emprise de nouvelles élites militaires sur l’appareil d’État. La vulnérabilité de nos États face à des chocs exogènes (guerre, crise financière, dette) avec le risque d’une concentration de l’économie mondiale fait peser de grands risques sur le maintien du caractère républicain de nos démocraties.
Pour beaucoup d’analystes, la pérennité du modèle démocratique ouest-africain passe par le renforcement de la culture civique auprès des populations. Il faut aussi instaurer au sein de la classe politique une charte de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption pour éviter toute décrédibilisation du système politique. Les institutions supranationales comme la Cedeao et l’Union africaine doivent mettre sur pied des systèmes de sanctions contre tout pays contrevenant aux règles de l’État de droit, qu’il s’agisse de changements constitutionnels ou de coups d’État. Des éléments clés comme la limitation des mandats, le caractère républicain de l’État doivent être consignés dans des clauses d’éternité pour garantir l’alternance et le pluralisme dans nos démocraties. Sans cette transformation, les démocraties ouest-africaines demeureront des coquilles vides vulnérables aux prédations autoritaires.

