C’est une vidéo virale qui est devenue une affaire d’État. Au mois de novembre dernier, à Sigiri en Haute Guinée, un jeune Burkinabé, accompagné par un autre jeune de son âge, se filme marchant allègrement dans une exploitation aurifère artisanale. Le ton taquin, il débute : « On travaille ici. On va gâter la terre de Guinée pour partir au Burkina construire de belles maisons.
On va aller faire notre vie ailleurs. Au Burkina ». Il tourne le smartphone sur le site et enchaine : « Vous voyez comment on a gâté cette terre ? ». Sourire aux lèvres, il renchérit : « On va gâter la terre de Guinée ici, on va aller construire au Burkina ». Ignorance, mépris ou arrogance ? Dans tous les cas, ces propos ont entrainé la colère des populations locales, lesquelles ont lancé une vendetta contre les orpailleurs clandestins burkinabè. Les installations de fortune de ces derniers n’ont pas résisté à la furie populaire. Les populations, noires de colère, ont tout détruit sur leur passage. Dans un communiqué en date du 17 novembre 2025, le Haut conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger pour la région de Kankan a désapprouvé cet acte.
« Nous venons par ce communiqué nous démarquer des agissements de cet individu et exprimons notre désapprobation avec ses dires et dire que nous sommes outrés de ces agissements qui n’honorent pas le peuple guinéen qui nous a accueillis. En effet, ces déclarations n’engagent que cet individu et ne reflètent en rien et aucune façon la volonté des Burkinabè sur la préservation de l’environnement en République de Guinée. Nous présentons nos excuses les plus sincères aux autorités guinéennes et au peuple guinéen pour ce malheureux incident et assurons tout mettre en œuvre dans la mesure du possible pour retrouver et mettre le concerné à la disposition des autorités compétentes guinéennes pour la suite à donner à cette affaire », peut-on lire dans le document. :
Dans un autre communiqué en date du 21 novembre 2025, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Siguiri a annoncé l’ouverture d’une enquête en étroite collaboration avec ce Haut conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger afin d’interpeller et traduire devant la justice les auteurs présumés de la vidéo qualifiée d’« outrageante ». Tout en condamnant les actes de pillage, de vandalisme et de destruction de biens privés notamment des Burkinabè, le procureur a appelé les jeunes guinéens au calme et à la retenue, rappelant que l’émotion suscitée par cette vidéo est légitime, mais la violence contre les autres ressortissants burkinabè ne saurait être une réponse. Plus tard, le Haut conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger a sollicité et obtenu une audience auprès du chef de la diplomatie guinéenne. « Aujourd’hui, nous parlons au nom du capitaine Ibrahima Traoré, président du Faso chef de l’État et de notre ministre des Affaires étrangères (…) Avec le Haut conseil et le comité des Sages, nous allons circonscrire et désormais contrôler la communication au niveau de nos compatriotes », dit-il, avec toute la solennité requise.
Auparavant, il a condamné l’acte et rappelé que s’il est identifié, le mise en cause fera face à la rigueur de la Loi. Il a aussi rappelé que les autorités burkinabé se sont saisies du dossier. Naturellement, le chef de la diplomatie guinéenne a promis de rendre compte fidèlement au chef de l’État, le président Mamadi Doumbouya. Ce qu’on peut retenir de cette affaire malheureuse, c’est qu’en posant certains actes, on engage directement la responsabilité collective. Et les conséquences peuvent être déplorables. Dès lors, la question qui se pose est : Peut-on tout dire sur les réseaux sociaux ? Cette question est aussi valable dans la vie courante. On ne peut résider chez quelqu’un, le toiser, le provoquer et l’attaquer, impunément. Il arrivera un jour, où une goutte de trop fera déborder le vase. Et ce jour-là, il sera malheureusement trop tard. Ce chapitre malencontreux pose le débat sur l’urgence de prendre au sérieux les échanges déplacés, entre Sénégalais et certaines communautés étrangères, qui foisonnent sur le net.
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