Une mixture bizarre, une vendeuse aux compétences douteuses et, chantilly sur le gâteau, des vidéos de préparations filmées et postées sur TikTok. Il ne fallait pas chercher loin pour faire le buzz, comme dirait la Gen Z.
Après la bataille des mille et une dermatos de TikTok, alias les vendeuses de savons miracles, place maintenant aux vendeuses de chantilly. Levons tout de suite tout amalgame ! Non, il ne s’agit pas de la crème fouettée sucrée venue tout droit de la ville de Chantilly en France, au risque d’en décevoir mes amis les Diobène. La chantilly vendue sur TikTok est tout sauf destinée au ventre. Les ingrédients qui la composent feraient fuir n’importe quel gourmand : clous de girofle, oranges, pommes… Bref, on croirait plus lire la recette d’une salade de fruits improvisée qu’un produit cosmétique digne de ce nom. Pourtant, la chantilly cosmétique, la vraie, est une texture légère et aérienne obtenue en fouettant un beurre végétal (comme le karité ou le coco) avec des huiles végétales.
Le processus incorpore de l’air pour créer une crème onctueuse, fondante, facile à appliquer sur la peau comme sur les cheveux. Elle sert à hydrater, nourrir, protéger, réparer. En théorie. Mais comme d’habitude, nos chimistes de Tiktok s’y adonnent à cœur joie, mélangeant tout et n’importe quoi sans aucun contrôle de qualité, sans aucune notion d’hygiène et encore moins de dosage. Depuis trois jours, ils rivalisent d’astuces, de stratagèmes et de faux airs de professionnelles pour exhiber leur prétendu savoir-faire. Sans gants, sans masques, sans matériel adapté. Rien. Juste un bagout bien rodé, quelques diplômes brandis comme des talismans et… la mayonnaise prend. Ou plutôt le mélange. Cet intérêt autour de ce produit rappelle à bien des égards celui suscité par les savons dits « naturels » ou encore les produits grossissants vendus sur le réseau social chinois. Mais au Sénégal, il faut croire que maitriser l’art du « jaamb » (mélange) est devenu LA potion magique pour se faire de l’argent.
Pour la peau, le visage, les fesses et même souvent les coins les plus insoupçonnés, il y en a pour toutes les crèmes. Dans ce marché bien rôdé, pas besoin de piailler sur les modes d’utilisation ou encore les composants. Il suffit de deux filtres, trois phrases dites rapidement et un joli montage pour transformer une simple purée d’agrumes en soin miraculeux censé « exfolier, nourrir, hydrater, lisser, gommer, blanchir ». Et vous trouvez ainsi sans grosse difficulté LA bonne combine pour vendre ces crèmes chantilly aux nombreuses adeptes de « produits miracles » Dans cette frénésie, la question essentielle reste toujours la même : à quel moment a-t-on collectivement décidé que Tiktok remplacerait les laboratoires, l’expertise ou la simple prudence ? Parce qu’à force de jouer aux apprenties chimistes, certains risquent de transformer la « guerre des chantilly » en guerre des dégâts cutanés.
La dermatologie et la cosmétologie sont des sciences. Elles sont loin de se faire en mode improvisation, et l’art de mélanger ne se fait pas du tic au tac (encore une fois). Chaque ingrédient a son rôle, chaque dosage son importance, et chaque réaction cutanée peut réserver des surprises. Parce que derrière les vidéos virales et les likes, il y a de vraies peaux, de vrais visages, de vraies personnes qui espèrent hydrater leurs cheveux ou calmer leurs démangeaisons, mais qui se retrouvent parfois avec des brûlures, des irritations, des infections. Le prix de la tendance.

