Je reviens de Nouakchott. Là-bas, j’ai observé, la nuit, un éclairage omniprésent dans les rues et les artères. Des boutiques aux cafés, en passant par les restaurants et les hôtels, les enseignes sont multiples et rivalisent de créativité et de beauté.
Elles donnent vie au centre-ville de la capitale. Mais c’est surtout une atmosphère féérique qui règne tous les soirs. Pas un pan d’obscurité dans le quartier huppé de Tevragh Zeina, dans la capitale mauritanienne. Le parcourir permet de mesurer les efforts consentis pour la modernisation voulue et choisie par les autorités et les populations. Il est évident qu’il s’agit là d’un choix visant à faire entrer la ville dans une ère moderne. L’option semble claire : profiter des richesses du pays pour basculer dans la modernité. Le pays est, en effet, très riche en ressources naturelles, notamment en minerai de fer, en cuivre, en or, en gypse et en pétrole. Ces ressources sont essentielles pour le pays, qui est le deuxième producteur africain de minerai de fer et le 28e producteur mondial de cuivre.
La Mauritanie est également très riche en ressources halieutiques, avec ses 800 km de côtes ouvertes sur l’Atlantique. La pêche industrielle, dont la production annuelle avoisine les 400.000 tonnes de poissons et contribue significativement au Pib, y est très dynamique. L’exploitation des ressources naturelles s’est intensifiée ces dernières années, offrant des perspectives de croissance et de prospérité à la Mauritanie. De véritables opportunités pour une population de moins de 5 millions d’habitants, répartie sur une superficie d’un peu plus d’un million de km², ce qui fait du pays l’un des plus vastes du continent. La Mauritanie devrait s’enrichir davantage grâce à sa population, qui constitue une véritable mosaïque ethnique : Maures (Beydane, ou « Maures blancs », et Haratine, ou « Maures noirs »), Halpulaar/Peuls, Soninké, Wolofs et Bambaras. Se promener dans les larges artères de la ville permet donc d’entrevoir ce mélange de traditions et de modernité. Des khaïmas côtoient des restaurants huppés.
On y trouve aussi bien des grillades, notamment du foie de chameau proposé aux visiteurs, que des enseignes de restauration rapide qui s’implantent un peu partout. L’accoutrement mêle vêtements traditionnels berbères et tenues occidentales. Le parc automobile est des plus modernes. La vie y semble belle, avec un coût de la vie plus abordable et des marchandises moins chères, selon de nombreux témoignages de compatriotes qui y sont établis. Des chantiers de Btp fleurissent un peu partout. La ville ne cesse d’étendre ses tentacules à l’infini. Le tableau de la capitale mauritanienne n’est toutefois pas qu’idyllique. L’extrême pauvreté y côtoie, comme partout ailleurs, l’opulence. Il suffit de se faufiler dans les faubourgs des PK, qui désignent différents quartiers de la banlieue, pour se rendre compte d’une société fonctionnant à plusieurs vitesses.
Les inégalités dans la répartition des richesses sont bien réelles. Des combats devront encore être menés et remportés pour que tous les fils du pays puissent bénéficier de ses richesses. Le constat établi à propos de la capitale est celui d’un développement naissant et d’une volonté de faire évoluer positivement les choses. Les dirigeants du pays semblent avoir pris conscience de l’ampleur des chantiers à entreprendre. Un regard comparatif, probablement biaisé, avec la capitale sénégalaise, me ramène à une réalité amère. Ici, tout se règle dans l’urgence, en ce moment précis, à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse (Jij, du 31 octobre au 12 novembre). Nous n’embellissons pas notre capitale et ne la rendons pas moderne, propre, vivable et dynamique pour nous-mêmes, mais, hélas, pour le regard des étrangers. Vous remarquerez que Dakar, qui n’est illuminée que pendant les fêtes de fin d’année, se pare de ses plus beaux atours. Vous ne retrouverez plus, dans les prochains jours, de tas d’immondices ou d’ordures, encore moins de marchands ambulants, d’étals encombrant la voie publique ou de mendiants.
Des feux de signalisation commencent à être installés un peu partout, ce qui constitue le minimum pour une capitale. C’est heureux, d’ailleurs, que nous soyons à la fin de la saison des pluies. Autrement, les hôtes qui nous rendront visite découvriraient, malgré la légendaire hospitalité sénégalaise, une face hideuse de la ville, dépourvue d’un véritable système d’assainissement et d’évacuation des eaux. Et le drame, c’est que tous ces efforts seront anéantis et réduits à néant dès la clôture des Joj. Au grand dam des Dakarois, qui aimeraient voir se poursuivre, de manière permanente et continue, les efforts en faveur de la construction d’une véritable capitale moderne. Nos visiteurs devraient nous retrouver et nous quitter en ayant constaté que nous sommes animés d’une volonté durable de vouloir le meilleur pour nous-mêmes.
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