Nous pleurons en compassion avec Michel Kuka Mboladinga, ce célèbre supporter de la République démocratique du Congo (Rdc) qui reste immobile lors des matches des Léopards pendant la Coupe d’Afrique des Nations (Can), qui n’a pu s’empêcher de verser des larmes après la défaite contre l’Algérie.
Le look, la posture, l’accoutrement de M. Mboladinga rappellent fort Patrice Lumumba, le héros anti-colonial et ancien Premier ministre du Congo belge, anciennement appelé le Zaïre.
C’est pourquoi il est fort regrettable que le joueur algérien Mohammed Amoura l’ait chambré après la victoire des Fennecs. L’émotion, l’ivresse de joie, la victoire, l’euphorie… peuvent expliquer, mais jamais excuser l’acte. Nos symboles, gloires, références méritent d’être portés en triomphe et non piétinés.
L’acte génial du célèbre supporter, de combiner sport, rappels historiques, glorification d’héros, a été l’un des plus marquants de cette Can marocaine nonobstant qu’il ne se soit pas déroulé sur les pelouses. Mais sur les gradins.
Le supporter congolais était devenu une attraction, un spectacle, un emblème. Prions pour que la Rdc se qualifie pour la Coupe du monde prochaine prévue en Amérique (Canada, Etats-Unis et Mexique) pour qu’il puisse illuminer l’été prochain de sa posture royale.
L’acte de Michel Kuka Mboladinga démontre encore qu’on peut tuer physiquement nos héros mais ils resteront éternellement dans nos cœurs. Revenons au personnage de Lumumba qui continue encore de sublimer les rêves d’une Afrique libre et respectée. De son vrai nom Elias Okit’Asombo, il est né le 2 juillet 1925 à Onalua (Congo belge) et est mort assassiné le 17 janvier 1961 près d’Elisabethville au Katanga.
Il était un homme d’État congolais, premier Premier ministre de la Rdc de juin à septembre 1960. Patrice Lumumba est donc considéré en Rdc comme le premier « héros national » du pays post-indépendance. C’est dire que si l’international algérien avait considéré ou connu cette figure emblématique africaine, jamais il ne lui serait venu à l’esprit de verser, même dans l’euphorie extrême, dans la provocation de cette icône africaine.
Le cheminement et le combat de Lumumba rappellent, toutes proportions gardées, une actualité mondiale avec l’arrêt et l’extradition du président Maduro du Venezuela, riche en pétrole et gaz comparativement à un Congo riche en toutes sortes de minerais. Des pays convoités. Une vie de drame, de reniements, trahison, d’assassinats que celle de Lumumba. Mais surtout une vie de combat pour l’Afrique, pour la liberté sans lesquelles il n’y aurait pas de Can.
En 1960, le Congo accueille à son tour une conférence panafricaine. Dans un contexte marqué par la sécession du Katanga soutenue par la Belgique, Lumumba dénonce le fédéralisme comme une manœuvre néocolonialiste. Radical et clairvoyant, il soutient que « Sous le camouflage du mot fédéralisme, on veut opposer les populations du Congo […]. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est que ceux qui préconisent le fédéralisme, préconisent en réalité le séparatisme. Ce qui se passe au Katanga, ce sont quelques colons qui disent : Ce pays devient indépendant et toutes ses richesses vont servir à cette grande nation, la nation des Nègres.
Non, il faut le Katanga État indépendant, de telle manière que demain c’est le grand capitalisme qui va dominer les Africains ». Ce premier discours de Lumumba, retransmis par la radio, se fait rapidement sentir dans la population congolaise. Les paroles en sont interprétées comme anti-belges, alors que les fonctionnaires belges restent présents à tous les échelons de l’administration congolaise et que, dans l’armée, le corps des officiers reste également belge en attendant la formation des premières promotions d’officiers congolais.
Lumumba évince les officiers belges et décrète l’africanisation de l’armée, tout en doublant la solde des soldats. Un conflit menace d’éclater, ce qui provoque l’internationalisation de l’affaire congolaise avec, à l’Onu, une condamnation par l’Union soviétique et des pays du Tiers-monde qui veulent soutenir Lumumba et ses partisans.
L’Onu ordonne à la Belgique de retirer ses troupes, mais, après plusieurs résolutions contradictoires, rejette l’option militaire et qualifie le conflit au Katanga de « conflit intérieur ». Le 12 août, la Belgique signe un accord avec Tshombé, reconnaissant de facto l’indépendance du Katanga.
Alors que Lumumba décide de réagir en envoyant des troupes reprendre la région, l’Onu revient sur sa position initiale et impose militairement un cessez-le-feu, empêchant l’entrée des troupes congolaises. Devant la « trahison » de l’Onu, Lumumba en appelle à la solidarité africaine et réaffirme son intention de résister : « Tous ont compris que si le Congo meurt, toute l’Afrique bascule dans la nuit de la défaite et de la servitude. Voilà encore une fois la preuve vivante de l’Unité africaine.
Voilà la preuve concrète de cette unité sans laquelle nous ne pourrions vivre face aux appétits monstrueux de l’impérialisme. […] Entre l’esclavage et la liberté, il n’y a pas de compromis ». Un coup d’État soutenu par la Cia éclate à Léopoldville, par lequel Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir.
Le nouveau régime reçoit le soutien de Kasa-Vubu et de l’Onu. Arrêté, Lumumba et plusieurs de ses partisans seront ensuite fusillés le soir même du 17 janvier 1961 par des soldats sous le commandement d’un officier belge. ibrahimakhalil.ndiaye@lesoleil.sn

