Un live, une créatrice de contenus qui discute avec sa communauté sur TikTok. La scène est d’une banalité déconcertante. Mais il a suffi de quelques minutes pour que Rama, plus connue sous le pseudonyme de Miss Gorée, fonde en larmes en plein direct, la semaine dernière. À bout, l’influenceuse n’arrive plus à contenir ses larmes face à des personnes qui n’hésitent pas à la harceler jusque dans ses propres lives.
Une situation loin d’être anodine pour cette guide touristique connue pour partager des informations sur l’île mémoire. En effet, lors d’un récent entretien accordé à Soleil Digital, la jeune femme pointait du doigt le comportement de certains hommes qui l’appellent uniquement pour lui faire des propositions indécentes. Mais il faut croire que c’est une fâcheuse habitude.
Miss Gorée dénonce ainsi des agissements qui dépassent largement le cadre des réseaux sociaux. Car derrière les écrans, certains se permettent des actes qu’ils n’oseraient peut-être jamais assumer en face de leurs victimes.
Voir aussi: [Vidéo] Rama, alias Miss Gorée : la créatrice de contenus qui fait découvrir l’île mémoire
Le cas de Miss Gorée est loin d’être isolé. Sur TikTok, Facebook ou Instagram, les créatrices de contenus sont nombreuses à subir des insultes, des remarques déplacées et des attaques sur leur physique. La créatrice de contenus Anitah Bamba, elle aussi, fait partie de ces femmes dont l’apparence devient un sujet de discussion pour des internautes qui semblent oublier qu’un écran ne donne pas tous les droits.
Trop grosse, trop maigre, trop ceci ou pas assez cela : les commentaires fusent, souvent sous couvert d’humour. Le bodyshaming est devenu une pratique banalisée, au point que certains ne voient même plus le mal qu’ils font.
Le parcours de Halima Gadji rappelle également que la célébrité ne protège pas des blessures. L’actrice, connue pour son rôle de Marème dans la série « Maîtresse d’un homme marié », avait elle-même parlé des difficultés personnelles et des attaques auxquelles elle était confrontée. Son décès, en janvier 2026, a relancé les discussions sur la pression qui accompagne la notoriété et sur les conséquences des violences en ligne.
Sans réduire son histoire à ces seules attaques, il est nécessaire de rappeler que les personnalités publiques restent des êtres humains, avec leurs fragilités et leurs combats.
Au Sénégal, les réseaux sociaux sont devenus un espace où chacun peut donner son avis sur tout. On peut ne pas apprécier une créatrice de contenus, ne pas aimer ses vidéos ou désapprouver ses prises de position sans l’insulter, la rabaisser ou lui faire des propositions indécentes. La liberté d’expression ne devrait pas servir de prétexte à toutes les dérives.
D’ailleurs, la loi sénégalaise prévoit des sanctions pour certains abus commis en ligne. Les injures, la diffamation, les menaces ou encore la diffusion non autorisée de contenus privés peuvent, selon les circonstances, donner lieu à des poursuites. La loi n° 2008-11 du 25 janvier 2008 sur la cybercriminalité et les dispositions du Code pénal encadrent notamment ces infractions. Internet n’est donc pas une zone de non-droit, même si certains semblent encore l’ignorer.
Miss Gorée partage des informations sur Gorée, fait découvrir son île et échange avec sa communauté. Elle ne devrait pas avoir à subir des humiliations pour exercer cette activité. Pas plus qu’Anitah Bamba ne devrait avoir à justifier son physique, ni qu’une autre créatrice de contenus devrait accepter les insultes au nom de sa visibilité.
Arame NDIAYE

