Le déploiement militaire américain dans la mer des Caraïbes sous le prétexte de la lutte contre le narcotrafic semble avoir marqué le retour de la « doctrine Monroe » dans la géopolitique américaine. Une doctrine du cinquième président américain James Monroe (1817-1825) qui s’opposait à toute intervention européenne dans les Amériques et faisait du continent la zone d’influence exclusivement américaine.
Cette doctrine traduisait déjà une volonté hégémonique de sanctuarisation de l’hémisphère occidental sous tutelle washingtonienne. Les États-Unis, qui, ces dernières années, se sont focalisés sur les questions internationales (interventions en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Ukraine), effectuent depuis le début de l’année un retour aux sources de la diplomatie américaine : pression militaire maximale sur le Venezuela, accusé d’être un narco-État, un soutien financier à l’Argentine de Javier Milei, une volonté de reprise du contrôle du canal du Panama cédé en 1999 et des tarifs douaniers contre le Brésil soupçonné de trop se rapprocher de la Chine. Cette volonté américaine de réaffirmer sa prééminence sur le continent américain répond à un rééquilibrage de la politique étrangère américaine.
Donald Trump, qui a été élu sur la base d’une politique « America First (l’Amérique d’abord) », ambitionne de faire du continent un sanctuaire yankee débarrassé des influences chinoises et russes. Ces rodomontades autour d’une volonté d’annexer le Canada et le Groenland cachent en effet un désir de consolider l’influence sur tout le continent américain, considéré comme vital pour la sécurité nationale. Cette rhétorique expansionniste, aussi provocatrice soit-elle, révèle une conception néo-impériale de l’espace géopolitique américain où la souveraineté des États voisins devient négociable au nom de la sécurité stratégique. Le 47ᵉ président américain semble avoir acté la fin de l’empire global et entamé le repli des forces militaires vers le continent américain. Sous prétexte de la lutte contre le narcotrafic, les États-Unis, qui ont envoyé ces deux derniers mois des navires de guerre et des porte-avions au large du Venezuela, font planer le spectre d’une intervention militaire contre le pays de Maduro. Sans oublier les autres menaces sur la Colombie et la coupure de l’aide financière à ce pays dirigé par un pouvoir de gauche (Gustavo Petro) qui est loin d’être favorable aux États-Unis.
Les Américains exercent aussi une pression sur le Mexique qui avait fait mention de sa volonté de rejoindre l’organisation des pays émergents BRICS. Cette tentative de retour au premier plan sur la scène diplomatique latino-américaine vise à contrer l’influence grandissante de la Chine en Amérique du Sud. L’Empire du Milieu a multiplié ses investissements stratégiques en Amérique du Sud dont il est devenu le premier partenaire économique. Le 14 novembre 2024, le Président Xi Jinping a inauguré, au Pérou, le nouveau port de Chancay. Cette infrastructure construit dans le cadre de l’initiative des Routes de la Soie, inquiète les responsables américains. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine ont atteint 500 milliards de dollars en 2022.
Cette pénétration économique chinoise, qui s’inscrit dans une logique de soft power infrastructurel, remet en cause le quasi-monopole historique américain sur la région et matérialise le basculement du centre de gravité économique mondial vers l’Asie-Pacifique. Washington, qui aspire à reprendre la main sur la géopolitique en Amérique latine, a obtenu en avril 2025 du Panama le droit de déployer des militaires américains autour de cette voie d’eau stratégique. Sur le plan politique, l’administration Trump n’hésite pas à apporter son soutien à des personnalités considérées comme favorables aux États-Unis comme l’ancien Président Jair Bolsonaro ou l’actuel Président du Salvador, Naim Bukele. Cette résurrection de la doctrine Monroe pourrait relancer l’impérialisme américain, marqué par des interventions militaires dans l’île de la Grenade (1983) et au Panama (1989), pour réaffirmer l’hégémonie américaine sur le Nouveau Monde.

