Pour mourir, certains choisissent un jour de pluie. D’autres préfèrent le plein soleil, sous empreinte d’une foi rédemptrice. D’autres encore espèrent ne rien voir venir, que la mort les surprenne dans leur sommeil, au beau milieu de la nuit. Mercredi, beaucoup de Sénégalais ont expérimenté cette troisième option. Oui, le football, lui aussi, a ses morts. Tout un pays et ses Lions sont morts, ce soir-là. Morts de tourments footballistiques. Avoir mal et espérer que chaque jour qui passe soit une victoire sur la douleur et la déception. Les cicatrices sont les preuves que nous avons survécu à nos blessures. Mais nos plaies sont encore ouvertes et le saignement est plus abondant qu’au premier jour.
Le fiasco sénégalais de cette 23ᵉ édition de la Coupe du monde restera dans les annales des grandes avanies de notre football et dans la mémoire collective des Sénégalais. Est-ce exagéré de dire que cette élimination est du même ordre que le traumatisant échec du Caire, en 1986 ? Que le poignard du Camerounais Ebongué, là aussi à la 89ᵉ minute, qui nous éliminait lors de notre seule CAN organisée sur le sol sénégalais ? Que le brouillard de Radès, en 2004, qui fit perdre le nord à une équipe quart de finaliste de la Coupe du monde 2002 ? Que les humiliations face à la Gambie et au Togo sur la route du Mondial allemand de 2006 ? Que le ballon de Baghdad Bounedjah, en 2019, retombant dans les cages d’Alfred Gomis, trop avancé ? Que l’élimination au classement du fair-play face au Japon, en 2018 ? Que Kinshasa, en 1987, malgré les arrêts héroïques de Samba Fall ? Les plus anciens évoqueront aussi Asmara.
En marchant vers ce 16ᵉ de finale, l’espoir était immense. Né d’une qualification arrachée dans la douleur, comme meilleur troisième derrière la France et la Norvège, il avait grandi au fil des jours. Il prenait de l’ampleur. Il devenait presque une certitude. Pendant plus de quatre-vingts minutes, le Sénégal avait tout maîtrisé. De Bruyne et Jérémy Doku étaient muselés, comme la plupart des Belges. Les Diables rouges étaient aussi mignons et inoffensifs que des chatons sur les réseaux sociaux. On se surprenait même à sourire : pour une fois, c’était une bonne blague belge. Et puis… Trois minutes. Deux buts. Entre la 85ᵉ et la 88ᵉ minute, tout s’est effondré. Comme si cela ne suffisait pas, un penalty, à quelques minutes de la fin des prolongations, est venu sceller le destin des Lions. Défaite. 3-2. Élimination. Rideau. Le Sénégal s’est écroulé comme un château de cartes. Erreurs humaines. Erreurs professionnelles. Erreurs de placement.
Les techniciens débattront longtemps des responsabilités de chacun. Ils disséqueront les changements, les choix tactiques, les replacements défensifs. Mais, pour le peuple sénégalais, une seule certitude demeure : rarement une défaite aura été aussi difficile à avaler.
Depuis cette nuit, nous errons dans les couloirs d’une rédemption devenue indispensable. Elle passera forcément par une profonde remise en question : celle de la Fédération, du staff technique et, plus largement, de toute la gouvernance du football sénégalais. Des bruits courent sur la manière dont le football sénégalais a été géré aux États-Unis. Au temps des fake news, la véracité des informations demande à être établie. Mais le départ annoncé de Pape Gueye de la sélection sénégalaise n’est pas anodin. Il révèle des fractures. Il y a eu du grabuge dans la tanière. Et ce grabuge ne peut être balayé d’un revers de main.
Claquer la porte de la Tanière, on ne connaissait plus. Il faudra arrêter ce début d’hémorragie. Panser nos plaies. Panser nos peines. Panser nos souffrances… en prenant les bonnes décisions pour le futur du football sénégalais.
Moussa DIOP


