Au Conseil des ministres du 1er juillet 2026, la question de l’eau potable a encore occupé une place centrale. Le Premier ministre a rappelé les difficultés persistantes de l’hydraulique rurale et urbaine, malgré les réformes engagées depuis plusieurs années et les ajustements institutionnels successifs.
Pourtant, les chiffres traduisent une réalité qui dépasse le simple constat. Depuis plus de 12 ans, la gestion de l’hydraulique rurale est confiée à des opérateurs privés dans une logique de délégation du service public, sous la supervision de l’Office des forages ruraux (Ofor). Cinq acteurs principaux structurent aujourd’hui ce modèle : Aquatech, Seoh, Flexeau, Soges et Sder. Une architecture pensée pour améliorer l’efficacité, mais dont les résultats restent contrastés sur le terrain.
À Thiès et Diourbel, Aquatech n’exploite que 126 forages sur 264, soit un taux d’incorporation de 48 %, dans un contexte de tensions locales et de faibles recouvrements. À Kaffrine et Kaolack, Flexeau fait face à des pertes de plus de 18 millions de m³ d’eau, équivalentes à la production de 81 forages, avec un impact direct sur plus de 75.000 ménages. Dans le Nord, la Sénégalaise des eaux rurales (Sder) progresse mais reste à 45 % de couverture à Louga et 42 % dans l’axe Saint-Louis–Matam, tandis qu’à Tambacounda, la Soges n’a intégré que 45 % des systèmes sur un total de 227 systèmes d’alimentation en eau potable.
Au-delà des performances techniques, ces données interrogent la cohérence globale du modèle. Elles mettent en lumière une fragmentation de la responsabilité entre l’État, l’Ofor et les délégataires, rendant parfois difficile une lecture unifiée de la performance du service public de l’eau en milieu rural. Trois pistes de réflexion se dégagent. La première concerne la gouvernance réelle du secteur : la multiplication des acteurs a introduit une logique de professionnalisation, mais elle a aussi dilué la responsabilité. Lorsque les pertes atteignent 18 millions de m³ ou que des taux d’incorporation stagnent sous les 50 %, la question devient institutionnelle autant que technique.
La deuxième piste touche à la durabilité économique du modèle. Plusieurs opérateurs évoquent des déséquilibres financiers, notamment liés au poids de l’énergie dans les coûts d’exploitation, malgré les efforts de solarisation. Dans ce contexte, la viabilité du service oscille entre logique de marché et exigence de solidarité nationale.
Enfin, la troisième interrogation porte sur la justice territoriale. Les écarts de performance entre zones rurales traduisent des inégalités persistantes d’accès à l’eau, malgré les objectifs de couverture. Peut-on continuer à piloter l’hydraulique rurale comme une addition de périmètres techniques, ou faut-il désormais l’inscrire dans une vision systémique, telle que celle portée par la réforme de troisième génération du secteur de l’eau en cours ?
Une réforme de troisième génération est en cours au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Elle est en articulation avec le nouveau Code de l’eau qui vise la refondation du cadre institutionnel du secteur et à dépasser cette logique fragmentée. Le but est aussi de renforcer la cohérence entre les acteurs, clarifier les responsabilités et inscrire la gestion de l’eau dans une approche intégrée, où l’efficacité opérationnelle, l’équité territoriale et la soutenabilité financière avancent enfin ensemble.
Le Conseil des ministres du 1er juillet 2026 ouvre ainsi une nouvelle séquence. Mais au-delà des ajustements annoncés, c’est bien le modèle lui-même qui est désormais interrogé.
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