Depuis quelques jours, le très paisible village de Niague est en ébullition. Des échauffourées entre les jeunes de la localité et les gendarmes ont conduit à des arrestations et provoqué des blessés. Les villageois s’érigent contre le projet de création de « Ville verte » de la multinationale égyptienne Casa Orascom.
Les opposants à ce programme immobilier gigantesque, d’un investissement total de 700 milliards de FCfa, craignent la disparition de la bande des filaos. Artistes, vendeurs et hôteliers qui s’activent autour du Lac Rose ont besoin d’être rassurés. En outre, le collectif qui mène ce combat dénonce un « simulacre de consultation citoyenne » qui aurait été faite par les promoteurs. Les défenseurs du projet ne manquent pas d’arguments face aux critiques des jeunes. D’abord, le maire de la commune semble accueillir à bras ouverts cet investissement qui doit aboutir à la création de près de 12 000 emplois dans les domaines de la construction, du commerce et des services urbains. Il voit le choix de sa commune comme « un privilège » et non une menace. Ensuite, l’État, à travers la Délégation générale à la promotion des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose, a donné carte blanche à Samih Sawiris, directeur général de Casa Orascom, de commencer les travaux.
La « Ville verte » du Lac Rose est donc bel et bien en gestation. Les premiers coups de pioche ne vont pas tarder. Face aux critiques et manifestations, le principe de la raison d’État est brandi par les autorités. Dans un contexte économique morose et tendu, marqué notamment par la rareté des investissements privés, il serait incompréhensible de voir l’État arrêter un projet de cette envergure. Au contraire, ce serait donner un mauvais signal à d’autres étrangers qui aimeraient s’installer dans notre pays. Même si l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (Apix) avance de bonnes raisons d’investir au Sénégal (stabilité, économie compétitive, ressources humaines de qualité, infrastructures modernes, qualité de vie exceptionnelle, climat des affaires attractif), les Investissements directs étrangers (Ide) sont passés de 1617 milliards de FCfa en 2023 à 1123 milliards de FCfa en 2024, soit une baisse de plus de 400 milliards de FCfa.
Il est donc urgent de remonter la pente. Le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, l’a bien compris en recevant en audience le directeur général de Casa Orascom, il y a quelques jours, au palais. Cette poignée de main entre le chef de l’État et le milliardaire égyptien est, en quelque sorte, un signe d’ouverture aux d’autres investisseurs africains, américains, européens ou chinois. Tous ceux qui peuvent créer des emplois et participer au redémarrage de notre économie sont les bienvenus.
Dans ce cadre, l’État a déjà opéré des réformes sur le Code général des impôts et sur le Code des investissements, dans le but d’attirer le maximum d’hommes d’affaires. En effet, comme on le sait tous, chaque État doit créer un environnement des affaires propice et favorable aux investisseurs internationaux. Me Abdoulaye Wade avait fait de la construction de l’autoroute et celle de l’aéroport international de Diass les principales réalisations de son régime ; Macky Sall avait, lui, jeté son dévolu sur la nouvelle ville de Diamniadio. Aujourd’hui, le projet de Casa Orascom est une belle opportunité pour l’actuel régime de montrer quelque chose de tangible aux Sénégalais. Toutefois, même si une frange de la population de Niague continue de rejeter le projet, la réconciliation doit commencer par la libération des 11 personnes arrêtées.
maguette.ndong@lesoleil.sn


