Les images désolantes, déchirantes et humiliantes de l’afflux de migrants marocains voulant rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta ont remis la question migratoire au centre des débats. Par la terre et par la mer, des dizaines de milliers de personnes ont essayé de rejoindre illégalement l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc, en quelques jours, provoquant l’une des plus graves crises migratoires jamais vues en Europe.
Selon les chiffres de l’Agence France-Presse citant les autorités espagnoles, c’est une vague évaluée à près de 72.000 migrants marocains qui ont tenté de traverser, avec un bilan lourd de 77 morts au cours de ce périple. Véritable curseur et marqueur des relations internationales, ces dernières décennies, la question migratoire ne cesse de revenir au cœur des opinions publiques, surtout dans les pays d’accueil. Fil conducteur et catalyseur de la montée de l’extrême droite en Europe et en Amérique, elle a permis à plusieurs formations politiques de se frayer un chemin lors de nombreuses élections. De la France à la Hongrie, en passant par l’Italie ou les Pays-Bas, les partis d’extrême droite mènent le débat et le polarisent autour de cette thématique qui constitue, pour beaucoup d’entre eux, l’unique point de leur programme politique.
Même aux États-Unis, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump a été rythmée par la question migratoire, qui figurait au premier plan de ses promesses de campagne. Au-delà des sarcasmes et des fantasmes qui entourent ce sujet, il est important de l’aborder sous un autre angle, son apport réel dans les pays de départ et d’accueil. En France, où le débat sur l’immigration est l’objet d’une forte polarisation politique, le Conseil d’analyse économique, un organe consultatif indépendant placé auprès du Premier ministre, a insisté, dans une note publiée en 2021, sur le fait que l’immigration répond à une double nécessité sur le marché du travail.
Intitulé « L’immigration qualifiée : un visa pour la croissance », ce document va à l’encontre des fantasmes que certains veulent coller à l’immigration pour en faire un carburant du nationalisme. « L’immigration comble à la fois les besoins dans les métiers peu qualifiés en tension, comme le bâtiment, la restauration et l’hôtellerie, et dans les secteurs hautement qualifiés en manque d’experts, à l’image de la recherche, des technologies de l’information, de l’ingénierie ou des métiers de la médecine. Les analyses macroéconomiques confirment que l’apport de cette main-d’œuvre ne se substitue pas massivement aux travailleurs natifs, mais permet d’éviter les engorgements et les baisses de productivité dans des secteurs clés de l’économie française », peut-on lire dans cette note.
C’est dire que l’immigration ne doit pas non plus nourrir le sarcasme ou le fantasme ni créer des fractures entre pays européens qui aspirent globalement à des politiques migratoires communes centrées sur les contrôles ou les rapatriements. L’épisode de l’afflux à Ceuta a ainsi ravivé ces divisions et dissensions entre États membres de l’Union européenne. Si l’Espagne, où se sont déroulés ces événements, se montre plus flexible sur la question migratoire, d’autres pays comme l’Italie, le Danemark, l’Allemagne ou la Hongrie continuent, au contraire, de défendre une ligne de fermeté.
Ces derniers ont d’ailleurs profité de la situation de Ceuta pour promouvoir de nouvelles règles européennes, autorisant notamment le transfert de migrants vers des centres situés hors des frontières de l’Union européenne. Ce qui prouve encore que la question migratoire pose d’immenses défis tant pour les pays de départ que d’accueil. Il est donc grand temps de trouver des réponses structurelles à ce phénomène qui traverse, depuis deux décennies, les débats nationaux en Afrique et en Europe, afin de dissiper tous les fantasmes et les sarcasmes.
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