«J’ai 50 ans et je suis toujours vierge ». Cette révélation, faite il y a quelques années, sur le plateau du Wendy Williams Show, par une Américaine du nom d’Evette avait secoué la toile. Elle a été récemment remise sur le tapis par les réseaux sociaux comme pour relancer le débat sur la virginité assumée par des jeunes et des adultes. Dans des sociétés qui font face à de grandes mutations sociales, la prise de parole de cette dame, attachée à des normes religieuses strictes, ne pouvait manquer de susciter des débats médiatiques.
Les discussions sont souvent enflammées, voire passionnées, lorsque certains valorisent la virginité. Des progressistes, eux, jugent qu’elle perpétue des croyances moyenâgeuses et que la femme doit disposer de son corps à sa guise. Ils trouvent inconcevable que la femme soit soumise à l’obligation de se préserver jusqu’au mariage alors que l’homme peut s’arroger toutes les libertés. Il est rare de voir une cinquantenaire affirmer publiquement sa virginité. Elle assume, comme d’autres, un choix de vie : celui de ne pas se conformer aux attentes sociales actuelles concernant la sexualité. Dénonçant une domination de l’homme sur la femme, des défenseurs des droits humains s’érigent contre les mécanismes mis en place dans plusieurs sociétés pour contrôler la sexualité féminine. Comme si elle représentait encore « cet être avec un petit cerveau », pour reprendre l’expression de certains auteurs. Des érudits trouvent légitime de maintenir ces garde-fous, estimant qu’il n’est pas toujours facile pour la femme de détecter les réelles motivations de l’homme.
Ce dernier tire parfois du plaisir à l’utiliser comme un objet sexuel ou comme un kleenex avant de s’en glorifier. Dans son ouvrage « les droits de la femme en Islam », disponible sur la toile, l’Ayatollah Morteza Motahhari revient sur les raisons pour lesquelles l’Islam préconise le consentement du père pour le premier mariage de sa fille. « Il n’est nullement question de l’immaturité de la femme ni de son inadéquation intellectuelle. Il s’agit plutôt d’un aspect déterminé de la psychologie des deux sexes : l’esprit de la séduction ou de la chasse chez l’homme d’une part, et la crédulité de la femme concernant la fidélité et la sincérité de l’homme d’autre part », écrit-il. Avant de poursuivre : « L’homme est soumis à son besoin sexuel, alors que c’est la mélodie de l’amour, de la sincérité et de la fidélité qui subjugue la femme et la fait s’agenouiller ». Il donne raison aux conservateurs qui jugent que certaines règles ont été établies pour préserver la valeur de la femme et non pour l’entraver. Dans plusieurs milieux, la femme, mère et épouse, est perçue comme un trésor inestimable.
De jeunes filles ayant contracté une grossesse hors mariage l’ont appris à leurs dépens : elles sont souvent expulsées de leurs foyers ou rejetées par leur famille. La perte de la virginité, voire l’absence d’abstinence sexuelle, porte généralement atteinte à l’honneur familial. Selon de nombreuses études sur la question, la virginité prémaritale est perçue comme une preuve de chasteté, de moralité et de la bonne éducation donnée par les parents. C’est le sens des cérémonies traditionnelles comme « le labaane » qui accompagnaient la première nuit de noces dans notre pays. En exhibant le drap taché de sang, pour prouver la virginité, l’on suscitait une joie immense dans les deux familles. Cependant, cette tradition perd du terrain, d’autant que la religion bannit toute pratique portant atteinte à l’honneur de la femme. L’Islam prône l’abstinence pour les deux sexes. Mieux encore, l’hymen n’a jamais été un indicateur fiable de la moralité de la femme. Mais à l’heure où la virginité subit l’épreuve de la modernité et de l’évolution des mœurs, les verrous sautent de plus en plus, au détriment de jeunes filles qui recourent au finish à l’hymen artificiel, et au profit de prédateurs sexuels…
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