Dans les galeries rocheuses, ils sont descendus à la recherche de la pépite qui aurait pu illuminer leur vie. Ils ont creusé, mais étaient loin de se douter qu’ils creusaient leur propre tombe. Ils cherchaient la brillance; ils ont rencontré les ténèbres.
À Kharakhena, la quête de l’or continue de coûter des vies. Et elle emporte toujours les mêmes : les orpailleurs abandonnés à leur sort dans les entrailles de la terre. En décembre dernier, sept hommes ont péri, ensevelis dans des trous appelés « dama », dans une quasi-indifférence.
Ce drame ne peut être réduit à un simple accident. Il soulève la question de la gestion des périmètres miniers, de la responsabilité des entreprises titulaires de permis et du rôle de l’État dans la prévention des conflits et des pertes humaines.
Les faits sont connus. Ces orpailleurs ont trouvé la mort sur un périmètre officiellement attribué à la société minière Afrigold. Or, ce site, censé être exploité industriellement, est laissé à l’abandon depuis plusieurs années. Il n’est ni exploité, ni sécurisé, ni restitué à l’État.
Cette situation de flou juridique et opérationnel a favorisé l’installation progressive de l’orpaillage artisanal, malgré son caractère illégal dans cette zone. Dans le même temps, les couloirs traditionnellement accessibles aux orpailleurs se sont raréfiés, les poussant à pénétrer dans le périmètre d’Afrigold.
Il en résulte des conflits qui ont déjà donné lieu à des interventions répétées de la gendarmerie, des arrestations et des condamnations judiciaires, sans pour autant apporter de solution durable. Comme le 9 juillet dernier, lorsqu’une vingtaine de personnes, dont le chef du village, ont été arrêtées et poursuivies pour exploitation illicite de substances minérales et association de malfaiteurs, à la suite d’une plainte déposée par cette société minière.
La sécurisation du site, pourtant exigée par les textes régissant les activités minières, est devenue quasi inexistante. Le directeur régional des Mines de Kédougou a d’ailleurs admis cette situation, en demandant à la compagnie de renforcer le nombre d’agents de sécurité. Il nous revient que les gardiens recrutés par celle-ci auraient déserté leurs postes, faute de rémunération.
Cette défaillance interroge directement la capacité d’Afrigold à assumer les obligations liées à son permis d’exploitation. Par ailleurs, des soupçons persistants circulent au sein de la population locale concernant un éventuel recours de la société à des orpailleurs clandestins pour maintenir une activité minimale sur le site.
Des accusations similaires avaient déjà émergé il y a cinq ans, à la suite de la mort de trois orpailleurs dans des circonstances comparables. Une enquête avait alors été ouverte, mais n’a donné lieu à aucune suite connue à ce jour.
La question mérite donc d’être posée : les sept orpailleurs décédés récemment travaillaient-ils en toute indépendance, ou bénéficiaient-ils d’une tolérance tacite ? À Kharakhena, nombreux sont ceux qui affirment que ces activités se déroulaient au vu et au su de tous, y compris de la société minière.
Si tel est le cas, la responsabilité morale, sinon juridique, d’Afrigold ne saurait être éludée. Face à la tension croissante, la compagnie aurait opté pour une solution controversée : ouvrir de nouveaux couloirs d’orpaillage en partenariat avec un Gie local, avec un partage des bénéfices à la clé.
Ce dernier exige, à son tour, le paiement par chaque orpailleur d’un droit d’accès de 100 000 FCfa. Cette initiative, soutenue localement par certaines autorités, n’aurait toutefois pas encore reçu l’aval du ministère compétent.
Cette approche pose problème. Elle institutionnalise de fait une activité illégale sur un périmètre industriel et transfère le risque sur les populations les plus vulnérables, sans garanties claires en matière de sécurité, de responsabilité ou de traçabilité des revenus.
Si Afrigold n’est pas en mesure d’exploiter ce périmètre conformément aux engagements pris envers l’État, alors ce dernier doit en tirer les conséquences et envisager le retrait du permis. La gestion des ressources minières ne peut se faire au prix de vies humaines, dans l’improvisation et l’opacité.
Laisser perdurer cette situation, c’est exposer la zone à de nouveaux drames. Les sept morts de Kharakhena doivent servir d’électrochoc.
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