«Un bon arrangement vaut mieux qu’un bon procès », affirme une maxime populaire. Elle est souvent citée lors des procès par une partie se trouvant dans une position inconfortable.
Il n’y a pas longtemps, un détachement des forces de l’ordre a pris ses positions dans une paisible cité de banlieue. Sa présence à cette heure-là a surpris plus d’un. Passants et curieux spéculaient sur les raisons de ce déploiement de la force publique dans ce quartier. Chacun y allait de ses suppositions et de son inspiration. À leur arrivée, la mission de la force publique était d’assister un huissier venu exécuter une décision de justice. En effet, l’officier de justice avait pour tâche d’expulser une famille d’une maison qu’elle occupait depuis deux décennies. Ce commando d’expulsion a pris de court les membres de la famille, le voisinage, les parents et les proches. Tous étaient consternés d’assister à l’exécution de cette décision inattendue. Selon des témoins, la tentative de médiation par de bonnes volontés n’a pas abouti, car la partie civile a opposé un refus poli. Par conséquent, le bulldozer est passé à une vitesse supérieure, réduisant une partie du bâtiment en ruines, fruit de nombreuses années de sacrifices. Cette affaire trouve son origine dans un vieux litige foncier opposant les deux parties.
La famille déguerpie aurait, sans s’en rendre compte, empiété sur la parcelle voisine. Sur cette portion de terrain contestée, un bâtiment fut érigé. La partie adverse, propriétaire légitime selon les documents, engagea une procédure judiciaire pour faire valoir ses droits. Après de longues années d’attente et de lenteurs administratives, la décision tomba : expulsion de la famille et destruction partielle du bâtiment. Ce fut le sauve-qui-peut. Aussitôt après, un élan de solidarité s’est manifesté. Les voisins ont ouvert leurs portes, offrant un abri temporaire et un soutien moral à la famille désemparée. Certains ont même contribué financièrement pour l’aider à se relever. Ces scènes, malheureusement, ne sont pas rares dans nos villes. Elles découlent souvent de litiges fonciers dont la résolution tarde à venir, engendrant incompréhension, panique et parfois drames humains. Combien de ces situations auraient pu être évitées si les procédures judiciaires avaient été plus rapides et plus transparentes ? Quand quelqu’un consacre une vie d’économies à se loger, il ne s’attend pas à voir ses efforts anéantis par une décision tardive ou une négligence. Ne devrions-nous pas, entre particuliers, privilégier le dialogue et la concertation avant d’en arriver à de telles extrémités ?
Un mauvais arrangement ne vaut-il pas mieux qu’une expulsion qui laisse une famille à la rue et détruit des années de sacrifice ? Ces événements interpellent notre conscience collective et notre sens de l’humanité. Évidemment, ces situations sont souvent engendrées par l’audace de certains « propriétaires ». Il n’est pas rare de voir des chantiers frappés d’une interdiction de construire, mais dont les travaux se poursuivent malgré tout, avec la complicité tacite des ouvriers. Une telle attitude peut entraîner des conséquences fâcheuses, notamment la démolition pure et simple du bâtiment. Le même scénario se répète fréquemment entre particuliers se disputant un lopin de terrain. Convaincue d’être dans son bon droit, l’une des parties engage parfois des travaux alors qu’une procédure judiciaire est déjà en cours. Résultat : elle se voit contrainte d’interrompre le chantier voire dans les cas les plus graves, de démolir ce qui a déjà été bâti. Dans ce contexte, ne vaudrait-il pas mieux privilégier la médiation ? Ce mode alternatif de règlement des différends offre un cadre plus souple et moins conflictuel, où les parties peuvent rechercher ensemble une solution équitable. La médiation met l’accent sur les intérêts à long terme plutôt que sur la stricte application de la loi, souvent perçue comme rigide. Elle permet ainsi d’éviter des issues extrêmes et coûteuses -comme la démolition- tout en préservant les relations entre les parties.
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