«Le Sénégal a pris l’option de faire des sacrifices pour préserver sa dignité plutôt que d’accepter une restructuration de sa dette telle que proposée par le Fonds monétaire international (Fmi) ».
Les propos du président du parti Pastef, Ousmane Sonko, non moins Premier ministre du Sénégal, continuent de faire couler beaucoup d’encre. Mais que renferme réellement la « restructuration de la dette » ? Le président de Pastef a donné un début de réponse, lors du rassemblement du 8 novembre. Il a indiqué que « les responsables du Fmi ont proposé une restructuration de la dette. Ce qui induirait un défaut de paiement, c’est-à-dire que le Sénégal ne peut plus payer sa dette et ce serait un pays en quasi-faillite. Nous leur avons répondu que nous ne voulions pas de restructuration. Ce serait une humiliation. La mobilisation des impôts vaut mieux qu’accepter une restructuration de la dette ». Qu’est-ce qu’une restructuration de dettes ? La définition classique indique qu’il s’agit d’une opération qui consiste à regrouper tous ses crédits en un seul, afin de n’avoir plus qu’à rembourser un unique prêt dont les mensualités sont plus faibles.
Les crédits sont rachetés par un établissement financier. Une autre définition assimile la restructuration de la dette à un processus qui permet à une entreprise privée ou publique, ou à une entité souveraine confrontée à des problèmes de trésorerie et à des difficultés financières, de réduire et de renégocier ses dettes en souffrance, afin d’améliorer ou de rétablir sa liquidité et de pouvoir ainsi poursuivre ses activités. Cependant, une restructuration de la dette ne manque pas d’inconvénients. Ils ont pour nom, perte de souveraineté financière due à l’ingérence extérieure, l’augmentation des coûts d’emprunt future en raison de la dégradation de la cote de crédit, mesures d’austérité douloureuses pour la population… Elle peut également entrainer une dépréciation de la monnaie, réduisant le pouvoir d’achat, et compliquer la gestion des finances publiques sur le long terme. Mais si, aujourd’hui, la question est de plus en plus agitée, c’est parce que le Sénégal fait face à un encours de la dette estimé entre 118 % et 132 % du PIB. Un montant colossal.
Un fardeau dans cette dynamique de relance. Dans ce contexte, faut-il vraiment l’envisager ? Le Pr Amath Ndiaye de la Faculté des Sciences économiques et de Gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop(Ucad) pense que oui. Dans une tribune, il a indiqué « qu’une restructuration préventive et concertée offrirait une issue plus soutenable que le statu quo ». L’économiste estime qu’une restructuration adossée au Fmi enverrait un signal fort aux partenaires techniques et financiers, faciliterait le retour des financements concessionnels et ouvrirait la voie à de nouveaux investissements directs étrangers, essentiels pour la réussite de la stratégie nationale de développement (SND) 2025-2029. Si la posture du Pm reflète une certaine peur, c’est parce que la restructuration n’est pas gage de succès.
Durant la pandémie de Covid, la Zambie a mis près de quatre ans à conclure un accord global, en raison de divergences entre créanciers (Chine, Club de Paris, détenteurs d’eurobonds) et surtout, à cause d’un manque de transparence sur la dette des entreprises publiques. Ce qui a eu pour impacts une perte d’accès aux marchés, une chute de la monnaie et un affaiblissement durable de la confiance. Même si, à l’opposée, le Ghana qui a rééchelonné 5,4 milliards USD de dette a pu relancer sa croissance en 2024. Le jeu en vaut la chandelle. C’est l’avis du Pr Ndiaye. Il est convaincu que « ces coûts demeurent inférieurs à ceux d’une crise de liquidité non maîtrisée ». Si le Sénégal y va, il y ira avec les risques. Les clés du succès seront la rapidité d’action, la transparence des chiffres et la cohérence avec un programme du Fmi. S’il n’y va pas, il devra trouver des mécanismes dans un contexte où les marges « sont relativement faibles ».
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