L’Albanie, vous connaissez ? C’est un petit pays des Balkans, peuplé de moins de 3 millions d’habitants, coincé entre la Grèce, la Macédoine du Nord, la Serbie et le Monténégro. Le 11 septembre dernier, le Premier ministre albanais Edi Rama nomme l’IA Diella comme ministre en charge des Marchés publics.
Diella signifie Soleil en albanais. C’est un avatar. Un personnage entièrement artificiel qui a d’abord été découvert par les citoyens albanais sur la plateforme gouvernementale e-Albania. Assistante virtuelle, depuis janvier 2025, Diella a, jusqu’avant sa récente promotion, aidé à l’émission de 36.600 documents numériques et fourni près d’un millier de services. Dans ses nouvelles fonctions ministérielles, Diella a pour mission de superviser les appels d’offres. « Diella ne dort jamais, elle n’a pas besoin d’être payée, elle n’a pas d’intérêts personnels, et elle n’a pas de cousins, car les cousins sont un gros problème en Albanie », s’est justifié le Premier ministre Rama, défendant sans sourciller le caractère incorruptible de l’avatar paré d’un costume traditionnel albanais. Par cette nomination, le numéro Un albanais espère encadrer les appels d’offres publics et garantir la transparence. Selon lui, l’IA permettra de tracer les transactions, de prévenir les conflits d’intérêts et d’écarter les pots-de-vin. L’homme qui croit que son pays sera désormais « exempt de corruption à 100% » est d’avis que « chaque denier public soumis à la procédure d’appel d’offres sera parfaitement transparent ». Depuis 1992, Tirana tente vainement de rejoindre l’Union européenne. Une candidature, ragaillardie par l’admission du pays au Conseil de l’Europe en 1995 mais qui peine toujours à s’imposer. Car, le talon d’Achille de l’Albanie c’est la corruption.
Le pays se classe en effet 80e sur 180 au classement mondial de Transparency International. En 2023, l’enquête du baromètre des Balkans du Conseil de coopération régionale souligne l’ampleur de ce problème, révélant que 38% des Albanais estiment que la corruption figure parmi les principaux problèmes économiques du pays, plaçant l’Albanie au premier rang régional en la matière.
L’IA a déjà été utilisée comme outil de gouvernance. Certaines villes se servent, par exemple, des algorithmes pour optimiser les transports ou pour détecter la fraude. C’est notamment le cas de la Chine. Dans ce pays de l’Extrême Orient, la lutte contre la corruption est placée comme priorité par le président Xi Jinping. En 2008, l’empire du milieu était classé 80e sur 176 pays selon l’indice de perception de la corruption 2012 de Transparency international.
Là-bas sont considérés comme actes de corruption le trafic d’influence, le détournement de fonds, le népotisme ou encore la falsification statistique. Tout ceci coûte annuellement à l’économie chinoise une moins-value équivalente à 3% de son Pib. Qui plus est, pour la population chinoise, la corruption contredit les idéaux du communisme mais aussi du confucianisme.
La campagne anticorruption initiée par Xi Jinping en 2013 a conduit à une amélioration significative des performances financières de la Chine. Pour le président chinois, il a déclaré la guerre aux « tigres » et aux « mouches ». En sommes, s’attaquer à la grande et à la petite corruption. Beijing préfère parler de « graves violations de la loi et de la discipline » pour nommer la corruption. En 2023, 2,3 millions de chinois dont plus de 120 dignitaires de très haut rang ont été sanctionnés dans le cadre de la lutte anticorruption.
La corruption est un problème fondamental pour le développement. Tous les pays en souffrent. Ceux du Sud davantage. Au Sénégal, la reddition des comptes et la lutte contre la corruption sont d’actualité. Selon une étude d’Afrobarometer datant de juin 2025 intitulée « Performance du gouvernement en matière de lutte contre la corruption », 53% des Sénégalais estiment que la corruption a diminué dans leur pays au cours des 12 derniers mois. Le Sénégal s’est doté d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption. En plus de la refonte de l’Ofnac et de l’élargissement de la déclaration de patrimoine, le pays a entrepris une série de mesures visant à renforcer la transparence et la gouvernance publique.
C’est notamment le cas de la loi sur la protection des lanceurs d’alertes dans les affaires de corruption et de crimes économiques.
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