La France a longtemps incarné une certaine idée de l’universel. Son école, ses universités, sa langue et sa culture ont rayonné bien au-delà de ses frontières grâce à une conviction simple : le savoir devait être un pont entre les peuples, non un privilège réservé à ceux qui peuvent payer. Aujourd’hui, cette vision semble fragilisée par la généralisation des frais d’inscription fortement majorés pour les étudiants étrangers extra-européens.
Derrière cette décision budgétaire se cache en réalité une erreur stratégique profonde. En augmentant considérablement les coûts d’accès à l’université française pour des milliers d’étudiants africains, la France risque d’affaiblir un des derniers leviers de son influence positive sur le continent.
Je peux en témoigner personnellement. Formé en France, j’ai eu la chance de bénéficier d’un enseignement de qualité qui m’a permis de grandir intellectuellement, professionnellement et humainement. Cette formation ne m’a pas éloigné de mon pays ; elle m’a au contraire donné les outils pour servir à la fois le Sénégal et la France. Comme beaucoup d’Africains passés par les universités françaises, je suis devenu un trait d’union entre deux nations, deux cultures et deux espaces économiques.
Les étudiants étrangers ne sont pas une charge pour la France. Ils constituent un investissement d’avenir. Une fois diplômés, beaucoup deviennent des cadres, des chercheurs, des entrepreneurs, des responsables politiques ou des acteurs économiques influents dans leurs pays respectifs. Ils gardent souvent un lien affectif, culturel et professionnel fort avec la France. Ils en deviennent naturellement des ambassadeurs.
C’est là toute la contradiction de la politique actuelle. D’un côté, la France affirme vouloir renforcer sa coopération avec l’Afrique et annonce des investissements massifs de plusieurs milliards d’euros sur le continent. De l’autre, elle ferme progressivement les portes de ses universités à cette jeunesse africaine qui devrait pourtant être le principal relais de cette coopération.
Car la véritable influence ne se construit pas uniquement avec des financements ou des contrats économiques. Elle se bâtit aussi dans les amphithéâtres, les bibliothèques, les laboratoires et les rencontres humaines. Chaque étudiant africain formé en France porte ensuite une part de cette histoire commune dans son pays.
En instaurant des frais d’inscription qui atteignent plusieurs milliers d’euros, la sélection ne se fait plus sur le mérite ou l’excellence académique, mais sur les moyens financiers. Cette orientation envoie un message regrettable à une génération entière : celui d’une France qui se replie et qui doute désormais de sa propre vocation universelle.
Il ne faut donc pas s’étonner que de nombreux jeunes Africains se tournent aujourd’hui vers d’autres horizons : le Canada, les États-Unis, la Turquie, la Chine ou les pays du Golfe. Ces pays ont compris que former la jeunesse étrangère constitue un puissant outil d’influence, de coopération et de partenariat durable.
La relation entre la France et l’Afrique mérite mieux qu’une logique comptable. Elle doit reposer sur la confiance, la circulation des savoirs et le respect mutuel. Fermer l’accès aux universités françaises à ceux qui souhaitent apprendre, contribuer et bâtir des ponts entre les nations serait une faute historique.
L’avenir des relations franco-africaines ne se gagnera pas uniquement dans les sommets diplomatiques ou les investissements financiers. Il se construira surtout dans la capacité à continuer d’accueillir, de former et d’inspirer une jeunesse qui ne demande qu’à participer à une aventure commune.
Ibrahima Thiam, président du parti ACT


