Stop. Depuis quelques jours, nous assistons à une véritable campagne de dénigrement contre notre sélectionneur national, Pape Bouna Thiaw, et, au-delà, contre les valeurs du Sénégal. Tout y passe : menaces de retrait de titres, exclusion hypothétique de compétitions internationales, annulation pure et simple du sacre sénégalais… On aura tout entendu, y compris les digressions les plus sordides.
Mais que reproche-t-on réellement à Pape Thiaw ? D’avoir défendu son pays. D’avoir refusé de se taire face à une décision arbitrale controversée. D’avoir dit non à un système qui semblait vouloir voir le Maroc remporter, sans anicroche, une Coupe d’Afrique que ce royaume convoite depuis 1976.
Un bref rappel de l’histoire s’impose. En 2004, une faute évidente sur El Hadji Diouf précède le but qui élimine le Sénégal face à la Tunisie, pays organisateur. En 2006, l’Égypte, également pays hôte, bénéficie d’un arbitrage complaisant, marqué notamment par un penalty non sifflé sur Diomansy Kamara à la 94ᵉ minute. Le Sénégal proteste, puis rentre chez lui, dans le silence et la dignité.
Faut-il aussi rappeler le match Afrique du Sud–Sénégal sur la route du Mondial 2018, entaché d’erreurs si graves qu’il fut exceptionnellement rejoué ? Ou encore le penalty extrêmement généreux accordé à Samuel Eto’o en juin 2011 lors des qualifications pour la CAN 2012 à Yaoundé ? Même lors de la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, l’arbitrage a multiplié les zones d’ombre : carton rouge oublié pour Sadio Mané, penalty non sifflé sur Ismaïla Sarr, hors-jeu non signalé sur le but ivoirien de l’égalisation, avant l’élimination du Sénégal aux tirs au but. À un moment, il faut cesser de subir. Certaines erreurs arbitrales ne relèvent plus du hasard. Elles servent parfois des « grandes puissances ». Le Sénégal a dit non. Pape Thiaw a été courageux.
Comme l’a rappelé Samuel Eto’o récemment sur France 24, le football est aussi une gestion des émotions. La presse occidentale n’a donc aucune leçon à donner. Quand Lionel Messi retirait les joueurs argentins du terrain sans l’accord de l’arbitre, où étaient ces gardiens autoproclamés de la bienséance ? Lors du match de Ligue des champions entre le PSG et Istanbul Başakşehir, quand l’équipe turque quittait la pelouse sous l’impulsion de Demba Ba, où étaient ces donneurs de leçons ? Les exemples sont légion.
Ce qui est indigne, c’est aussi de voir certains Sénégalais, complexés jusqu’à la moelle, reprendre servilement les discours des médias étrangers pour s’attaquer à leur propre équipe nationale. Le Sénégal n’acceptera plus d’être volé. Tout le monde reconnaît que, sur le plan sportif, les Lions disposaient de la meilleure équipe. Mais une mécanique bien huilée, soutenue par de puissants relais médiatiques, semblait avoir décidé autrement. Ils ont toutefois oublié une chose : Dieu est toujours aux commandes.
Les réactions de la FIFA et de la CAF suffisent à faire tomber les masques. En brandissant la menace de sanctions contre le Sénégal, ces institutions, trop souvent au service des plus forts, prennent le risque de se discréditer. Les visages fermés de leurs dirigeants lors de la remise des médailles en disent long sur leur dépit face à la résistance sénégalaise.
Alors, le Maroc n’a rien à se reprocher ? Qui a volé les serviettes d’Édouard Mendy ? Qui a traîné au sol le gardien Yehvann Diouf ? Qui a exposé les Lions à la gare de Rabat ? Quelle équipe a bénéficié d’une indulgence arbitrale persistante et d’une étonnante immunité disciplinaire ? Le système a joué mais a perdu. Le Sénégal, lui, ne s’excusera jamais d’être champion d’Afrique.
N’en déplaise aux donneurs de leçons à la petite semaine.
Babacar Gueye DIOP, journaliste


