Au Sénégal comme partout en Afrique, les femmes sont au cœur de l’activité économique. Elles tiennent des commerces, transforment des produits, créent des emplois et font vivre des territoires entiers. Pourtant, un paradigme s’est installé : celui qui définit les femmes entrepreneures d’abord par leurs contraintes, plutôt que par leur capacité à créer de la valeur et à transformer l’économie.
Ce paradigme ne reflète pas la réalité du terrain. Et le corriger est dans l’intérêt de tous.
1.Un levier essentiel : le leadership économique
Renforcer le leadership économique des femmes entrepreneures est un levier essentiel à travers l’accès à l’information stratégique, la compréhension de leur marché, la capacité à identifier des opportunités de croissance et à prendre des décisions en connaissance de cause. Il s’agit d’une compétence économique à part entière, qui se construit et qui doit être pleinement intégrée dans les dispositifs d’accompagnement.
2.Un changement de narratif nécessaire
Les acteurs de l’écosystème institutions publiques, partenaires techniques et financiers, structures d’appui partagent le même objectif : voir ces entreprises grandir. En Afrique subsaharienne, une part significative des PME est dirigée par des femmes. Leur capacité à investir, à accéder à de nouveaux marchés et à créer de la valeur influence directement la trajectoire économique de nos pays.
Ce changement de narratif s’impose : ne plus parler de ces entreprises uniquement en termes d’inclusion sociale, mais en termes de valeur économique, de potentiel de croissance et de contribution productive. C’est ce regard-là qui doit orienter les politiques, les financements et les programmes.
3.Des parcours, pas des programmes isolés
Ce qui fait encore défaut, ce n’est pas la volonté des acteurs, mais la cohérence des interventions. Former, financer, ouvrir des marchés : ces leviers existent. Mais ils fonctionnent encore trop souvent en silos, sans continuité, sans logique de progression pour celles et ceux qui en sont au centre.
Ce qu’il faut construire, ce sont des parcours cohérents et séquencés — de la formation à la structuration, de la structuration à la formalisation, du financement à l’accès au marché, puis à la consolidation stratégique. Les partenaires techniques et financiers gagneraient à s’inscrire dans cette logique de continuité plutôt que dans des temporalités d’intervention fragmentées.
4.Des dispositifs co-construits avec le terrain
L’efficacité des programmes repose aussi sur leur conception. Co-construire avec les entrepreneures, adapter aux cycles réels de leurs activités, s’ancrer dans les filières économiques où elles évoluent : c’est cette connexion au réel qui fait la différence entre un programme qui forme et un programme qui transforme.
5.Un environnement qui permet la croissance
Les dispositifs d’accompagnement s’inscrivent dans un environnement réglementaire et institutionnel qui peut soit faciliter, soit freiner la croissance. L’accès aux marchés publics, la fiscalité des petites entreprises, les garanties exigées par les institutions financières ou encore la formalisation progressive des activités sont autant de leviers relevant des politiques publiques, et qui conditionnent l’impact réel des interventions.
6.Mesurer ce que nous faisons vraiment
Il nous faut collectivement évaluer ce que produisent réellement les programmes, les fonds et les interventions. Pas pour sanctionner, mais pour apprendre et mieux orienter. Cela suppose des indicateurs de progression réels — chiffre d’affaires, emplois créés, nouveaux marchés atteints, capacité d’investissement — plutôt que de simples indicateurs de participation. La mise en place d’un observatoire dédié à ce suivi serait un outil précieux. Nous y gagnerions tous.
7.Ce que cela exige de nous
Après neuf années d’engagement auprès de femmes entrepreneures, je sais que ces chantiers nous concernent tous et qu’aucun acteur seul ne peut les porter.
Ce qui est en jeu n’est pas une cause sociale, mais la compétitivité de nos économies, la structuration de nos tissus productifs et la capacité de nos pays à créer durablement de la valeur. Les femmes entrepreneures en sont un levier central. Les considérer comme tel — dans les politiques, les financements, les programmes et les regards — constitue un pas décisif vers une transformation réelle et partagée.
Yacine Dia NDIAYE, actrice économique


