Le Grand Magal de Touba, moment de réjouissance des immenses grâces reçues par le Cheikh, Serigne Touba Khadimou Rassoul de son Créateur, sera célébré ce dimanche 2 août 2026 à Touba et par la diaspora mouride éparpillée à travers les cinq continents du monde.
Moment de prières, de recueillement et de dévotions, cet événement d’une grandeur multidimensionnelle a le mérite de rappeler le courage légendaire d’un homme de Dieu que tout opposait à ses adversaires, mais qui y est parvenu tout de même par une stratégie pacifique mais efficiente à instaurer un modèle islamique conforme aux enseignements du Prophète (PSL) tout en s’adossant sur les réalités sociologiques sénégalaises voire africaines.
Le pardon qu’il a accordé à ses adversaires l’a rehaussé à un niveau insoupçonné, à tel point que la soumission dont il faisait l’objet de la part des disciples mourides avait fortement impressionné l’administration coloniale. Le pardon comme acte de grandeur, signe de réconciliation et socle d’une paix sociale durable devrait être enseigné afin de mieux appréhender la dimension mystique, politique et pédagogique de Serigne Touba et de son œuvre.
Voilà un homme qui aura consacré la moitié de sa vie à défendre ses convictions, l’islam et une cause universelle unanimement reconnue de tous, c’est-à-dire l’identité culturelle de l’homme noir. Son voyage initiatique en Afrique centrale en 1895 lui ouvrit les portes d’une nouvelle dimension qui lui vaut aujourd’hui un prestige sans précédent et une envergure mondiale incontestable. Serigne Touba est un bréviaire qui illumine la vie d’une bonne frange d’une société dans un monde en pleine déliquescence des mœurs et des valeurs.
Serigne Touba symbolise le refus, la Renaissance d’une nouvelle conscience historique et une nouvelle identité culturelle remarquable. Ses enseignements demeurent de véritables courants de pensée qui ne s’érodent et ne s’étiolent jamais. Là où le communisme et le capitalisme ont montré leurs limites, le Mouridisme quant à lui reste un phare, novateur et ambitieux qui inspire progrès, unité, travail et paix.
En 1895, Serigne Touba effectua un périlleux voyage auprès des lointaines terres de l’Afrique équatoriale française (A.E.F.), notamment au Gabon. Entre Dakar et Conakry, un miracle extraordinaire et surnaturel se produisit. Toute la dimension humaine et mystique de l’homme réside en cet instant particulier, solennel et mémorable : la prière au bord de l’océan près du paquebot brésilien, le Pernambuc.
Les colonisateurs français venaient de découvrir toute la détermination d’un homme foncièrement engagé, prêt à honorer et à réhabiliter les soupapes d’un Islam savamment malmenées et torpillées par les impérialistes européens au XIXᵉ siècle.
Cheikh Ahmadou Bamba est une aubaine inexplicable qui s’écarte de la logique et se détache du rationalisme. Il demeure incontestablement un Trésor humain vivant, immortel et impérissable.
Bref, le Cheikh reste un patrimoine universel dans lequel sont nichés courage, foi, résilience, patriotisme, nationalisme et panafricanisme. Serigne Touba est une référence pure, une richesse absolue et un rempart sûr. Il cristallise une somme de valeurs propres et identifiables à l’islam et à la cause culturelle africaine.
Serigne Touba et la prière au bord de l’océan : une démarche de foi doublée d’un mysticisme insondable
En septembre 1895, Serigne Touba fut injustement déporté au Gabon. Et pourtant, le Cheikh n’avait commis à l’époque aucune infraction censée troubler l’ordre de l’administration coloniale, encore moins une rébellion ou une préparation d’une guerre sainte (djihad). Par contre, les colons français voyaient en lui une réelle menace, un danger contre leur influence politique et sociale auprès des populations indigènes. Le Cheikh devenait de plus en plus populaire au Baol, au Cayor, au Saloum, et partout au Sénégal. Il était l’incarnation des esprits libres et provoquait une véritable scène de liesse et d’hystérie collective auprès de ses inconditionnels.
Les sorties du Cheikh ne laissaient personne indifférente, les fidèles lui montraient une soumission inqualifiable. Sa popularité grandissait de jour en jour. Et la teneur de son discours et de ses enseignements impactait fortement les consciences des populations. Il était pour eux, un guide et un Prométhée capable de leur montrer la voie en les extirpant des ténèbres de la domination en rompant la hideuse chaîne esclavagiste et colonialiste.
Le Cheikh se révèla être un résistant culturel qui réfuta les idées assimilationnistes des colonisateurs. À la place de celles-ci, il propose un projet de société reposant sur la foi en Dieu, le travail et la solidarité. C’est dire que les colonisateurs jaloux de son idéologie intentèrent contre sa personne un procès inique le faisant passer comme un rebelle, un djihadiste et un anticonformiste. Ainsi de 1895 à 1927, Cheikh Ahmadou Bamba a été privé de liberté pour des accusations fallacieuses sur sa doctrine, sa philosophie et convictions religieuses.
C’est sur du faux, de la calomnie et de la délation que le Cheikh a été séparé de sa famille, de ses proches et de son pays pour une durée longue de sept années au risque de sa vie. Il faut le noter les colonisateurs français avaient tenté toutes lméthodes possibles dans le but d’assassiner le plus grand résistant africain de l’époque. Le choix de la terre d’exil est loin d’être gratuit. L’Afrique centrale réputée humide avec un climat hostile envers un sahélien, car diamétralement opposé à celui de l’Afrique l’Ouest.
L’administration coloniale croyait que le Cheikh n’allait pas résister face à ce climat étranger et inhabituel pour un sahélien issu de l’Afrique au sud du Sahara. D’ailleurs, l’almamy Samory Touré, le vaillant et conquérant guerrier du royaume du Ouassalou y périra en 1900.
Malgré les nombreuses tentatives d’assassinat sur sa personne et les conditions climatiques extrêmement difficiles, pénibles et inhumaines, Serigne Touba tînt tête pendant presque huit années. Il fît preuve de résilience et d’endurance. Serigne Touba est un creuset de valeurs alliant nationalisme, patriotisme et soufisme.
Serigne Touba est un être exceptionnel et singulier qui se distingue de par sa démarche inédite et la dimension exceptionnelle de sa riche et féconde production scientifique. Le 18 Safar célèbre le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon alors qu’il est plus fréquent de célébrer la victoire plutôt que de fêter le début des épreuves. Quelle grandeur humaine! Quelle élévation spirituelle! L’homme est manifestement le revificateur de la Sounnah du Prophète Mouhamed (PSL).
Le Grand Magal de Touba doit nous enseigner la foi en Dieu, un retour à la sounnah du Prophète et une profonde croyance à nos convictions religieuses. Le Cheikh nous enseigne à travers son départ en exil, une démarche de foi sublimée, assise sur les fondamentaux de l’islam et un courage africain hérité des précurseurs.
Nous souhaitons au demeurant, un excellent Magal à tous les sénégalais dans la convivialité, le bonheur, la paix et le vivre ensemble, des valeurs qui distinguent le génie sénégalais des autres peuples.
Dr El Hadji Cheikh Ibra Faye
Disciple mouride


