Depuis octobre 2024, je vis et participe à une expérience particulière de l’histoire politique et institutionnelle récente du Sénégal, marquée par la nomination de 59 jeunes aux fonctions de chargés de mission auprès de la Présidence de la République.
En tant que chargé de mission, je suis directement concerné par cette expérience. Je me considère donc légitime pour apporter mon témoignage et rappeler certaines réalités que l’actualité semble parfois faire oublier.
Pour comprendre toute la portée de cette expérience, il faut revenir sur le profil d’une grande partie de ces jeunes au moment de leur recrutement.
Pour beaucoup d’entre nous, nous arrivions avec une formation générale parfois incomplète, des qualifications professionnelles encore limitées, peu ou pas d’expérience dans le monde du travail et, surtout, aucune véritable expérience des rouages de l’État, de l’administration publique et des exigences liées au fonctionnement des institutions républicaines.
Nous n’étions pas nécessairement des cadres déjà accomplis, préparés à exercer immédiatement de hautes responsabilités administratives. Nous étions, pour beaucoup, des jeunes qui avions besoin d’encadrement, de formation, d’apprentissage et d’une véritable immersion dans l’environnement institutionnel.
Notre nomination représentait donc bien plus qu’une simple attribution de fonctions. Elle constituait également une opportunité de construire nos parcours professionnels, de renforcer nos capacités et de nous préparer à de futures responsabilités.
Deux années après, alors que certaines fonctions prennent fin et que des voix s’élèvent pour dénoncer les décisions intervenues, je considère qu’il est de ma responsabilité de rappeler toute l’histoire, avec objectivité, honnêteté et sens des responsabilités.
DIOMAYE A FAIT LE CHOIX DE LA FORMATION PLUTÔT QUE DE LA RÉCUPÉRATION POLITIQUE
Durant cette période, le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, aurait pu se contenter de nous nommer, de nous confier des responsabilités et de nous laisser évoluer avec nos acquis initiaux.
Pourtant, j’ai pu constater qu’il a fait un autre choix : celui de la formation, de la discipline, de la compétence et de la préparation à l’avenir.
Le message qui nous a été adressé était essentiellement un message d’exigence et de responsabilisation. Le président nous a notamment encouragés à poursuivre des formations diplômantes, sans faire du coût des établissements un obstacle, en s’engageant à prendre en charge les frais correspondants.
Cet accompagnement a permis à plusieurs d’entre nous d’obtenir des licences et des masters, renforçant ainsi nos qualifications académiques et nos perspectives professionnelles.
Je considère que ce choix mérite d’être souligné. Il ne s’agissait pas simplement de distribuer des postes ou de satisfaire des attentes individuelles, mais de donner à une génération de jeunes les moyens de se construire intellectuellement et professionnellement.
Autrement dit, il ne s’agissait pas de fabriquer une clientèle politique, mais de contribuer à former des femmes et des hommes capables, demain, d’assumer des responsabilités plus importantes au sein de l’administration, des institutions et de la vie publique.
UN INVESTISSEMENT FINANCIER ET HUMAIN QUI NE PEUT ÊTRE PASSÉ SOUS SILENCE
L’accompagnement dont nous avons bénéficié ne s’est pas limité aux formations universitaires.
Le président de la République a également engagé un programme de renforcement de nos capacités au Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS), autour de plusieurs domaines stratégiques : gouvernance, administration, diplomatie, sécurité et monnaie.
Cet investissement a mobilisé, selon les données dont nous disposons, plus de 74 millions de francs CFA.
Pendant neuf mois, chacun de nous bénéficiait également d’une prise en charge de 50 000 FCFA pour ses frais de transport à chaque session de formation.
À cela s’est ajoutée une immersion de deux semaines à l’École nationale des officiers d’active (ENOA) de Thiès. J’ai vécu cette expérience comme une véritable occasion de renforcer notre discipline, notre compréhension des exigences de l’État et notre sens du devoir.
Une autre formation spécialisée en art oratoire, auprès d’une école dont les prestations étaient également particulièrement coûteuses, a aussi été financée.
Je tiens à rappeler que nous n’avons pas simplement bénéficié d’une rémunération ou d’un titre administratif. Nous avons bénéficié d’un investissement dans notre capital humain, notre intelligence, notre capacité d’expression, notre culture institutionnelle et notre aptitude à servir la République.
Voilà une dimension de notre expérience que je ne peux pas passer sous silence.
UN ACCOMPAGNEMENT SOCIAL QUI DÉPASSAIT LE CADRE PROFESSIONNEL
Il existe également une dimension humaine dont on parle rarement.
J’ai également été témoin de la proximité manifestée par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye à notre égard. Il ne s’est pas limité à un rapport strictement administratif avec nous. À plusieurs occasions, il nous a accompagnés dans des événements familiaux et sociaux, notamment lors de cérémonies organisées dans nos départements respectifs.
Cet accompagnement, particulièrement apprécié par plusieurs d’entre nous, témoignait d’une volonté de maintenir un lien humain avec des jeunes dont certains avaient traversé des périodes difficiles.
Je trouve d’ailleurs regrettable que certains de ceux qui ont aujourd’hui quitté leurs fonctions et qui expriment publiquement leur indignation semblent oublier qu’ils ont eux-mêmes bénéficié de cette attention personnelle et de cet accompagnement.
La reconnaissance ne devrait pourtant pas être une variable d’ajustement que l’on active uniquement lorsque les circonstances nous sont favorables.
LE LIMOGEAGE N’EFFACE NI LES EFFORTS CONSENTIS NI L’HISTOIRE
Soyons clairs : le limogeage d’un collaborateur relève des prérogatives du président de la République. Dans une République, aucune nomination ne constitue un droit acquis à vie. Toute responsabilité publique s’exerce dans le cadre de la confiance, des nécessités du service et des décisions de l’autorité compétente.
Personne ne devrait être privé de son droit à la dignité parce qu’il a perdu une fonction. Les anciens chargés de mission ont parfaitement le droit d’exprimer leurs sentiments, leurs frustrations et leurs désaccords.
Mais, en tant que chargé de mission et acteur de cette expérience, je considère qu’il existe une différence fondamentale entre défendre sa dignité et réécrire son histoire.
On ne peut pas bénéficier pendant près de deux années d’un accompagnement institutionnel, académique, financier et social considérable, puis donner à l’opinion l’impression que rien n’a été fait, que rien n’a été offert et que tout se résume à une injustice personnelle.
La loyauté ne signifie pas renoncer à sa liberté de parole. La reconnaissance ne signifie pas non plus une soumission politique. Mais l’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître ce dont on a bénéficié, même lorsque les circonstances changent.
Je le dis avec conviction : on peut quitter une fonction sans perdre sa dignité. Mais on ne devrait jamais perdre sa mémoire au moment de quitter une fonction.
C’est précisément là que se pose la question de l’ingratitude politique.
LA RESPONSABILITÉ POLITIQUE EXIGE DE LA MÉMOIRE ET DE LA HAUTEUR
Ce débat doit également nous conduire à une réflexion plus profonde sur notre conception de l’engagement politique.
Les sacrifices consentis hier par de nombreux jeunes durant les périodes de tensions politiques méritent respect et considération. Mais ils ne peuvent pas devenir un argument permanent pour exiger des privilèges ou considérer toute décision défavorable comme une trahison.
La République n’est pas une caisse de compensation des sacrifices militants. Elle est un espace de responsabilités, de compétences, de devoirs et de redevabilité.
Pour ma part, je considère que le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a fait le choix d’investir dans notre formation. À travers cet accompagnement, il nous a donné des outils pour construire notre avenir professionnel et participer à la transformation du Sénégal.
Cet investissement ne doit pas être réduit à la question de savoir qui est resté en fonction et qui ne l’est plus.
Il faut aussi avoir le courage de reconnaître que l’État a des exigences, que les fonctions sont temporaires et que la construction d’une génération de cadres compétents ne peut être conditionnée à la conservation permanente d’un poste.
DIOMAYE : PRÉPARER UNE GÉNÉRATION, PAS FABRIQUER UNE CLIENTÈLE
Au fond, la véritable portée de cette expérience réside dans une vision : celle d’un président qui, au-delà des contingences politiques, a voulu donner à des jeunes parfois éloignés des réalités administratives et institutionnelles une opportunité de se former, de se professionnaliser et de se préparer à servir.
En tant que bénéficiaire et témoin de cet accompagnement, je considère que cette démarche mérite d’être évaluée avec objectivité.
Ceux qui ont bénéficié de cet accompagnement peuvent naturellement avoir des regrets. Ils peuvent même ne pas partager les décisions prises à leur encontre. Mais ils devraient éviter de transformer leur départ en procès permanent contre celui qui leur a offert cette opportunité.
Le Sénégal a besoin d’une nouvelle génération de responsables capables de dépasser les intérêts individuels, les frustrations circonstancielles et les calculs de positionnement.
La fidélité à ses convictions ne doit pas conduire à l’amnésie. La dignité ne doit pas devenir un slogan de circonstance. Et la reconnaissance ne doit jamais être considérée comme une faiblesse.
À ceux qui crient aujourd’hui à l’injustice, je lance une seule exigence : ayez le courage de raconter toute l’histoire, pas seulement le chapitre qui vous arrange.
Car servir la République, ce n’est pas seulement occuper un bureau, bénéficier d’un titre ou disposer d’un véhicule de fonction. C’est aussi savoir partir avec élégance, reconnaître les opportunités reçues et poursuivre son engagement avec responsabilité.
Le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye ne nous a pas seulement confié des responsabilités. Il a également contribué, par cet accompagnement, à renforcer nos capacités, à combler certaines insuffisances de nos parcours initiaux et à préparer notre avenir professionnel.
Et cela, aucune décision de limogeage ne devrait pouvoir l’effacer de l’histoire.
COUMBA NDOFFÈNE DIOUF
Chargé de mission à la Présidence de la République


