Réagissant à l’insécurité qui prévaut au Moyen Orient depuis que les Etats-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, la Chine a formulé cinq initiatives que nous tenterons d’expliquer et de commenter. Les initiatives sont les suivantes : arrêt immédiat des hostilités, l’ouverture de négociations internationales, Protection des civils, la sécurité de la navigation maritime et le respect des principes de la Charte des Nations Unies et les exigences du multilatéralisme.
I : L’arrêt immédiat des hostilités,
« Le monde est dangereux non pas en raison de ceux qui font le mal mais de ceux qui regardent et laissent faire ». Cette affirmation d’Albert Einstein constitue une invitation à la concrétisation de « l’obligation de non indifférence » vis à vis des peuples qui souffrent et des nations plongées dans une instabilité. La Chine a compris la nécessité de contribuer à la pacification et à la stabilité des relations internationales. Sa place sur l’échiquier mondial et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité légitiment l’appel de la Chine à l’arrêt des hostilités au Moyen Orient.
Cet appel s’inscrit, par ailleurs, dans une vision globale reposant une communauté de destin pour l’humanité et dont les principaux axes ont été déclinés dans un ouvrage intitulé « Construire ensemble une communauté de destin pour l’humanité : propositions et actions de la Chine », rédigé par l’Office d’information du Conseil des affaires d’Etat de la République populaire de Chine en 2025.
Quels que soient les espaces géographiques dans lesquels résident les êtres humains, leur aspiration à la paix, à la sécurité, à la coopération et à l’interdépendance demeure une réalité intangible. Le président Xi Jinping l’a évoqué pour la première fois lors d’un discours à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou en 2013. Il l’a rappelé à l’occasion de la 70ème session de l’assemblée générale des Nations Unies. Cette communauté de destin pour l’humanité, socle idéologique de la diplomatie de la République de Chine, repose sur la création d’un environnement de sécurité caractérisé par l’équité, la justice, la synergie et le partage.
L’appel à l’arrêt immédiat des hostilités au Moyen Orient rappelle en outre les objectifs du droit international post-westphalien, droit au service de la coexistence pacifique des nations et de la construction d’une communauté de sécurité
Toutefois, fidèle à sa posture classique, à savoir une diplomatie érigeant en dogme le principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain, la Chine ne critique pas ouvertement l’attitude des États engagés dans ce conflit. Elle les appelle à la négociation, à la recherche d’une solution diplomatique pour non seulement asseoir un climat de paix mais aussi sauvegarder les intérêts économiques de la communauté internationale.
II : L’ouverture des négociations
Winston Churchill affirmait « un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ». Cette affirmation rappelle les vertus de la négociation internationale en tant que puissant outil diplomatique au service de la résolution des crises et des conflits qui secouent la société internationale d’aujourd’hui. La Charte des Nations Unies—Constitution ou Contrat social de la communauté internationale— en fait un principe fondamental. L’article 2 paragraphe 3 et l’article 33 de la Charte de l’ONU, rappellent aux parties engagées dans ce conflit la nécessité de trouver une solution diplomatique en vue de mettre un terme aux pertes en vies humaines et à la destruction des infrastructures vitales.
III : Protection des civils
L’article 2 parag. 4 codifie le principe coutumier de l’interdiction du recours à la force armée dans les relations internationales. Il est le prolongement des idées consignées dans le préambule de la Charte des Nations Unies, par exemple éviter aux générations futures le fléau de la guerre et d’indicibles souffrances et la proclamation de l’égalité des peuples.
Malgré ces dispositions, les conflits continuent à perturber l’équilibre et la stabilité des relations internationales. C’est pourquoi, face à la recrudescence de climat de tension au Moyen Orient, la Chine rappelle aux Etats l’exigence de protéger les civils et d’assurer la mise en œuvre de l’assistance humanitaire conformément au droit international contemporain. Cet appel de la Chine à la protection des vulnérables que sont les civils, notamment les femmes et les enfants, est révélateur de son attachement au nouveau paradigme qu’est l’humanisation du droit international. En effet, elle a la conviction qu’aujourd’hui le référent sécuritaire est de moins en moins l’Etat mais de plus en plus l’individu. Ce qui d’ailleurs a amené une partie de la doctrine internationaliste à tenter de « reconceptualiser » la souveraineté. On parle de moins de la souveraineté- liberté, souveraineté –abstention, mais de plus en plus de la souveraineté-responsabilité.
IV : La sécurité de la navigation maritime
La Chine a des liens politiques et énergétiques très étroits avec l’Iran. Les relations bilatérales entre ces deux Etats ont été renforcées par un accord stratégique signé en 2021. Cet accord prévoit une coopération sur 25 ans dans l’énergie, les infrastructures et le commerce. Le conflit au Moyen Orient compromet la réalisation de la coopération énergétique. Il suscite des inquiétudes de la part de la Chine pour deux raisons : dépendance énergétique et sécurité des routes maritimes. Elle est le premier importateur de pétrole au monde et le Moyen Orient est la source essentielle de ses approvisionnements. Une grande partie de ce pétrole passe par le détroit d’Ormuz constituant un axe stratégique, une artère principale favorisant la navigation des pétroliers à destination de l’Asie. Or, en rendant difficile voire impossible le passage par le détroit, l’Iran pose un acte qui aura incontestablement des répercussions sur l’économie mondiale : flambée des prix du baril, augmentation du coût des transports maritimes et des marchandises, affaiblissement du pouvoir d’achat des ménages, les Etats embarrassés par la grogne sociale provoquée par l’inflation. Ce sont ces raisons qui ont amené la Chine comme d’autres pays à plaider en faveur de la sécurité des routes maritimes et à proposer une cinquième initiative reposant sur le respect des principes de la Charte et sur l’utilisation des ressources à la fois normatives et institutionnelles qu’offre le multilatéralisme.
V : Le Respect de la Charte et des exigences du multilatéralisme
L’ordre international se fonde sur des règles et principes consacrés par le droit international. Ces principes sont ceux de la Charte des Nations Unies dont le respect, selon la Chine, est gage de paix, de sécurité et d’équilibre. Il en est ainsi de la coexistence et de la coopération des Etats souverains, du règlement pacifique des différends internationaux (article 33 à 38 de la Charte), de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain etc. La Chine, Etat n’ayant pas une posture belligène, considère que la Charte comporte un certain nombre de ressources dont l’application effective permet de réaliser un climat de paix et de stabilité favorisant l’épanouissement des activités économiques et la satisfaction des besoins des populations. Dans le même temps, elle estime que l’aspiration à la paix et à la stabilité des relations internationales justifie et légitime l’institutionnalisation du multilatéralisme comme moyen privilégié de résolution des crises et de prévention des conflits. En effet, il repose sur l’idée que la résolution des conflits doit faire l’objet d’une large concertation qui se veut inclusive et participative. Cependant, en dépit des flottements et des moments de crise qu’il connait, le multilatéralisme est la pierre angulaire de l’ordre international depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il a profondément modifié le décor diplomatique, réorienté le droit international et contribué, sans que nous nous en rendions compte, à organiser l’ordinaire de notre vie quotidienne qui dépend de plus en plus, jusque dans ses moindres détails, de conventions multiples, négociées et formalisées. L’attachement de la Chine au multilatéralisme comme vecteur de paix et d’équilibre dans les relations internationales est incontestable. Son ambassadrice, Mme Li YONGIIE, a d’ailleurs rappelé les vertus du multilatéralisme à l’occasion de la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC qui s’est tenue du 26 au 29 mars 2026 à Yaoundé, au Cameroun.
En définitive, il ressort des cinq initiatives proposées par le ministère chinois des affaires étrangères, l’attachement de la Chine au respect du droit international, en particulier à la sacralisation des principes juridico-politiques (respect de la non-ingérence et l’obligation de régler pacifiquement les différends internationaux) et à la systématisation du multilatéralisme. La Chine invite ainsi les Etats membres de la communauté internationale à s’interdire d’agir unilatéralement au mépris des valeurs de paix, de sécurité, de respect des droits fondamentaux, de l’égalité des peuples et de l’Union dans la différence pour construire une communauté de destin pour l’humanité comme l’ont évoqué le ministère chinois des affaires étrangères et le Président de la République, son excellence Xi JINPING.
Mamadou Yaya Diallo
Enseignant chercheur à la Faculté des
Scinces juridiques et politiques de l’Université
Cheikh Anta DIOP de Dakar
SENEGAL


