Comme l’année dernière, le Sénégal a renouvelé en 2026 la suspension des importations de bananes. Ce gel de six mois s’inscrit directement dans la stratégie nationale d’autosuffisance alimentaire et de substitution des importations.
Actuellement, la demande annuelle en bananes est estimée à 120 000 t (besoin). Alors que la production nationale atteignait 30 000 tonnes en 2020, elle s’élève aujourd’hui à 80 000 tonnes. Il manque donc seulement 40 000 tonnes pour atteindre l’objectif d’autosuffisance en bananes.
Pour l’heure, la mesure de régulation actuelle porte déjà ses fruits : en moins de trois mois, 25 000 tonnes ont été commercialisées à un prix stable, autour de 500 FCFA le kilogramme, selon l’Agence de régulation des marchés (ARM). Les retombées économiques sont considérables pour les quelque 10 000 producteurs de la filière, avec des revenus globaux générés de 12,5 milliards de FCFA.
Les acteurs de la filière banane expriment leur vive satisfaction et remercient le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, ainsi que le ministre du Commerce pour leur engagement. Le Chef de l’État témoigne d’un intérêt concret pour notre secteur, comme l’a illustré sa visite de terrain à Laboya.
Cependant, l’atteinte d’une autosuffisance durable nécessite un soutien renforcé de l’État, en particulier sur le plan financier. Il est indispensable que le gouvernement étudie des modalités d’accompagnement adaptées, notamment via le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP) ou la Délégation générale à l’Entrepreneuriat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ).
À cet égard, nous nous réjouissons des décisions prises lors de la réunion interministérielle sur la campagne agricole. Le Premier ministre et son gouvernement y ont arrêté des mesures clés : d’une part, la décision d’engager des concertations avec le pool bancaire, les systèmes financiers décentralisés et la BCEAO pour mobiliser le crédit de campagne et adapter les dispositifs de mitigation des risques ; d’autre part, l’inscription des enveloppes requises dans la loi de finances rectificative pour sécuriser les opérations urgentes. Il convient de rappeler que les acteurs de la filière banane figurent parmi les plus dynamiques et les mieux organisés du secteur agricole national.
Pour consolider ces acquis, trois urgences doivent être prises en compte :
La subvention du carburant : L’irrigation et la motorisation absorbent une part disproportionnée de nos charges. Les producteurs sollicitent une subvention sur le gasoil pour alléger des coûts d’exploitation qui asphyxient aujourd’hui nos bénéfices.
L’aménagement des pistes de production : Le désenclavement des zones de culture est vital pour préserver la qualité des récoltes.
La logistique et le transport : L’acheminement des bananes des champs vers les centres de consommation doit faire l’objet de solutions durables pour garantir un approvisionnement fluide du marché national.
Mouhamed MANGANE,Opérateur économique et acteur de la filière banane


