Le développement économique doit émaner des terroirs et inviter chaque citoyen à jouer sa partition. Telle est la perception d’Adja Sadio Fané, une septuagénaire primée, en 2025, pour ses initiatives dans la promotion d’une alimentation à base de produits locaux. Pour booster le potentiel de la région de Sédhiou, elle partage son savoir-faire dans les contrées reculées du Pakao, notamment à Boudié, Karantaba et Balantacounda.
SÉDHIOU – Drapée d’une étoffe multicolore de la tête au pied, Adja Sadio Fané est une voix influente. Elle n’intervient que quand il faut trancher les débats. Assise avec des femmes du quartier Mansacounda, dans la commune de Sédhiou, sur la véranda de la concession familiale, elle observe, dans une ambiance parfois bon enfant, les plus jeunes du groupe compter et vérifier les cotisations des membres.
« C’est le jour de notre « djolon » (tontine), ce jeudi 4 mai (le 4 mai était un lundi s’il s’agit de 2026). Toutes les membres viennent pour déposer leur épargne de la semaine. C’est un montant de 600 FCfa au moins et 100 FCfa est mis de côté. Dès que la somme atteint 50.000 FCfa, elle est remise sous forme de prêt aux membres avec un taux d’intérêt », explique, dans un ton rassurant, Adja Sadio Fané, à la tête du « djolon » depuis maintenant neuf ans.
Femme engagée et célèbre, elle a plusieurs cordes à son arc. Transformatrice de fruits, de légumes, de céréales locales et de lait, elle s’investit aussi dans la microfinance ; ce qui fait d’elle une femme de développement.
Cette battante du Pakao continue de marquer des générations de femmes. D’ailleurs, le qualificatif de « femme de développement », Maïmouna Tamba, membre du Directoire des femmes en élevage (Dirfel), ne cesse de l’évoquer pour qualifier leur présidente à chaque fois qu’elle apporte un témoignage à son endroit.
« Elle est l’initiatrice du Directoire des femmes en élevage. Son engagement est volontaire. Adja Sadio Fané finance les activités avec ses propres ressources », confie Mme Tamba.
Le lait, c’est elle
Adja Sadio Fané s’est fait remarquer dans les activités de développement en 2012. Ayant mis en place le Dirfel, elle choisit d’exploiter le lait du fait de sa valeur nutritive.
Entretemps, « je me suis lancée dans l’élevage de petits ruminants. Grâce à ce secteur, je subviens aux besoins de ma famille », confie-t-elle.
Ses efforts ont fini par payer. Le 22 février 2025, lors de la célébration de la Journée nationale de l’élevage, elle est récompensée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pour son travail dans « la valorisation des produits d’origine animale ».
Selon Maïmouna Tamba, cette consécration confirme sa compétence dans la filière lait.
« Ici, dans la région, le lait, c’est elle. La transformation des céréales, c’est aussi elle », témoigne Mme Tamba.
« Dans les expositions, tant que ses produits ne sont pas vendus, ses concurrents trouvent de la peine à écouler les leurs », ajoute-t-elle.
L’empreinte de l’Ita
Avec le lait de vache, Sadio Fané propose divers produits.
« Je le transforme en lait, en huile « diw ñor », etc. Elle fabrique aussi de la crème, du fromage traditionnel, du yaourt pour les enfants en tenant compte de la bourse des populations. »
Cette actrice de développement dans la région de Sédhiou a obtenu le savoir-faire grâce aux formations obtenues dans le domaine de la transformation entre 2019 et 2022 au sein de l’Institut de technologie alimentaire.
Adja Sadio Fané a aussi été formée dans le projet de valorisation des produits locaux en Casamance, lequel vise à transformer, promouvoir et commercialiser les ressources agricoles et artisanales dans la région de Sédhiou.
Ce programme avait aussi un volet microfinance.
« C’est ainsi qu’une mutuelle de finance a été mise en place et que je fus la présidente de l’union départementale », rappelle-t-elle.
L’objectif était d’assurer l’autonomisation financière aux femmes et aux artisans.
Adja Sadio Fané a, dans le cadre de la promotion de ses produits, exposé dans plusieurs localités, dont la sous-région. C’était le cas, pendant un mois, au Burkina Faso, en 2024.
« Je faisais des records de vente chaque jour. Mes produits sont aussi exposés à la Foire de Dakar », avoue-t-elle.
Un engagement récompensé
Si elle a été honorée par le chef de l’État en 2025, comme susmentionné, c’est grâce à sa contribution dans la construction économique de la région, notamment dans le renforcement des capacités des femmes.
Adja Fané s’est, en outre, investie dans la transformation de légumes et de savon. Une compétence qu’elle a développée à Djibélor.
Cette technique, elle la partage avec les femmes de Bono, Djirédji, Karantaba et Sédhiou où elle forme les groupements de femmes.
Perçue comme protectrice, Adja Sadio Fané songe à la retraite. Elle mobilise les plus jeunes à qui elle délègue certaines responsabilités du Dirfel.
Toutefois, la plupart des jeunes femmes qui collaborent avec elle doutent de leurs capacités.
« Je me demande toujours si j’aurai une carapace assez solide pour porter le legs de notre présidente un jour », s’interroge Maïmouna Tamba, membre active du Dirfel de Sédhiou.
Par Jonas Souloubany BASSÈNE (Correspondant)

