Niché dans le département de Louga, dans la commune de Keur Momar Sarr, le village de Sam Kébé est confronté à un important déficit d’accès à l’eau potable. La localité ne dispose que d’un seul robinet pour approvisionner plus d’une centaine de ménages. Pourtant, les conduites d’eau du projet Kms3 passent à moins de deux kilomètres du village. Face à cette situation, les populations interpellent les autorités, afin que des branchements domestiques soient réalisés pour mettre un terme à leur calvaire.
LOUGA – Keur Momar Sarr, chef-lieu de la commune du même nom, abrite trois usines de production et de distribution d’eau grâce à sa proximité avec le lac de Guiers, principal réservoir d’eau douce du Sénégal.Pourtant, plusieurs villages de cette commune continuent de souffrir d’un déficit criant d’accès à l’eau potable.Sam Kébé en est l’illustration la plus frappante.Se rendre dans cette localité relève d’un véritable parcours du combattant.
Situé dans une zone très enclavée, le village est pratiquement inaccessible en véhicule.Pour y arriver, il faut d’abord rejoindre Nguer Malal, puis patienter jusqu’au retour des habitants de Sam Kébé venus y faire leurs achats.Ce n’est qu’à bord de leurs charrettes que le visiteur peut poursuivre sa route.Ici, le transport est essentiellement assuré par des véhicules hippomobiles, faute d’infrastructures routières.
Le trajet s’effectue sur une piste sablonneuse et cahoteuse, où les secousses rythment chaque mètre parcouru.Le voyage exige endurance et patience.Il est très éprouvant.En cette période d’hivernage, la nature offre toutefois un paysage magnifique.Un immense tapis de verdure recouvre la terre.Des troupeaux de moutons, de chèvres et de bovins broutent paisiblement de l’herbe sous la surveillance des bergers installés dans de petits hameaux disséminés au milieu de cette vaste étendue.Après plus de 40 minutes de trajet, Sam Kébé apparaît enfin.À première vue, le village semble paisible.Quelques enfants jouent dans les ruelles, tandis que le silence règne.Cette quiétude s’explique par la période des travaux champêtres.
Un seul robinet pour 100 ménages
Hommes et femmes sont dans les champs où ils s’activent pour espérer faire une bonne récolte et assurer leur subsistance.C’est pourquoi le village est vidé de son monde.Comme partout dans le Ndiambour, la campagne agricole bat son plein.Mais, derrière cette apparente tranquillité se cache une réalité beaucoup plus difficile.En parcourant les ruelles, des dizaines de bidons de 20 litres, alignés autour d’un unique robinet, attirent immédiatement le regard.Cette image résume à elle seule le quotidien des habitants.
Selon Moustapha Diaga, porte-parole des jeunes, ils font face à un déficit criant du liquide précieux.« Nous vivons dans des conditions très précaires à cause du manque d’eau potable. Le village ne dispose que d’un seul robinet pour alimenter plus d’une centaine de ménages », dénonce-t-il avec fermeté.Le jeune homme d’ajouter : « Le plus incompréhensible, c’est que les conduites d’eau provenant des usines de Keur Momar Sarr passent à un peu plus de deux kilomètres de notre village. Nous sommes en train de subir une véritable injustice sociale. Les usines alimentent Dakar en eau, alors que nous, leurs plus proches voisins, peinons à trouver de quoi boire. C’est un véritable paradoxe ».
Maguette Kébé raconte, lui, le combat quotidien des femmes.« Chaque matin, très tôt, elles se précipitent vers le robinet avec leurs bidons et leurs bassines. Chacune essaie de remplir ses récipients avant les autres. Il arrive souvent que des disputes éclatent, tant la pression est forte », confie-t-elle.Pour Maguette, cette situation indispose les habitants qui ne savent plus à quel saint se vouer.« Les villages de la commune de Keur Momar Sarr devraient être les premiers à bénéficier d’un approvisionnement régulier en eau puisque les usines sont installées chez nous », soutient-elle.
Moustapha Diaga de renchérir : « Un seul robinet ne peut pas satisfaire les besoins de plus de 100 ménages. Les conduites d’eau de Kms3 traversent pratiquement notre localité, mais nous continuons à manquer d’eau. C’est une situation profondément injuste ».
Kabou Kébé est un acteur très engagé pour le développement de son village.Il n’a qu’un seul credo : être au service de la communauté.C’est une manière pour lui d’apporter la pierre pour la construction de l’édifice public.Cet acteur du développement considère que la résolution du problème d’eau est une priorité absolue.« Sam Kébé existe depuis plus d’un siècle, mais nous continuons à vivre dans des conditions très difficiles. L’accès à l’eau potable reste notre plus grande préoccupation », fustige-t-il sans langue de bois, soulignant qu’ils sont laissés à leur propre sort.Pour approvisionner sa famille, poursuit M. Kébé, il transporte, chaque jour, une dizaine de bidons à bord d’une charrette.« Nous souffrons énormément pour obtenir cette ressource pourtant vitale », fait-il remarquer.Kabou explique que le village a entrepris des démarches auprès de Sen’Eau, afin que les ménages puissent disposer de branchements individuels.« Les responsables nous ont présenté un devis de 11 217 000 FCfa. C’est une somme totalement inaccessible pour une population qui peine déjà à satisfaire ses besoins quotidiens », fustige-t-il.
Moustapha Diaga a indiqué que la localité dispose pourtant d’un forage, mais les populations ne peuvent pas consommer son eau.Selon lui, l’eau, déjà salée, est impropre à la consommation.« Nous l’utilisons uniquement pour la lessive et pour abreuver les animaux », précise-t-il.Les populations interpellent les autorités pour mettre fin à ce mal qui perturbe leur quotidien.« Nous demandons que des robinets soient installés dans nos maisons afin d’abréger nos souffrances. Il est inconcevable qu’un village situé à proximité immédiate des installations de Kms3 manque encore d’eau potable », regrette Maguette Kébé.Partageant la même indignation, Kabou Kébé demande à l’État « de revoir sa politique d’accès à l’eau ».En effet, souligne-t-il avec force, « il est incompréhensible que des villages voisins des usines restent assoiffés pendant que Dakar est correctement alimentée ».À son avis, « ces inégalités doivent être corrigées ».
Le cri du cœur des habitants
Au-delà des besoins domestiques, Moustapha Diaga estime qu’un meilleur accès à l’eau permettrait de créer des emplois.« Nous disposons de centaines d’hectares exploitables. Avec une bonne disponibilité en eau, les jeunes pourraient pratiquer le maraîchage toute l’année au lieu de quitter le village pour chercher du travail ailleurs. Nous vivons dignement de notre terre. Nous avons besoin de l’accompagnement de l’État ».
Une dizaine de villages touchés
Ngor Sarr, chef de la Brigade des puits et forages de Louga, reconnaît les difficultés d’accès à l’eau potable auxquelles sont confrontées plusieurs localités traversées par les conduites de Kms3.« Certaines localités disposent de bornes-fontaines, mais celles-ci restent vraiment insuffisantes pour satisfaire les besoins des populations », confie-t-il.Cette situation suscite l’incompréhension des populations riveraines.Comment comprendre, en effet, que des villages situés à proximité des conduites de Kms3 ne puissent pas bénéficier d’eau ?
La question revient régulièrement dans les échanges avec les habitants.Parmi les localités confrontées à ces difficultés, Ngor Sarr cite notamment Loboudou, Keur Mody Yéro, Mboré Banta, Ndoukou Sène, Makka Tall, Diodio Diawbé, Keur Aly Demel, Mbanar, Mbalana Peul et Ndiao Boudy.Dans ces villages, la demande d’un raccordement au réseau de Kms3 se fait de plus en plus pressante.Les populations espèrent ainsi bénéficier d’une eau de meilleure qualité, alors que celle provenant des forages est souvent saumâtre, selon le chef de la Brigade des puits et forages de Louga.
« Garantir un accès équitable à l’eau »
Pour Hamady Sow, président du Mouvement pour le développement de Keur Momar Sarr, l’eau de Kms3 doit aussi bénéficier en priorité aux populations qui vivent à proximité des infrastructures.
Il estime qu’il est urgent de mettre fin à ce qu’il considère comme une inégalité entre les villages de la commune.
« Au moment où l’État investit des centaines de milliards de francs Cfa dans les autoroutes de l’eau pour soutenir le développement agricole, il est indispensable de garantir d’abord un accès équitable à l’eau aux populations vivant à proximité des usines », martèle-t-il.
À ses yeux, il est difficilement concevable que des villages qui accueillent ou longent ces infrastructures hydrauliques continuent de souffrir d’un déficit en eau potable.
« Les usines d’eau doivent profiter à tous les habitants de la commune, sans exception. L’accès à l’eau est un droit fondamental et non un privilège », soutient-il.
Par Falel PAM (Correspondant)

