Fête du 4 avril : L’indépendance célébrée dans la sobriété

Voilà cinquante et une années que notre pays accédait à la souveraineté internationale. Des hommes et des femmes se sont battus pour que cette indépendance soit acquise dans les règles de l’art. Une longue marche qui a abouti à la décolonisation du Sénégal dont la capitale, Dakar, a été, pendant des années, le siège de l’Afrique occidentale française et abritait le Palais du Gouverneur général, aujourd’hui Palais du troisième chef d’Etat, Me Abdoulaye Wade

C’est entre 1946 et 1949 que l’idée du combat pour l’indépendance des pays africains a été lancée par certains hommes du continent noir. Le Pr. Cheikh Anta Diop, le Pr. Abdoulaye Ly, Me Lamine Guèye, Ngalandou Diouf, Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, et d’autres personnalités comme Abdoulaye Wade, Valdiodio Ndiaye, pour ne citer que ceux-là, ont défendu les thèses de la décolonisation partout où se retrouvait l’élite intellectuelle. D’autres, plus jeunes, qui ont fait leurs premières armes dans le mouvement de la Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone (Feanf), en France, ont eu le courage de défier les autorités d’alors pour demander que nos pays soient libérés au plus vite.  Expliquant l’idée agitée à l’époque, le Pr. Amadou Mahtar M’Bow, ancien directeur général de l’Unesco, soulignait : « C’est la jonction des intellectuels africains avec certains partis politiques et leaders religieux, mieux syndicaux, mouvements de jeunesse, qui a permis le développement du processus qui a abouti aux indépendances proclamées au début des années 60 ». Au Sénégal, les cheminots ont beaucoup marqué cette bataille pour la libération, avec cette fameuse grève qui a marqué l’histoire syndicale de l’Afrique de l’Ouest. Jamais un mouvement syndical n’a été aussi suivi sur l’axe Dakar-Niger.

L’entrée du président Senghor à l’Assemblée nationale française, en 1945, sera une étape décisive. Ce professeur de grammaire, qui a voulu avoir une carrière d’enseignant, piqué par le virus politique, s’ouvrit une nouvelle page de l’histoire. D’abord, il entra en politique aux côtés de Lamine Guèye à la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio), qui avait succédé à Blaise Diagne et Ngalandou Diouf. Ne se sentant plus à l’aise, Senghor créa son propre parti, le Bloc démocratique sénégalais (Bds) avec quelques-uns de ses amis. C’était en 1948.

Citoyenneté

Entre 1952 et 1956, la lutte politique vers l’indépendance s’accentue. Une période que le Pr. Assane Seck a qualifiée « d’accélération des idées, mais surtout de conquêtes des libertés fondamentales par les élus représentant les territoires à l’Assemblée nationale française ». Il s’agit de la loi sur l’égalité et la citoyenneté du président Lamine Guèye de 1950, sur l’alignement des fonctionnaires d’Outre-mer sur la Métropole, du vote d’un Code du travail, en 1952, accordant les mêmes protections et les mêmes droits qu’en Hexagone. Le Pr. Seck a rappelé « que dès 1951, les élus africains se sont repliés sur leur territoire, chacun pour enraciner profondément ces avancées » ; (Cf. Soleil du 28 août 1998).

Loi Cadre, une étape vers l’autonomie

Des changements importants seront notés au Sénégal avec ne vie politique plus animée, à travers des jeux d’alliance et d’opposition des différents partis en lice. Le Bds de Senghor changea de nom et devint, en 1956, le Bloc populaire sénégalais (Bps). Il obtint le renfort de l’Union démocratique sénégalais (Uds), une section du Rassemblement démocratique africain, le fameux Rda, le Mouvement autonome de la Casamance (Mac) et quelques dissidents du Parti socialiste, la Sfio, et du Mouvement populaire sénégalais (Mps) de Doudou Guèye. Ce groupe remporta les élections territoriales. C’est cette même année que fut adoptée la Loi Cadre ou Loi Gaston Defferre, ancien ministre français et député au Palais Bourbon. Nous étions le 23 juin 1956. C’était pour contrer les événements d’Algérie que cette loi fut adoptée. Elle prévoyait le renforcement et le développement des institutions dans les territoires. Le député Senghor l’a toujours considérée comme « une étape vers l’autonomie des territoires d’Outre-mer ».

Bataille juridique

Lorsque le Général De Gaulle est arrivé au pouvoir, en 1958, il mena une campagne pour la Communauté regroupant la France et ses anciennes colonies autonomes. C’est le décret 58-599 du 16 juillet 1958 qui créa le Conseil consultatif constitutionnel (Ccc) avec ses 39 membres dont 13 choisis par décret du 26 juillet de la même année et 16 élus. Senghor et Lamine Guèye furent choisis parmi les élus. L’indépendance fut réclamée par plusieurs colonies à la suite du choix fait par le Ghana, un pays anglophone de la sous-région. La bataille juridique s’engagea au niveau du Ccc avec les termes « fédération » ou « confédération », ce que le Général De Gaulle qualifiait « d’arguties juridiques ». « Fédération ou confédération, ce sont des querelles de mots ; un simple choix pour les territoires d’Outre-mer : le « oui » signifie association avec la France, le « non » veut dire sécession avec toutes ses conséquences …». Une mise en demeure très mal reçue par le président Lamine Guèye, éminent juriste africain. « Nous n’accepterons pas la formule selon laquelle la confédération équivaudrait à la sécession », disait-il. Senghor de renchérir : « Qu’on ne nous enferme pas dans un faux dilemme : ou la fédération ou la sécession». Le débat se poursuivit sur le continent. Cotonou, dans l’ex-Dahomey, abrita, en 1958, le premier congrès interfédéral du Parti du regroupement africain (Pra). Il décida de l’autonomie immédiate en présence d’un millier d’invités et près de 350 délégués. Si pour le président Senghor, il fallait l’unité africaine avant l’indépendance, pour la majorité des participants, c’était l’indépendance immédiate puis l’unité africaine. Au Sénégal, le mot d’ordre était de mettre le pays dans l’effervescence avant l’arrivée du président français à Dakar.

Le Pr. Abdoulaye Ly, en tête d’un groupe dont des éléments du Parti africain pour l’indépendance (Pai), participa à la mobilisation populaire. En l’absence de Senghor retenu en France, De Gaulle, arrivé le 26 septembre, fut reçu par Me Valdiodio Ndiaye et plusieurs personnalités dont Lamine Guèye, alors maire de Dakar, et de nombreux dignitaires de l’ex-région du Cap-Vert. Sur l’ex-Place Protêt (actuel Place de l’Indépendance) qui va abriter la prise d’armes, Valdiodio Ndiaye fit comprendre au Général ce que notre pays avait choisi après le congrès de Cotonou. Il s’agissait de trois objectifs : l’indépendance, l’unité africaine et la négociation avec la France d’une Confédération multinationale des peuples libres et égaux. Surpris, le chef de l’Etat français s’adresse, en ces termes, aux porteurs de pancartes qui réclamaient l’indépendance : « Je m’adresse aux porteurs de pancartes et surtout à eux. Messieurs, si vous voulez l’indépendance, prenez la le 28 septembre».

Fédération du Mali

A la suite d’un vote par pays, le Sénégal, le Soudan français (Mali actuel), la Haute Volta (Burkina Faso actuel) et le Dahomey (Bénin actuel) décidèrent de former une fédération, le 17 janvier 1959. Sous l’influence du président Houphouët-Boigny, le Dahomey et la Haute-Volta se retirèrent, laissant le Sénégal et le Mali poursuivre l’opération. En début de l’année 60, Modibo Keïta démarra les négociations avec l’ancienne puissance pour l’indépendance de la Fédération du Mali comme « un Etat libre et souverain ». Des dissensions survinrent au sein de la nouvelle entité, avec le refus du président Mamadou Dia, alors ministre de l’Intérieur, de cosigner un décret de nomination du Colonel Soumaré comme chef d’état-major, sans qu’il ne soit consulté auparavant. Dia sera destitué par Modibo Keïta, dans la nuit du 19 au 20 août 1960. Non content, le président Senghor avec qui il fondait un duo de choc monta au créneau, accusant Modibo de vouloir fomenter un coup d’Etat. Le Sénégal se retira et proclama aussitôt son indépendance, le 20 août. Mais, c’est le 4 avril qui sera retenue comme date d’indépendance. Le Sénégal venait de se libérer, avec le départ du Gouverneur Messmer, le 22 décembre 1959, quittant le Palais de la République où dix-neuf autres Hauts-Commissaires furent des locataires.

El hadji Abdoulaye THIAM

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