Le procès de Duane « Keffe D » Davis, ancien chef de gang accusé d’avoir orchestré le meurtre du rappeur Tupac Shakur, s’est ouvert lundi 10 aout 2026 à Las Vegas. L’audience, qui devrait s’étendre sur près d’un mois, ravive l’un des « cold cases » (affaires classées) les plus célèbres des États-Unis, trente ans après la mort de la légende du hip-hop californien.
Dans la nuit du 7 septembre 1996, Tupac Shakur est mortellement touché par balles alors qu’il circule sur le Strip de Las Vegas, où il était venu assister à un combat de boxe de Mike Tyson. Il meurt six jours plus tard, à l’âge de 25 ans. L’identité du tireur n’a, à ce jour, jamais été formellement établie, et il est peu probable que ce procès y apporte une réponse définitive.
L’accusation espère en revanche démontrer que Duane Davis, ancien meneur des South Side Compton Crips (un gang californien), a commandité l’assassinat et fourni l’arme du crime, un pistolet Glock de calibre 40, qui avait également blessé Marion « Suge » Knight, alors au volant du véhicule où se trouvait Tupac. Âgé de 63 ans, l’accusé encourt la prison à perpétuité incompressible.
Une enquête relancée par des aveux publics
L’affaire est restée non résolue pendant plus de deux décennies, avant que l’enquête ne soit relancée en 2019, après la publication des mémoires de Davis. Il y reconnaissait s’être trouvé dans la voiture d’où les coups de feu avaient été tirés. Plus tard, il est revenu sur ces déclarations et pour plaider non coupable, affirmant qu’il se trouvait à Los Angeles au moment des faits.
Avant l’ouverture du procès, la défense a tenté, sans succès, de faire écarter ce livre ainsi qu’un interrogatoire mené par la police en 2008, dans lequel Davis s’exprimait en tant que témoin. Ses avocats ont également plaidé pour l’annulation pure et simple de l’acte d’accusation, invoquant un délai de plus de 27 ans entre les faits et les poursuites, qu’ils jugent préjudiciable à un procès équitable : plusieurs témoins clés sont morts depuis, dont le propre neveu de Davis, Orlando « Baby Lane » Anderson, longtemps soupçonné d’avoir tiré sur Shakur.
Les guerres d’ego du rap américain en toile de fond
Le procès promet de rouvrir le chapitre de la rivalité qui opposait, dans les années 1990, les scènes rap de la côte ouest et de la côte est des États-Unis. Fils d’un ancien membre des Black Panthers, Tupac incarnait la figure sulfureuse du label Death Row Records, fondé par Suge Knight, en opposition à Bad Boy Records, la maison new-yorkaise de Sean « P. Diddy » Combs, où évoluait alors Christopher « The Notorious B.I.G. » Wallace, assassiné à son tour six mois plus tard, dans une affaire elle aussi jamais résolue.
Quelle que soit l’issue du procès, elle ne satisfera vraisemblablement pas les proches du rappeur. En mai, son demi-frère a déposé une plainte au civil, estimant que d’autres individus impliqués dans le meurtre n’ont, trente ans après les faits, « jamais été tenus responsables de leurs crimes ». Cette plainte s’appuie notamment sur la mini-série documentaire Sean Combs : l’heure des comptes, dans laquelle Duane Davis affirme, lors d’un interrogatoire de police, que P. Diddy lui aurait proposé un million de dollars pour faire assassiner Tupac.
La première semaine du procès sera entièrement consacrée à la sélection des jurés, avant l’ouverture des débats sur le fond.
O.B.N


