Le 20 mai 2022, le Sénégal perdait un artiste pluridisciplinaire en la personne d’Abdoulaye Ndiaye dit « Cosaan ». Décédé à l’âge de 86 ans à l’hôpital régional de Thiès, il était artiste plasticien, musicien et interprète de la musique du premier Festival mondial des Arts nègres en 1966.
« Njaay Jatta Njaay Naanan nga fuki yoon ». Qui ne se souvient pas de l’extrait de cette chanson de l’album « Cosaan » ? Cette chanson, qui montrait sa fierté de porter ce patronyme, n’était que la partie visible d’un artiste attaché aux traditions.
Né en 1936, Ablaye Ndiaye fait partie des précurseurs de la musique moderne. Il fait ses premières armes comme chanteur dans les assak (cérémonies de circoncision). Il commence, dès 1952, à jouer dans les orchestres de la place avant de créer son propre groupe, dénommé le Cosaan Club. Son heure de gloire arrive en 1966, lorsque sa chanson « Taal leen làmp » remporte le « trophée » de l’hymne le plus populaire du premier Festival mondial des Arts nègres.
Premier album à 74 ans
L’artiste enchaînera les succès sans sortir pourtant de disque et s’illustrera aussi bien avec le Royal Band de Thiès qu’avec l’Orchestre national du Sénégal, avant de tout plaquer pour entrer à l’École nationale des arts, section arts plastiques. Dès lors, il consacre sa vie à son autre passion, à son autre talent : le dessin et la peinture.
Mais c’est à 74 ans qu’il sort son premier album solo grâce à Syllart Records. Cet album, Thiossane, sera sa seule production musicale avec, à ses côtés, des noms comme Samba Laobé Ndiaye à la basse, l’unique Thierno Kouyaté au saxophone, la grande cantatrice locale Khar Mbaye Madiaga, les belles voix de feu Doudou Seck et feu Médoune Diallo aux chants, le tout arrangé par Robert Lahoud.
Ablaye Ndiaye Cosaan et d’autres, Abdoulaye Mboup notamment, ont imposé le wolof dans les textes. « Avec la salsa ou le boléro, il y avait les textes en espagnol ou en français, mais après les indépendances, nous avons commencé à nous tourner vers le répertoire traditionnel et historique du Sénégal. À partir de là, le wolof a pris une place plus importante dans la musique dite moderne », expliquait celui qui n’a cessé d’inviter son public et la jeune génération à respecter la tradition, comme le suggère merveilleusement son sobriquet.
Pluridisciplinaire
Tantôt salsa et rumba, tantôt jazz, toujours roots, il avait une technique de chant unique. Sa voix, reconnaissable parmi des milliers, était un témoin à la fois du chant griot et de l’influence du cinéma américain des années 60 sur la vie des jeunes citoyens d’un Sénégal fraîchement indépendant. « Enracinement et ouverture », disait Senghor.
« Je suis issu d’une famille de griots et j’y ai appris le chant traditionnel. Dans le même temps, j’ai écouté la musique de Tino Rossi, Chuck Berry, B.B. King ou encore Duke Ellington. Tout ça, en plus du cinéma où j’ai vraiment appris à lire, à écrire et à parler le français, m’a donné envie de faire de la musique. Le cinéma a joué un rôle crucial dans ma carrière », racontait le vieux.
Artiste jusqu’au bout des ongles, Ablaye Ndiaye était aussi un brillant plasticien, tapissier et sculpteur. Ses œuvres font référence. Nombreuses sont, dans sa région natale, les personnes qu’il a formées et influencées.
Pour l’ensemble de sa carrière, il a été élevé au rang de Chevalier dans l’Ordre national du Lion par le président Abdou Diouf et de Commandeur de la Légion d’honneur lors du Fesman. Il s’est éteint le 20 mai 2022 à Thiès, laissant derrière lui un héritage artistique majeur.
A.NDIAYE


