Promouvoir la culture seereer et enraciner la jeunesse. C’est l’objectif de la première édition du festival « Seereer Tigi », célébrée le 31 décembre 2025 à Vélingara, dans la commune de Nguéniène. Ce rendez-vous du donner et du recevoir culturel a été une occasion pour les festivaliers de revisiter la splendeur et la sagesse qui caractérisent l’identité culturelle seereer. Entre chants, danses, « Ndut » et « Ngulok », Vélingara a brillé aux couleurs de la culture pour marquer le retour à la source.
Des chevaux blancs ornés de pagnes tissés, une cantatrice et son orchestre en chœur, le tambour sonnant le rythme. Cette scène qui rappelle les jours de fête dans les anciens royaumes seereer marque l’arrivée de Maad À Sinig Niokhobaye Diouf Fatou Diène, accompagné par le protocole de la cour royale de Diakhao Sine. Aux manettes, Aïda Mbaye, l’héritière de la diva Yandé Codou Sène, plonge l’assistance dans les souvenirs des temps fastes qui ont longtemps marqué la culture seereer. Et juste après ce beau spectacle, c’est l’hymne national du Sénégal en version seereer qui donne le ton pour le démarrage officiel du festival « Seereer Tigi » de Vélingara, un village de la commune de Nguéniène dans le département de Mbour. Le 31 décembre 2025, ce rendez-vous culturel a réuni plusieurs sommités autour de leur attachement à leurs valeurs communes et à la fierté d’appartenir à une même identité culturelle. De Joal à Diakhao en passant par Ndiaganiao, Niakhar et Diofior, toutes les facettes de la tradition seereer ont été revisitées dans leur ensemble. Une manière pour les initiateurs du festival de valoriser leur culture locale qui fait face à l’érosion des langues, à la sécheresse des mœurs et à la disparition des expressions culturelles telles que la danse, le chant, la transmission des savoirs et les rites d’initiation comme le « Ndut » et le « Ngulok ». Ce retour aux sources est une invite à la jeunesse de s’enraciner dans leurs valeurs avant de s’ouvrir aux autres cultures du monde. « La culture seereer fait partie des plus belles manifestations culturelles du monde. Cette nouvelle génération n’a pas la chance de connaître la splendeur et la beauté de cette culture. C’est pour cette raison que nous avons choisi de revisiter les belles facettes de notre patrimoine traditionnel », a introduit Adama Ndiaye, président du Réseau des élèves et étudiants de Vélingara (Reev). Dans ce village niché dans les profondeurs de Nguéniène, les populations travaillent à la préservation de leur patrimoine culturel. À travers des initiatives portées par les jeunes, le village se positionne comme un carrefour où les conservateurs de cette belle culture peuvent se retrouver dans un climat social empreint d’échanges et de coopération entre les différentes communautés culturelles seereer.
La culture, un vecteur d’humanité
Symbole de la diversité et de la solidarité, la culture seereer a toujours été un vecteur de transmission des connaissances et valeurs humaines qui gouvernent la marche du monde. Dans sa trajectoire socio-culturelle, l’ethnie seereer s’est forgée une identité visuelle et sonore aux mille formes d’expression qui véhicule un ensemble de significations et de symboles qui placent l’humain au centre de l’existence. À Vélingara, les différents codes de ce riche patrimoine culturel ont été revisités et mis en scène pour offrir aux plus jeunes des repères. Il s’agit, entre autres, du « Ndut » (rite d’initiation des garçons), du « Ngulok » (institution du mariage chez les femmes) et du « Woong » (moment de chants et danses). « C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai pu encore voir ici, à Vélingara, ces belles choses qui risquent de disparaître si rien n’est fait », s’est réjoui le Buur Sine d’un air nostalgique. Ces événements, à l’image de la naissance et de la mort, sont des moments fondamentaux de la vie de l’homme ou de la femme chez les Seereer du Sine, du Diéguème et du Diobass. Ils marquent le passage d’une vie d’enfant à celle d’adulte qui devra désormais assumer des responsabilités dans la société. Ce changement de statut social s’accompagne par un ensemble de rituels qui façonnent la nouvelle personnalité physique et morale de la personne l’initiée. Chez les hommes, le « Ndut » qui s’effectue en brousse est un instant où le circoncis quitte sa famille pour revenir une fois qu’il est devenu homme. Cette métamorphose s’opère à la fin d’un processus fait d’apprentissage et de développement de la personnalité de l’initié. En brousse, loin des yeux familiaux, le garçon reçoit des enseignements sur le courage, la justice, l’honnêteté, l’amour du travail, le respect des normes sociales, la solidarité… Du côté des femmes, le « Ngulok » (mariage) est une occasion unique pour une transformation profonde de l’identité, imprégnée de spiritualité et de valeurs traditionnelles. Aux côtés des anciennes, la nouvelle mariée acquiert des valeurs sociales qui lui permettent de s’épanouir dans son nouveau foyer et de bien éduquer sa progéniture afin de façonner des citoyens modèles. Chez les Seereer, les événements culturels se font en fonction des périodes. Presque toutes les manifestations se produisent après les récoltes. Comme pour dire « après la pluie, le beau temps ». « Beaucoup de pratiques sont en voie de disparition. On peut citer le « Ndut », le « Woong » et même la langue seereer est en train de disparaître parce que les jeunes nourrissent un complexe pour parler leur langue maternelle. Donc pour nous, ce festival est une occasion pour restaurer toutes ces belles valeurs qui sont méconnues par la nouvelle génération », a souligné Adama Ndiaye, président du Reev et journaliste au quotidien national Le Soleil.
Par Diégane DIOUF

