Canal+ a lancé, le jeudi 21 mai, sa première série originale « kër Nafy » avec à la réalisation Kalista Sy. Cette production de huit épisodes traite avec finesse des thématiques liées à la viduité, au lévirat et à l’émancipation de la femme après cinquante ans.
La salle obscure du cinéma Pathé Dakar a refusé du monde, jeudi dernier. Les férus de cinéma ont rapidement pris d’assaut la salle avant le début de la série prévue à 19 h. Certains ont même dû rester debout faute de place. Mais le spectacle en valait la peine. Durant plus d’une cinquantaine de minutes, « Kër Nafy », la première série création originale Canal+ signée Kalista Sy, a tenu toutes ses promesses lors de la projection.
Cette nouvelle série met en scène Nafy, une femme déterminée à reprendre le contrôle de sa vie après la disparition mystérieuse de son mari. Elle va mener un véritable combat pour préserver sa liberté et le contrôle de « Kër Nafy », un lodge situé au cœur du Sine Saloum. Nafy va devoir s’associer à Samba, un ancien prétendant devenu homme d’affaires, sans imaginer qu’elle tombera amoureuse de son nouveau co-directeur de 35 ans…
Mais au-delà de cette trame sur fond de drame familial, la série explore avec finesse des thématiques actuelles liées à la viduité, au lévirat, à l’infertilité masculine et surtout à l’amour après cinquante ans. Dans une histoire concentrée sur huit épisodes, Kalista Sy, aux côtés de Djeydi Djigo, prouve qu’il est bien possible d’entrevoir, après cet âge, une histoire d’amour. Au-delà de cet aspect, l’équipe traite aussi de la différence d’âge dans un couple, avec Nafy qui s’amourache de Sadibou.
« Il était important de redéfinir la place de la femme quand elle a un certain âge. Il est facile aujourd’hui de positionner une femme de 20 ans, de 30 ans, mais il est très difficile de positionner une femme qui a 40 ou 50 ans », a expliqué Kalista Sy.
Une autre vie
Pour la showrunneuse, il était primordial de conter l’histoire de Nafy, qui, aujourd’hui, est une femme atteignant la cinquantaine, faisant face à de nombreuses problématiques, et qui décide de vivre pour elle et de se battre pour sauver un legs qu’elle a construit de ses propres mains. La trame de cette histoire n’a rien d’étonnant pour celle qui a toujours mis les femmes au cœur de la narration.
Après des productions comme « Maîtresse d’un homme marié », « Yaay 2.0 », qui explore l’infertilité masculine et les pressions sociales autour de la maternité, ou encore « Hair Lover », qui interroge les standards de beauté hérités du colonialisme, cette série apparaît comme une évidence pour celle qui a toujours placé la gent féminine au-devant de l’écran.
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« Une femme de 50 ans, c’est nous dans quelques années. Donc, si on veut que la société soit ouverte et tolérante pour les femmes d’un certain âge, il faut qu’on raconte ces femmes d’une autre manière pour permettre à la société de les regarder autrement », souligne-t-elle.
« C’est une grande fierté pour moi d’interpréter le rôle de Nafy. Je pense que c’est un message très fort pour toutes les femmes, pas seulement les Sénégalaises, mais celles du monde entier. On s’oublie souvent au profit des autres, et elle vient nous rappeler qu’il n’est jamais trop tard pour s’accomplir, pour se battre pour ses propres rêves et pour préserver son héritage », confie Marième Faye, interprète de Nafy.
Celle qui est connue pour ses rôles au théâtre souligne que porter ce personnage à l’écran n’a pas été une mince affaire. « C’est un rôle intense, plein d’émotions, et j’espère vraiment que le public va s’identifier à ce personnage à travers les huit épisodes de la série », souhaite-t-elle, les yeux pétillants.
Par Arame NDIAYE

