L’âme endormie de Saint-Louis a repris vie la semaine dernière, à l’occasion de la 34^e édition du festival international de jazz, qui s’est déroulée du 13 au 17 mai 2026.
C’est un secret de polichinelle que la ville de Saint-Louis a souffert depuis le transfert de la capitale après l’indépendance. Monsieur Diaw, président du Forum de Saint-Louis, croit que le festival est à la tête de cette mission de réanimation. Lors d’un concert donné dans l’un des nombreux sites de la musée célébré de la Photographie, il a souligné comment le festival fait vibrer une ville qui était d’ailleurs tombé « dans une forme de sommeil ».
Selon lui, « c’est le festival qui a accompagné la renaissance de cette ville, qui lui a redonné sa magie, qui lui a redonné cette aura qui fait qu’aujourd’hui, la ville est pleine ». Ces bienfaits sont les bienvenus. Le festival offre un coup de pouce aux entreprises locales, beaucoup d’entre elles considérant ce week-end comme le plus rentable de l’année.
Pourtant le festival a subi un trajet similaire de la ville dans les années récentes tant que la situation financière soit devenue de plus en plus difficile. Des obstacles politiques comme l’annulation d’un projet de rénovation des maisons historiques de l’île a tourné le couteau dans la plaie. En effet, un artiste sur l’île a même plaisanté en disant que « le festival était internationale, puis nationale, et maintenant, il n’est plus que régionale ».
Mais l’artiste admet que, malgré les difficultés rencontrées par le festival ces dernières éditions, la tendance s’est inversée cette année. Un focus sur le jazz africain et sénégalais a inspiré des concerts exceptionnels de l’Orchestre Baobab, de Momi Maiga, de SAHAD et d’autres artistes, qui se sont produits pendant quatre nuits de musique dans toute la ville.
Sahad Sarr, un musicien dakarois qui mélange jazz, afrobeat et funk, a noté que le jazz « est devenu très large, très ouvert » sous l’influence du rap et de la musique populaire. Cela pourrait démocratiser un festival ancré dans l’histoire du genre, qui rassemble des Saint-Louisien(nes), des Sénégalais et des étrangers sous le parapluie de « l’emblème national » du festival.
Pour certains habitants de Saint-Louis, le weekend du jazz n’est qu’une occasion de mettre en lumière la fragilité des autres cultures qui fait survive la ville toute l’année. Selon Momodou Sarr, président de la commission d’environnement des pêcheurs artisanaux de Saint-Louis, le festival est l’occasion de faire entendre leur ras-le-bol face aux multinationales « qui volent notre gaz, notre poisson et nos ressources naturelles ».
Le week-end est un cadre pertinent, car « c’est une manifestation culturelle » et « la pêche est une culture ». Les deux « appartiennent aux communautés » et, pendant un week-end où le jazz est à l’honneur, « les pêcheurs sont au chômage », une réalité qu’il souhaite souligner auprès « des médias du monde ».
L’explosion de la ville à l’occasion du festival de jazz est un réveil en sursaut annuel. Mais pour les résidents, il semble clair que si Saint-Louis va sortir de son cycle d’hibernation, il ne faut pas oublier que ce sont plusieurs cultures, et non une seule, qui sont « au centre de toute chose ».


