Le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (Apix), Bakary Séga Bathily, revient, dans cet entretien, sur les enjeux de la phase III du Train express régional (Ter) et les perspectives du transport ferroviaire au Sénégal. Il rassure aussi sur l’attractivité de notre pays qui, rassure-t-il, continue d’attirer les investisseurs, malgré la situation économique difficile.
Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a procédé, le samedi 20 juin dernier, à la pose de la première pierre de la gare du Train express régional (Ter) de Sébikotane. Quel sera l’impact de cette infrastructure, qui ne figurait pas dans le plan initial ?
La gare de Sébikotane aura un impact majeur sur les plans social, territorial et économique. Bien qu’elle ne figurait pas dans le programme fonctionnel initial du Ter, sa réalisation illustre la capacité de l’État à adapter ses projets aux attentes des populations. Les habitants et les autorités locales de Sébikotane avaient exprimé une aspiration légitime : le Ter ne traverse pas simplement leur territoire, mais il constitue un levier de développement pour leur commune. Cette attente a été entendue.
La nouvelle gare rapprochera le Ter du centre de la commune, améliorera la mobilité des habitants et réduira les temps de trajet vers Dakar, Diamniadio et l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd). Elle renforcera également la connexion de Sébikotane aux principaux pôles économiques tout en préservant la continuité urbaine d’une commune traversée par l’infrastructure ferroviaire. Au-delà de sa vocation de transport, cette gare constitue un véritable projet d’aménagement du territoire. Elle favorisera l’implantation de nouvelles activités économiques, de services et d’investissements, faisant de Sébikotane un pôle de développement en pleine expansion. Elle s’inscrit dans la Vision « Sénégal 2050 », qui vise un développement plus équilibré des territoires. La gare de Sébikotane n’est pas seulement une station supplémentaire ; elle symbolise un Ter qui rapproche les populations des opportunités et un État capable d’ajuster ses projets lorsque l’intérêt général l’exige.
Le Ter devrait desservir l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) dès septembre prochain. La phase II a-t-elle roulé comme sur des rails ?
L’évaluation d’un projet d’infrastructure de cette envergure repose généralement sur trois critères : la qualité, le coût et le délai. Sur le plan de la qualité, la phase II a pleinement atteint les objectifs fixés par l’État. Elle prolonge un système de transport de masse performant, capable d’assurer plus de 3 000 voyageurs par heure et par sens, avec une fréquence nominale d’un train toutes les dix minutes, appelée à évoluer selon la demande. Elle reliera désormais Dakar, Diamniadio et l’Aibd dans des conditions de sécurité, de confort et de fiabilité conformes aux meilleurs standards internationaux. Les excellentes performances enregistrées sur la première phase, avec un taux de ponctualité supérieur à 97 %, confirment la robustesse du système.
S’agissant du coût, le budget est passé d’environ 208 à 276 milliards de FCfa. Cette évolution ne résulte pas uniquement des aléas du chantier. Elle traduit surtout des choix stratégiques opérés par l’État afin d’accroître la valeur du projet, notamment avec la refonte de la gare de l’Aibd, la création de la gare de Sébikotane et la réalisation de plusieurs infrastructures connexes non prévues à l’origine. Ces investissements supplémentaires renforcent durablement les retombées économiques et sociales du Ter. Concernant les délais, la mise en service commerciale, initialement prévue en août 2025, a été retardée par des tensions de trésorerie ayant entraîné la suspension temporaire de certains décaissements et le ralentissement de plusieurs marchés. Malgré ce contexte, l’Apix, les entreprises et l’ensemble des partenaires sont restés pleinement mobilisés afin de préserver la qualité des ouvrages et de préparer une exploitation dans les meilleures conditions.
En définitive, si la phase II n’a pas respecté son calendrier initial, elle permettra de livrer un projet plus ambitieux, mieux adapté aux besoins des territoires et répondant aux plus hauts standards de qualité, de sécurité et de performance.
Faut-il s’attendre à des innovations dans l’exploitation ?
Oui. La mise en service de la phase II marquera une nouvelle étape dans l’exploitation du Ter et améliorera sensiblement la qualité du service offert aux usagers. Lors du lancement de la première phase, le réseau fonctionnait avec quinze rames, permettant une fréquence d’un train toutes les dix minutes entre Dakar et Diamniadio. Avec la phase II, sept nouvelles rames viennent renforcer le parc, qui compte désormais vingt-deux trains. Cette montée en capacité permettra de réduire la fréquence à un train toutes les huit minutes entre Dakar et Diamniadio aux heures de pointe.
Par ailleurs, un train sur trois poursuivra son trajet jusqu’à l’Aibd, offrant ainsi une desserte de l’aéroport toutes les vingt-cinq minutes environ. Au-delà de l’extension du réseau, cette évolution se traduira par davantage de places disponibles, des temps d’attente réduits, une meilleure régularité des circulations et un accès direct à l’aéroport. Le Ter franchit ainsi un nouveau cap et confirme son rôle de colonne vertébrale du transport collectif de masse, au service de la mobilité des populations et du développement économique du Sénégal.
Où en êtes-vous avec le dossier des impactés du Ter ?
La phase II du Ter concerne 1 345 personnes affectées par le projet. À ce jour, à l’exception des 450 détenteurs de terrains nus dont les procédures se poursuivent et de cinq personnes demeurées introuvables, toutes les personnes concernées ont reçu les compensations prévues au titre des pertes d’impenses. Il convient de rappeler que nombre de ces occupations étaient situées dans la forêt classée de Sébikotane ou sur des emprises du domaine national, sans titre administratif régulier. Dans un souci d’équité et de justice sociale, l’État a fait le choix d’accompagner ces populations en les indemnisant. Cette démarche traduit une conviction forte : les grands projets d’infrastructures doivent concilier développement économique et progrès humain. Au-delà des indemnisations en numéraire, l’État a mobilisé 65 hectares destinés au recasement des populations concernées, dont 23 hectares déjà aménagés à usage résidentiel, le reste étant destiné aux activités agricoles. À l’issue d’un processus transparent conduit par l’administration territoriale, 705 parcelles ont été attribuées par tirage au sort. Parmi les bénéficiaires, 485 disposent déjà de leur acte d’attribution et peuvent engager leurs travaux de construction. Les opérations se poursuivent afin que l’ensemble des bénéficiaires de parcelles puisse s’installer dans les meilleurs délais. Tout au long du processus, l’Apix a privilégié le dialogue avec les populations et travaille en étroite collaboration avec les autorités administratives et locales pour lever les contraintes restantes. Lors de sa visite à Sébikotane, le président de la République a réaffirmé l’engagement de l’État à accompagner durablement la commune, notamment à travers des investissements en voirie, en assainissement et en infrastructures sociales, afin d’accompagner sa croissance démographique et son développement urbain.
La phase III du Ter, en direction de Thiès puis de Mbour, représente-t-elle un chantier colossal ?
Sans aucun doute. La troisième phase du Ter constitue l’une des prochaines grandes ambitions ferroviaires du Sénégal. Par son ampleur, sa technicité et les enjeux qu’elle soulève, elle sera comparable aux plus grands projets d’infrastructures réalisés dans notre pays. Cette nouvelle étape nécessitera la réalisation d’une infrastructure ferroviaire traversant plusieurs territoires, avec des défis importants sur les plans technique, environnemental, foncier, social et financier. L’un des acquis majeurs est que le projet est déjà entré dans sa phase préparatoire. L’État du Sénégal a obtenu un financement de près de 10 millions d’euros, soit environ 6,5 milliards de FCfa, mobilisés auprès de l’Union européenne et de l’Agence française de développement (Afd). Ces ressources permettront de financer les études techniques, environnementales, socio-économiques ainsi que la préparation des futurs appels d’offres. La procédure est d’ores et déjà engagée avec le lancement de l’avis à manifestation d’intérêt. Au-delà de sa dimension technique, cette troisième phase marque un véritable changement d’échelle. Après avoir relié Dakar à Diamniadio puis à l’Aéroport international Blaise Diagne, l’ambition est désormais de prolonger le Ter vers Thiès, puis Mbour et, conformément à la vision du président de la République, d’étudier son extension vers Touba. Le Ter évoluerait ainsi d’un réseau métropolitain vers un réseau ferroviaire interrégional, structurant la mobilité nationale et reliant les principaux pôles économiques, industriels, universitaires et touristiques du pays. Cette perspective s’inscrit pleinement dans l’Agenda « Sénégal 2050 », qui fait du rail un levier majeur d’aménagement du territoire, de compétitivité économique et de cohésion nationale.
L’implantation de l’usine Avci Global Industrie à Diamniadio marque-t-elle le début d’une renaissance du textile sénégalais ?
L’inauguration de l’usine Avci Global Industrie, le 20 juin 2026, au sein de la Zone économique spéciale de Diamniadio, dépasse largement la mise en service d’une nouvelle unité industrielle. Elle constitue le symbole d’une stratégie nationale de réindustrialisation et de reconquête du secteur textile. Le Sénégal importe encore une part importante de ses besoins en vêtements et accessoires. L’implantation d’Avci Global Industrie ouvre ainsi la voie à une politique de substitution aux importations, de création de valeur locale et d’emplois industriels. Cette dynamique a été renforcée par la signature d’un mémorandum d’entente entre les ministères en charge du Commerce et des Forces armées, Avci Global Industrie et Global Business Services. Cet accord permettra, à terme, de produire localement les uniformes des forces de défense et de sécurité ainsi que ceux de plusieurs administrations publiques.
Au-delà de son impact économique, cette initiative traduit une volonté affirmée de renforcer la souveraineté industrielle du Sénégal tout en garantissant des débouchés durables aux unités de production nationales. Avci Global Industrie s’inscrit dans un mouvement plus large de relance de la filière textile. À Louga, Pitex redonne vie à une ancienne usine textile et favorise l’emploi local, notamment féminin. À Kahone, la relance de Domitexka, soutenue par des partenaires nationaux et internationaux, ainsi que son partenariat stratégique avec la Sodefitex contribuent à restructurer l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production cotonnière à la transformation industrielle. L’enjeu est désormais de bâtir une filière textile intégrée, capable de transformer davantage de coton produit au Sénégal, de réduire les importations, de renforcer le contenu local et de positionner le pays comme une plateforme industrielle compétitive en Afrique de l’Ouest.
L’implantation d’Avci Global Industrie ne constitue donc pas un projet isolé. Elle est l’un des premiers marqueurs d’une politique industrielle ambitieuse, fondée sur la souveraineté économique, la création d’emplois et la valorisation du potentiel productif national.
Parmi vos secteurs d’intervention, il y a l’énergie, les mines, le tourisme… Qu’est-ce qui a été réalisé depuis votre arrivée à la tête de l’Apix ?
Dans un contexte économique international marqué par de nombreuses incertitudes, les investissements accompagnés par Apix SA entre 2024 et 2026 témoignent de la résilience de l’économie sénégalaise et confirment que le Sénégal demeure une destination attractive pour les investisseurs nationaux et internationaux. Cette dynamique traduit la confiance des opérateurs économiques dans les fondamentaux du pays et dans l’efficacité du Code des investissements comme outil de promotion et de facilitation des investissements productifs. Dans le secteur de l’énergie, depuis 2024, le Code des investissements a permis d’accompagner des projets représentant plus de 2 600 milliards de FCfa d’investissements, répartis sur plusieurs régions du pays, notamment Saint-Louis, Kaolack, Kolda, Tambacounda, illustrant une territorialisation croissante des investissements. Les principales réalisations concernent : le renforcement des capacités de production, de transport et de distribution de la Senelec ; le développement de projets Gas-to-Power, favorisant la valorisation des ressources gazières nationales au service de la production d’électricité et de l’industrialisation ; les investissements dans les énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien ; la modernisation des infrastructures de production portées par les Producteurs indépendants d’électricité (Ipp).
Parmi les projets emblématiques figurent notamment Senelec, Elton Logistics & Services, Ndar Energies, le Parc éolien de Taïba Ndiaye, New Energy Africa Kolda, Serengeti Energy Tamba Solaire ainsi que Salvi à Kaolack, qui combine production d’énergie solaire, assemblage d’équipements photovoltaïques et transfert de technologies, illustrant la volonté de promouvoir des investissements à forte valeur ajoutée. Dans le secteur du tourisme, Apix S.A. a intensifié son accompagnement des investisseurs à travers la facilitation de projets structurants. Cet appui a permis la réalisation de nouveaux établissements hôteliers à Diamniadio, Thiès et Tambacounda, notamment Courtyard Diamniadio, So Suite Saly et Welly Hotel Tamba. Il a également concerné la réhabilitation, la modernisation et l’extension d’infrastructures hôtelières majeures telles que Le Lamantin, Novotel, Le Ndiambour, Terrou-Bi et Évasion Marine. Par ailleurs, Apix SA a accompagné des investissements dans les appart-hôtels ainsi que dans le transport touristique, à travers des projets portés notamment par Locasen, Revina Tours et Sénégal Découvertes. L’objectif est de renforcer durablement les capacités d’accueil du pays, d’améliorer la qualité de l’offre touristique nationale et de mieux préparer le Sénégal à l’accueil de grands événements internationaux, en particulier les Jeux olympiques de la jeunesse. Dans le secteur des mines, le nouveau Code des investissements de 2025 ne couvre plus les activités minières et extractives. Avant cette réforme, Apix SA accompagnait des projets de transformation et de valorisation des matériaux de construction, notamment les produits issus des carrières comme le basalte.
Depuis l’entrée en vigueur du nouveau Code, ces projets relèvent désormais d’autres dispositifs. De manière générale, les investissements enregistrés entre 2024 et 2026 confirment que le Sénégal poursuit sa transformation économique. Les secteurs de l’énergie, de l’industrie, de l’agro-industrie, des services, du tourisme et des infrastructures continuent d’attirer des investisseurs nationaux et internationaux.
Ces résultats confortent la stratégie nationale en faveur d’une croissance durable, d’une industrialisation renforcée, de la création de valeur locale et d’un développement équilibré des territoires. Ils démontrent également que le Code des investissements demeure un levier performant pour attirer des projets structurants, renforcer le contenu local et consolider la confiance des investisseurs.
La situation économique difficile du Sénégal a-t-elle eu des effets sur son attractivité en termes d’investissements ?
Je ne le pense pas. Les faits démontrent, au contraire, que le Sénégal demeure une destination attractive pour les investisseurs, malgré un contexte économique international marqué par de fortes incertitudes. Le premier indicateur est le succès de la 2 ᵉ édition du Forum Invest in Sénégal (Fii Sénégal), qui a permis de mobiliser 23,5 milliards de dollars d’intentions d’investissement et d’aboutir à la signature de 51 accords. Ces résultats traduisent la confiance renouvelée des investisseurs nationaux et internationaux dans les perspectives de l’économie sénégalaise. Cette confiance est également confortée par les résultats du Business Ready (B-Ready) de la Banque mondiale, qui mettent en évidence les progrès réalisés par le Sénégal dans l’amélioration de son environnement des affaires, grâce aux réformes engagées et à la modernisation du cadre d’investissement. Sur le terrain, cette attractivité se traduit par des réalisations concrètes. La Zone économique spéciale (Zes) de Diamniadio continue d’accueillir de nouveaux investisseurs dans des secteurs stratégiques tels que la pharmacie, l’agro-industrie et les matériaux de construction. Parallèlement, l’État poursuit sa politique d’aménagement du territoire avec le lancement de nouvelles Zones aménagées pour l’investissement (Zai), notamment à Médina Yoro Foulah, et prochainement à Touba, afin de rapprocher les investissements des territoires et de favoriser un développement économique plus équilibré. En définitive, la conjoncture économique a davantage constitué un test de résilience qu’un frein à l’investissement. Les principaux indicateurs montrent que la confiance des investisseurs demeure solide. Notre responsabilité est désormais de transformer cette confiance en investissements effectivement réalisés, en emplois durables et en création de valeur pour l’économie nationale. C’est précisément la mission que poursuit Apix SA, en cohérence avec la vision Sénégal 2050.
La zone de Ndayane est en train d’évoluer rapidement avec le port, ainsi que la Zone économique spéciale. Quel rôle y joue l’Apix ?
Le projet du port en eau profonde de Ndayane constitue l’un des investissements stratégiques les plus importants pour l’avenir économique du Sénégal. Le Port de Dakar ayant atteint ses limites opérationnelles, dans un contexte de concurrence accrue entre les plateformes portuaires de la sous-région, il était indispensable de doter le pays d’une infrastructure moderne répondant aux standards internationaux. Le futur port de Ndayane offrira toutes les capacités nécessaires pour fluidifier les opérations d’importation, d’exportation et de stockage des marchandises. Il accompagnera également le positionnement du Sénégal comme pays producteur de pétrole et de gaz et comme plateforme logistique de référence en Afrique de l’Ouest.
Pour maximiser les retombées économiques de cette infrastructure, une Zone économique spéciale (Zes) est développée en complément du port. L’objectif est de créer un véritable complexe industrialo-portuaire capable d’attirer des investissements, de favoriser la transformation locale, de renforcer les exportations et de générer durablement des emplois. Dans ce projet, Apix SA intervient à un double titre. D’une part, en sa qualité d’administrateur des Zones économiques spéciales, conformément aux dispositions légales. D’autre part, en tant qu’appui-conseil de l’État et des acteurs impliqués, pour la libération des emprises nécessaires à l’aménagement de la Zes. À ce stade, le recensement des personnes et des biens impactés a été achevé avec l’appui des autorités administratives. La prochaine étape consistera à engager les opérations de conciliation avec les populations concernées, avant le démarrage effectif des travaux d’aménagement de la Zone économique spéciale.
Comme pour les grands projets structurants que le Sénégal a réalisés, notamment l’Autoroute à péage ou le Ter, les opérations de libération des emprises exigent une approche à la fois rigoureuse et profondément humaine. L’ensemble des aspects sociaux sera pris en compte afin d’assurer un accompagnement responsable des personnes concernées. Au-delà de ces enjeux, le projet de Ndayane représente un puissant levier de transformation économique. Il générera des milliers d’emplois pendant les phases d’aménagement et d’exploitation, renforcera la compétitivité logistique du Sénégal et consolidera son rôle de hub régional. Face à une concurrence de plus en plus forte pour desservir les marchés de l’hinterland, notamment le Mali, ce projet traduit la volonté du Sénégal d’anticiper les évolutions du commerce régional et de préserver son avantage stratégique.
Désormais, la performance de l’Apix ne se mesure plus uniquement au nombre de projets accompagnés, mais également aux investissements effectivement réalisés, aux emplois créés, aux impacts économiques et sociaux générés, à la réduction des délais de traitement et à notre contribution concrète à la transformation structurelle de l’économie sénégalaise.
L’Apix, où vous avez occupé plusieurs fonctions, a 26 ans d’existence. Vous déploriez, en septembre 2024, une « organisation hypertrophiée », concentrée sur le Ter au détriment de la promotion des investissements. Quelle touche avez-vous apportée dans le fonctionnement de l’Agence, mais aussi dans la promotion des investissements ?
Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai effectivement estimé que l’Apix devait retrouver pleinement sa vocation première : être avant tout l’agence de promotion des investissements, d’amélioration du climat des affaires et d’accompagnement des investisseurs. Les grands projets structurants, notamment le Ter, constituent des réalisations majeures qui ont renforcé la crédibilité de l’Apix. Toutefois, ils avaient mobilisé une part importante des ressources humaines et organisationnelles de l’Agence. Il était donc nécessaire de rééquilibrer notre action autour de nos trois missions fondamentales : attirer les investissements, accompagner les investisseurs et conduire les réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires. Dans cette perspective, nous avons engagé une réorganisation interne visant à renforcer l’efficacité de l’institution, à clarifier les responsabilités et à replacer l’investisseur au cœur de notre action. La Direction de la Promotion des Investissements a été restructurée et renforcée. Nous avons également adopté une démarche plus proactive de prospection, ciblant les secteurs prioritaires de l’Agenda Sénégal 2050, tout en intensifiant notre présence dans les territoires et auprès des partenaires internationaux. Nous avons, par ailleurs, profondément enrichi notre offre de services. L’Apix ne se limite plus à faciliter les formalités administratives. Elle accompagne désormais l’investisseur tout au long de son parcours : identification des opportunités, accès aux régimes incitatifs, mise en relation avec les partenaires, facilitation de l’accès au foncier d’investissement, accompagnement dans la recherche de financement et résolution des difficultés éventuelles. Notre ambition est d’offrir un accompagnement intégré, de bout en bout, répondant aux besoins réels des investisseurs. En parallèle, nous avons accéléré les réformes visant à améliorer la compétitivité du Sénégal. L’adoption du nouveau Code des investissements, la simplification des procédures administratives, la digitalisation des services, le renforcement du Guichet unique et la préparation de l’évaluation B-Ready de la Banque mondiale traduisent notre volonté de bâtir un environnement des affaires plus moderne, plus transparent et plus performant. Enfin, nous avons instauré une véritable culture de résultats. Désormais, la performance de l’Apix ne se mesure plus uniquement au nombre de projets accompagnés, mais également aux investissements effectivement réalisés, aux emplois créés, aux impacts économiques et sociaux générés, à la réduction des délais de traitement et à notre contribution concrète à la transformation structurelle de l’économie sénégalaise.
L’Apix demeure un acteur majeur de la mise en œuvre des grands projets structurants de l’État. Mais elle réaffirme aujourd’hui pleinement sa vocation de porte d’entrée privilégiée des investisseurs, de facilitateur de l’investissement privé et de catalyseur de la compétitivité et de la transformation économique du Sénégal.
Entretien réalisé par Malick CISS et Moussa SOW (photos )

