La paille d’arachide (fane) n’est plus intouchable. Longtemps pilier de l’alimentation du bétail, elle est aujourd’hui contestée par la montée en puissance des cultures fourragères. En cause : des prix devenus prohibitifs et une qualité de plus en plus décriée.
Dans les bergeries de Dakar et de sa périphérie, le basculement est déjà en marche. Le constat est sans appel : le sac de paille d’arachide s’échange entre 5 000 et 6 000 FCFA, parfois plus, pour un produit dont la qualité laisse souvent à désirer. Poussiéreux, pauvre sur le plan nutritif, il fragilise les animaux tout en alourdissant les charges des éleveurs. Dans un contexte d’essor de l’élevage urbain, la facture devient difficile à supporter. Face à cette pression, les cultures fourragères s’imposent comme une réponse concrète. Sorgho, luzerne ou encore maïs fourrager gagnent du terrain dans les stratégies d’alimentation. Leur principal atout : le coût.
« Le kilo d’ensilage me revient à moins de 30 FCFA, contre près de 300 FCFA pour la paille d’arachide », tranche Abou Kane, président de l’Alliance pour le développement et l’amélioration des races (Adam). À ce différentiel s’ajoute un avantage décisif : la valeur nutritive. Non séché, l’ensilage conserve ses qualités, améliore l’état des animaux et réduit le recours aux aliments industriels onéreux. Sur le terrain, les retours sont sans équivoque. À Ouagou Niayes, Moustapha Bèye a tourné la page après une mauvaise expérience avec du foin de piètre qualité.
« Mes moutons tombaient malades. Depuis que je suis passé à la luzerne, ils sont en meilleure forme et mes dépenses sont mieux maîtrisées », confie-t-il. Comme lui, de plus en plus d’éleveurs optent pour une alimentation plus fiable et plus rentable. Mais au-delà du coût, c’est toute la logique d’approvisionnement qui est remise en question. La paille d’arachide est devenue un produit spéculatif, capté par des intermédiaires qui stockent pour revendre plus cher. Résultat : rareté, flambée des prix et perte de qualité. À l’inverse, les cultures fourragères offrent une voie vers l’autonomie. Produire son propre fourrage, c’est reprendre le contrôle sur ses coûts et sécuriser l’alimentation du cheptel. Pour les professionnels, l’enjeu est désormais clair : structurer une véritable filière fourragère.
D’autant que le potentiel est immense. Certaines cultures peuvent être exploitées pendant plusieurs années avec un entretien limité. Pourtant, le marché reste encore largement sous-exploité, laissant la place à des opérateurs étrangers déjà positionnés sur ce créneau lucratif. Cependant, un défi de taille subsiste : pour développer les cultures fourragères à grande échelle, il est indispensable d’investir dans du matériel agricole, encore hors de portée de nombreux éleveurs.
Par Oumar Fédior
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