Le président du Conseil national de la maison des éleveurs du Sénégal, Ismaïla Sow, alerte sur la hausse généralisée du prix du foin d’arachide et ses répercussions sur l’ensemble de la filière. Entre pression foncière, déficit de politiques adaptées et manque de concertation, il plaide pour une refonte en profondeur des stratégies publiques.
La question foncière s’impose désormais comme l’un des principaux facteurs de déséquilibre dans le secteur de l’élevage. Derrière la hausse continue du prix du foin d’arachide, c’est en réalité une transformation profonde de l’usage des terres qui est à l’œuvre, entre spéculation, réduction des surfaces cultivables et arbitrages publics contestés. Pour Ismaïla Sow, président du Conseil national de la Maison des éleveurs du Sénégal, cette dynamique fragilise durablement les équilibres du monde rural et met sous pression toute la chaîne de production animale.
La hausse du prix du foin n’est plus un phénomène isolé, mais bien une réalité nationale. D’emblée, Ismaïla Sow plante le décor. Sur toute l’étendue du territoire sénégalais, les éleveurs font face à une augmentation continue du coût de cet intrant essentiel. Une situation qui, selon lui, révèle les limites des politiques actuelles de développement de l’élevage, insuffisamment orientées vers la culture fourragère.
Car, au-delà du simple constat, c’est toute une vision qu’il remet en question. « La sécurité alimentaire doit aussi rimer avec la sécurité animale », insiste-t-il, appelant à une approche plus globale. En d’autres termes, il ne suffit pas de promouvoir l’élevage sans garantir, en parallèle, la disponibilité durable des ressources alimentaires pour le bétail. D’autant que, précise-t-il, la préservation de la flore et de la végétation demeure un impératif souvent relégué au second plan.
Dans cette équation, la question foncière apparaît centrale. Selon Ismaïla Sow, la flambée des prix du foin trouve en grande partie son origine dans la réduction des surfaces agricoles. La vente croissante des terres, souvent au détriment des activités rurales. « Ils ont privilégié la vente des terrains, ce qui cause des dommages », déplore-t-il, pointant du doigt des pratiques spéculatives qui réduisent les espaces dédiés à la culture et, par ricochet, à la production de foin.
Le mécanisme est implacable ; moins de terres cultivées signifie une offre en baisse, donc une rareté accrue. « Toute chose rare acquiert de la valeur », résume-t-il. À cela s’ajoute un autre facteur aggravant à savoir l’augmentation du cheptel, qui accentue la pression sur des ressources déjà limitées. Ainsi, malgré des récoltes jugées satisfaisantes, l’équilibre entre l’offre et la demande reste profondément déséquilibré.
Face à ces défis, le président de la Maison des éleveurs appelle à une meilleure organisation du secteur. Il plaide notamment pour des concertations plus inclusives à travers les organisations paysannes. Mais là encore, il se montre critique. Certaines de ces structures, dit-il, sont dominées par des experts déconnectés des réalités du terrain. « Il est illusoire de copier les techniques occidentales sous nos tropiques », tranche-t-il, soulignant la nécessité d’adapter les solutions aux spécificités locales. Dans cette perspective, il évoque également des enjeux stratégiques plus larges. L’autosuffisance en moutons à l’approche de la Tabaski, par exemple, reste un objectif à consolider. De même, le développement de la filière de la tannerie apparaît comme un levier encore sous-exploité. À défaut, prévient-il, la hausse actuelle des coûts de l’aliment de bétail pourrait se répercuter sur les prix de la viande.
Pour inverser la tendance, Ismaïla Sow insiste sur la nécessité de réformer la politique foncière. Il appelle l’État à engager des discussions approfondies avec les acteurs du monde rural afin de repenser les modalités d’attribution des terres. Une démarche qu’il juge indispensable pour sécuriser durablement les activités pastorales. À l’approche de la Tabaski, ses prévisions se veulent prudentes mais réalistes. «Le prix des moutons devrait, selon lui, connaître une nouvelle hausse». En cause, notamment, la stratégie des vendeurs qui, échaudés par les invendus des années précédentes, réduisent leurs effectifs pour limiter les pertes. À cela s’ajoutent les coûts de transport et d’entretien du bétail. «Ce n’est pas pour alarmer, mais c’est une logique bien réelle», conclut-il, appelant à anticiper dès à présent les tensions à venir.
Propos recueillis par Pathé NIANG
Lire aussi : Cultures fourragères La solution qui bouscule le règne de la paille d’arachide (3/4)

