Des sources historiques indiquent que l’arachide a été introduite au Sénégal par les Portugais au XVIIe siècle comme culture de subsistance. Elle s’est progressivement imposée comme une culture de rente, générant des dépendances, notamment dans l’alimentation du bétail. Aujourd’hui, face à la hausse des prix, certains éleveurs prennent le contrepied de cette évolution : c’est le retour du foin (l’herbe sèche).
Ce réajustement gagne du terrain, y compris en zones urbaines et périurbaines. Pour certains, il ne s’agit pas d’un changement, mais d’un retour à la normale. Le foin, herbe sèche naturellement disponible, constitue un fourrage gratuit et adapté aux ruminants. Longtemps relégué derrière la fane d’arachide, il retrouve progressivement sa place. À l’approche de la Tabaski, Madani Rassoul Ba prépare la commercialisation de petits ruminants. Confronté à la hausse des prix, il a abandonné la fane d’arachide pour se tourner « définitivement » vers le foin. Depuis près de deux mois, il nourrit ses animaux exclusivement avec ce fourrage, complété par des aliments concentrés.
« J’ai décidé d’arrêter la fane d’arachide. Le foin remplit le même rôle en facilitant la digestion », explique-t-il. Selon lui, ses moutons s’y sont rapidement adaptés, sans effet négatif. Mieux, ils semblent même le préférer. L’autre avantage reste son coût : une charrette de foin ne dépasse pas 4 000 FCfa, contre 8 000 FCfa pour un sac de fane. « Avec une charrette, je peux nourrir mes animaux pendant au moins deux semaines », précise-t-il. Certains éleveurs vont encore plus loin en récoltant eux-mêmes le fourrage. À Keur Mbaye Fall, il suffit de se rendre dans la forêt classée de Mbao pour s’en procurer gratuitement. C’est le choix de Demba Dièye, éleveur, qui a lui aussi tourné le dos à la fane d’arachide devenue hors de portée. Il appelle d’ailleurs à un retour massif au foin afin de « briser le diktat » de la fane d’arachide. Selon lui, cette flambée aura un impact direct sur le prix des moutons.
Pour Demba Dièye, une augmentation des prix des moutons est inévitable. « Toutes les perspectives annoncent une fête difficile. Tous les aliments de bétail sont en hausse. Nous vivons une crise généralisée, mais personne n’en parle jusqu’à ce que les consommateurs en subissent les conséquences », avertit-il. Il prédit même que le sac de fane d’arachide pourrait atteindre 10 000 FCfa d’ici la Tabaski, accentuant davantage la pression sur les éleveurs comme sur les acheteurs.
Assane FALL
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