Face à la hausse des prix des engrais azotés sur le marché international, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, invite les acteurs du secteur agricole à repenser les stratégies de fertilisation afin de réduire la dépendance à l’urée et promouvoir des solutions plus durables.
Dans une contribution adressée, ce lundi 23 mars, aux institutions de recherche, aux organisations paysannes et aux acteurs des filières agricoles, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage souligne que la flambée des prix de l’urée, aggravée par les tensions géopolitiques internationales et les perturbations des circuits d’approvisionnement, impose une adaptation rapide des pratiques agricoles. Selon Mabouba Diagne, il devient nécessaire d’optimiser les quantités utilisées et de valoriser davantage les fertilisants organiques disponibles localement.
Le ministre attire notamment l’attention sur le cas de l’arachide, culture majeure du système agricole sénégalais. En tant que légumineuse, l’arachide possède la capacité naturelle de fixer l’azote atmosphérique grâce aux bactéries présentes dans ses racines. Dans ces conditions, l’utilisation systématique de l’urée dans cette culture mérite, selon lui, d’être réexaminée. Mabouba Diagne sollicite ainsi l’expertise d’institutions comme Institut national de pédologie (Inp), Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra), Association des ingénieurs agronomes du Sénégal (Aias), Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) et International Fertilizer Development Center pour proposer des formules de fertilisation utilisant le strict minimum d’urée, voire aucune, tout en préservant les rendements.
Dans les cultures maraîchères, M. Diagne met également en avant l’intérêt croissant des fertilisants organiques, notamment le compost et le thé de compost obtenu à partir de fientes de volaille ou de lombricompost. Si l’urée demeure l’engrais azoté le plus concentré, avec près de 46 % d’azote, et favorise une croissance rapide des plantes, son utilisation excessive peut entraîner plusieurs effets indésirables, comme la brûlure des cultures, la volatilisation de l’azote ou encore l’acidification progressive des sols.
À l’inverse, le thé de compost agit comme un fertilisant organique et un biostimulant naturel. Il apporte des nutriments de manière progressive, améliore la vie microbienne du sol et renforce la résistance des plantes face aux maladies.
Pour le ministre de l’Agriculture, ces solutions constituent des pistes importantes pour renforcer la durabilité des systèmes de production.
Stratégies
Dans les cultures comme la pomme de terre, l’oignon ou la tomate, les analyses montrent que les meilleurs résultats sont souvent obtenus en combinant fertilisation minérale et amendements organiques. L’urée permet de stimuler rapidement la croissance des plantes et d’augmenter les rendements à court terme, tandis que le compost améliore la structure du sol, favorise la formation des tubercules ou des bulbes et contribue à la qualité des récoltes.
Dans la culture de l’oignon, par exemple, un excès d’azote en fin de cycle peut nuire à la conservation des bulbes et accroître les risques de pourriture. De même, pour la tomate, les fertilisants organiques contribuent à améliorer la qualité des fruits tout en renforçant la fertilité des sols. Face à ces enjeux, Mabouba Diagne appelle les institutions de recherche, les universités et les structures d’encadrement à intensifier les efforts de recherche et de vulgarisation afin de proposer aux producteurs des stratégies de fertilisation plus économes en urée et mieux adaptées aux réalités agroécologiques du pays.
L’objectif est de bâtir une agriculture à la fois productive, résiliente et durable, capable de réduire la dépendance aux intrants importés tout en préservant la fertilité des sols, dans la perspective de renforcer la souveraineté alimentaire du Sénégal.
Oumar FEDIOR

