Jadis cœur battant du transport ferroviaire sénégalais, la ferroviaire de Thiès peine aujourd’hui à retrouver son souffle.
Construite dans le sillage de l’expansion coloniale, la gare ferroviaire de Thiès a été un carrefour stratégique.
La ligne Dakar–Niger, reliant le Sénégal au Mali, y croisait celle de Dakar–Saint-Louis, faisant de la ville un point de convergence incontournable.
Inaugurée en 1885 avec la ligne Dakar–Saint-Louis, la gare a également abrité les ateliers de réparation et le siège du Dakar-Niger en 1934. Elle a été aussi le théâtre de luttes syndicales marquantes, notamment la grève des cheminots de 1938, inscrivant ainsi son histoire dans celle des grandes revendications ouvrières. Malgré sa réhabilitation récente en 2024, avec ses infrastructures modernisées et ses équipements flambant neufs, la gare peine à renouer avec son dynamisme d’antan. Derrière les façades rafraîchies, l’activité reste timide. Presque effacée.
Au marché de la gare, l’effervescence des grandes heures a laissé place à une atmosphère calme, figée. Sous une chaleur encore pesante, les commerçantes attendent, assises derrière leurs étals bien garnis. Des paniers de noix de cola, des cure-dents, du beurre de karité, mais aussi des fruits secs comme le « sumpu », les oseilles ou les jujubes composent l’essentiel des marchandises. Tout est en ordre. Mais les clients, eux, se font rares. Ouley Sidibé, la doyenne du marché, observe la scène avec résignation. Installée ici depuis plus de 35 ans, cette vendeuse d’origine malienne, aujourd’hui âgée de près de 80 ans, se remémore une époque bien différente. « Avant, il y avait du monde. Les passagers achetaient tout », raconte-t-elle d’une voix empreinte de nostalgie. Aujourd’hui, dit-elle, les ventes se font rares et beaucoup de ses anciennes compagnes ont quitté les lieux, certaines ayant cessé leurs activités, d’autres emportées par le temps. À quelques pas, Dieynaba Traoré partage le même constat. « Il n’y a plus rien ici. On reste parce qu’on doit nourrir nos familles », confie-t-elle, le regard fixé sur un horizon sans mouvement. Comme d’autres, elle appelle à une relance urgente du chemin de fer, seule à même, selon elle, de redonner vie au marché. Un peu plus loin, les cantines de réparation et de vente de téléphones tentent d’insuffler un semblant d’activité. Gora Thiam, installé depuis près de 20 ans, se souvient lui aussi des années fastes. « Quand le train circulait, le marché était plein. Il y avait des voyageurs, des touristes… On travaillait bien », explique-t-il. Aujourd’hui, poursuit-il, le ralentissement est visible. « Le flux de clients a chuté. Les journées sont devenues longues », regrette-t-il. Pour ces commerçants, la relance du chemin de fer représente l’espoir de voir renaître une économie locale autrefois florissante.


