Le Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, a défendu les arbitrages opérés dans le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026, ce dimanche 25 novembre, en mettant en avant la baisse des recettes, la hausse des dépenses énergétiques et les difficultés de mobilisation des financements extérieurs. Selon lui, les ajustements budgétaires visent à préserver les dépenses prioritaires et à reporter certains investissements dont l’exécution n’était pas assurée avant la fin de l’année.
Le gouvernement assume ses choix budgétaires. Lors de sa prise de parole consacrée à la situation née de l’examen du projet de loi de finances rectificative pour 2026, le Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, a défendu les mesures d’ajustement proposées par l’exécutif. Il a notamment expliqué que la révision des prévisions budgétaires répondait à des contraintes liées à la mobilisation des recettes et à l’augmentation de certaines dépenses.
« La loi de finances rectificative est une nécessité objective. Les équilibres ont été modifiés ; il faut donc les changer », a-t-il déclaré, en présentant les principaux facteurs ayant conduit le gouvernement à revoir ses prévisions.
Selon le chef du gouvernement, l’État fait face à trois contraintes majeures. Il a évoqué une baisse des recettes de 340 milliards de francs CFA, une augmentation de 540 milliards des charges et des besoins supplémentaires, principalement liés aux subventions énergétiques et au renforcement des moyens des forces de défense et de sécurité. À ces difficultés s’ajoute la nécessité de contenir un déficit déjà élevé dans un contexte de fortes contraintes sur les finances publiques.
Face à cette situation, le gouvernement affirme avoir privilégié la préservation des dépenses essentielles, notamment les salaires, les missions fondamentales de l’État, la sécurité et la protection sociale. Les arbitrages ont ainsi porté sur des investissements dont les conditions d’exécution n’étaient pas réunies.
Le projet de LFR prévoit, selon le Premier ministre, une baisse de 555 milliards de francs CFA des crédits d’investissement. Le chef du gouvernement soutient toutefois qu’une partie de ces crédits correspond à des projets reportés plutôt qu’abandonnés.
« Je veux être clair : il s’agit, pour une partie, d’investissements différés à l’année prochaine », a-t-il expliqué, estimant que le maintien de crédits destinés à des projets qui ne peuvent pas être exécutés dans les délais ne constitue pas nécessairement la meilleure utilisation des ressources publiques.
« Une inscription budgétaire, oui, pour un hôpital, pour l’eau, pour un forage, mais si ça ne peut pas s’exécuter, reportons ce crédit à l’année prochaine pour pouvoir exécuter d’autres dépenses », a-t-il indiqué.

Les recettes du PRES en question
Les arbitrages concernent notamment les dépenses prévues dans le cadre du Plan de redressement économique et social (PRES). D’après Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, les ressources encaissées au titre de ce programme s’élevaient à 173 milliards de francs CFA à la fin du mois de septembre. Cette mobilisation, inférieure aux prévisions, a conduit le gouvernement à différer 295 milliards de francs CFA de dépenses.
Le Premier ministre a souligné que certains investissements avaient été programmés en fonction des recettes attendues du PRES. Il estime que les difficultés de mobilisation de ces ressources doivent être prises en compte dans l’appréciation des choix budgétaires.
Les financements extérieurs constituent un autre facteur de contrainte. Le chef du gouvernement a fait état de 239 milliards de francs CFA de financements attendus mais non mobilisés. Cette situation a nécessité, selon lui, des arbitrages sur les projets pouvant être poursuivis en 2026 et ceux dont l’exécution doit être reportée à 2027.
Il a néanmoins assuré que les engagements bénéficiant de financements sécurisés avaient été préservés. Plus de 110 milliards de francs CFA auraient ainsi pu être financés à partir du PRES, notamment pour des projets universitaires, des infrastructures de santé et l’aéroport de Ziguinchor.
Le gouvernement prévoit également de poursuivre en 2027 plusieurs projets hospitaliers, notamment à Mbour, Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis et Matam. Les travaux d’assainissement de Touba, les centres de santé, les agropoles ainsi que certaines infrastructures scolaires et sanitaires figurent également parmi les projets évoqués par le Premier ministre.
Au-delà des investissements, la LFR doit permettre de dégager des marges de manœuvre pour régler une partie des arriérés de paiement de l’État. Le gouvernement a inscrit 300 milliards de francs CFA à cette fin, alors que leur montant global est estimé à 1 956 milliards de francs CFA par le chef du gouvernement.
Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô a insisté sur les conséquences économiques de ces retards de paiement, notamment pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics, leurs fournisseurs et les travailleurs mobilisés sur les chantiers. Pour le Premier ministre, les ajustements proposés doivent permettre de concilier la continuité des services publics, le règlement d’une partie des engagements de l’État et la poursuite des investissements prioritaires, dans un contexte de ressources limitées.
Cheikh Tidiane NDIAYE

