Face au rejet en commission du projet de loi de finances rectificative pour 2026, le Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, a appelé les députés à préciser leurs propositions de modification du texte. Il a également défendu les arbitrages budgétaires du gouvernement, qu’il justifie notamment par le coût des subventions énergétiques et les contraintes de financement de l’État.
Le débat autour du projet de loi de finances rectificative pour 2026 se poursuit sur fond de désaccord entre le gouvernement et une partie des députés. Prenant la parole sur cette situation, le Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, a défendu la démarche de l’exécutif et invité les parlementaires opposés au texte à formuler des propositions concrètes.
« Nous demandons aux parlementaires qui ont rejeté en commission la loi de finances rectificative de formuler des amendements », a-t-il déclaré, estimant que les critiques générales ne permettent pas d’identifier les corrections proposées.
Le chef du gouvernement a rappelé que l’article 82 de la Constitution encadre le droit d’amendement des députés, notamment en matière de ressources et de charges publiques. Il a ainsi invité les parlementaires à exercer cette prérogative dans le respect des dispositions constitutionnelles.
« Le désaccord est légitime dans une démocratie. Cependant, il ne saurait faire perdre de vue la responsabilité commune qui lie les institutions au sein de la nation », a-t-il affirmé.
Au-delà du débat institutionnel, le Premier ministre a défendu les ajustements budgétaires proposés par le gouvernement. Il a expliqué que la révision des prévisions pour 2026 résultait notamment de la baisse des recettes attendues, de l’augmentation des charges et des difficultés de mobilisation de certains financements.
Le coût du soutien aux prix de l’énergie
Les subventions énergétiques occupent une place importante dans l’argumentaire du gouvernement. Selon Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, la hausse des coûts de l’énergie a alourdi les dépenses publiques, obligeant l’État à rechercher des marges de manœuvre dans le budget.
Le Premier ministre a soutenu que le gouvernement avait choisi de ne pas répercuter intégralement le choc pétrolier sur les consommateurs. « Nous n’avons pas répercuté intégralement le choc pétrolier sur les Sénégalais. Nous avons absorbé une partie de ce choc en maintenant des prix subventionnés », a-t-il déclaré. Il a expliqué que cette politique de soutien avait entraîné des besoins supplémentaires, alors que les ressources disponibles ne permettaient pas de maintenir l’ensemble des dépenses initialement prévues.
Dans ce contexte, le gouvernement a décidé de revoir certains crédits d’investissement. Le projet de LFR prévoit ainsi, selon le Premier ministre, une diminution de 555 milliards de francs CFA des crédits concernés. L’exécutif présente une partie de cette baisse comme un report à 2027 de projets dont les conditions d’exécution n’étaient pas réunies.
Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô a également évoqué une baisse de 340 milliards de francs CFA des recettes et une augmentation de 540 milliards des charges et des besoins supplémentaires. Il a insisté sur la nécessité de préserver les dépenses prioritaires, notamment les salaires, la sécurité et la protection sociale.
300 milliards pour les arriérés de paiement
Le règlement des arriérés de paiement constitue un autre argument avancé par le gouvernement pour défendre le projet de LFR. Le Premier ministre a indiqué que 300 milliards de francs CFA avaient été inscrits pour commencer à apurer ces engagements, dont le montant global atteindrait 1 956 milliards de francs CFA.
Il a mis en avant les conséquences de ces retards pour les entreprises et les travailleurs. Selon lui, le paiement des sommes dues doit permettre à certaines entreprises de retrouver de la trésorerie, de reprendre des chantiers interrompus, de régler leurs fournisseurs et de payer les salaires.
Le chef du gouvernement a ainsi appelé les députés à prendre en compte les conséquences économiques et sociales du rejet du texte. Il estime que le débat ne doit pas se limiter aux investissements différés, mais doit également porter sur les moyens de financer les dépenses prioritaires et de régler les engagements de l’État.
Enfin, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un dialogue entre l’exécutif et le Parlement. Il a indiqué avoir proposé au président de l’Assemblée nationale des échanges techniques en amont des prochaines lois de finances, afin de favoriser une meilleure concertation entre les deux institutions. Cette démarche, selon lui, doit permettre de dépasser les divergences et de rechercher des solutions compatibles avec les contraintes budgétaires du pays.
C.T.N


