Le projet Mobilier national, mis en place par l’État du Sénégal pour favoriser une meilleure participation des artisans locaux aux projets stratégiques, suscite à la fois espoirs et interrogations chez les acteurs du secteur. Si certains saluent une initiative ambitieuse, porteuse d’opportunités, d’autres dénoncent des procédures administratives jugées lourdes, longues et complexes.
À Dakar, le long du canal 4 de Fass, véritable vitrine de l’artisanat local, s’étendent sur plus d’un kilomètre des expositions de meubles fabriqués par des artisans sénégalais. Chambres à coucher, armoires, salons et lits en bois soigneusement travaillés y sont présentés au grand public. Dans cette zone où se mêlent circulation intense, activités commerciales et animation urbaine, des centaines de jeunes artisans tentent de vivre de leur savoir-faire. Parmi eux figure Ousmane Mbaye, menuisier fort d’une vingtaine d’années d’expérience. Formé par son père, il dirige aujourd’hui son propre atelier et encadre de jeunes apprentis. Selon lui, l’artisanat sénégalais a considérablement évolué au fil des années. « En observant les différentes réalisations, on ne peut que se réjouir du professionnalisme et du savoir-faire des jeunes artisans sénégalais. Les produits sont beaux et de qualité », affirme-t-il en désignant un salon en cuir rouge exposé devant son atelier. Toutefois, il estime que des efforts restent à faire en matière de compétitivité. « Il reste encore du chemin à parcourir, même si nos produits sont de plus en plus adoptés par nos compatriotes », reconnaît-il. Pour Ousmane Mbaye, le projet Mobilier national constitue une opportunité importante pour le secteur. « C’est un projet pertinent. Ses débuts étaient prometteurs et très appréciés. Dans sa vocation, il peut renforcer la compétitivité du secteur et accroître la participation des entreprises sénégalaises à la commande publique. Cependant, il est souvent freiné par les lourdeurs administratives. Les procédures sont longues et complexes», regrette-t-il. Il plaide pour une décentralisation du processus d’enrôlement des artisans afin de simplifier les démarches. Installé à quelques mètres de lui, Moustapha Sèye partage le même constat. « C’est un projet utile et ambitieux. Il peut permettre au secteur de mieux s’organiser et de gagner en compétitivité. J’ai vu des collègues qui y ont participé avec succès », souligne-t-il. Mais il déplore également des formalités administratives contraignantes et des dossiers qui restent parfois sans réponse. « Le véritable défi est d’adapter le dispositif aux réalités des artisans. Lorsque les formalités sont trop lourdes et que les exigences bancaires sont élevées, beaucoup renoncent à participer. Il faut simplifier davantage les procédures et rapprocher les services des bénéficiaires », estime-t-il.
Miser sur les consortiums
Face à l’espace d’exposition des artisans, plusieurs inscriptions visibles sur le mur de l’université témoignent des préoccupations du secteur : « Audit du Dmta », « Le mobilier national aux artisans sénégalais », ou encore « Non aux importations ». Pour Ismaïla, artisan menuisier, ces messages traduisent avant tout une volonté d’obtenir davantage de soutien pour rendre les activités plus rentables. « Le projet Mobilier national est une excellente initiative. Mais nous avons parfois l’impression qu’il y a plus d’annonces que de résultats concrets. Nous avons soumissionné pour des marchés de tables-bancs et de mobilier scolaire sans jamais recevoir de retour», déplore-t-il. Selon lui, une meilleure collaboration entre les associations professionnelles et les gestionnaires du projet permettrait d’améliorer l’accompagnement des artisans. « Les artisans sénégalais produisent de la qualité. Aujourd’hui, l’enjeu principal est de renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent constituer correctement leurs dossiers de candidature », explique-t-il.
Son collègue Souleymane Badiane estime, pour sa part, que les artisans gagneraient à se regrouper au sein de consortiums. « Lorsque chacun dépose son dossier individuellement, le nombre de demandes devient très important et les délais de traitement s’allongent. En regroupant nos forces, nous pourrions mieux répondre aux exigences des marchés et partager les tâches », soutient-il.
Selon lui, cette démarche permettrait également de renforcer la capacité financière des artisans et d’améliorer l’exécution des projets obtenus. Ousmane Mbaye abonde dans le même sens. « Pour des marchés exigeant des garanties de 200 ou 300 millions de FCfa, les consortiums constituent une solution pertinente. Ils permettent de mutualiser les ressources et de respecter les délais de livraison », affirme-t-il.
Pour ces artisans, l’avenir du projet Mobilier national dépendra autant de la simplification des procédures administratives que de la capacité des acteurs à s’organiser collectivement pour saisir les opportunités offertes par la commande publique.
Par Demba DIENG

