À quelques kilomètres de Louga, dans la zone de Touba Seras, l’exploitation du bassin d’infiltration des eaux usées de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) par des fermes agricoles est en plein essor. Parmi elles, la ferme moderne Rénovation s’impose comme un exemple d’innovation dans l’horticulture locale. En valorisant les eaux issues du bassin d’infiltration, l’exploitation contribue à prévenir les débordements de l’ouvrage tout en développant une production maraîchère dynamique. Elle génère des dizaines d’emplois et ravitaille Louga ainsi que plusieurs grandes villes du pays en légumes frais.
LOUGA – Le Ndiambour est une terre d’entrepreneurs, où l’ingéniosité et l’esprit d’initiative trouvent un terrain fertile. À deux kilomètres de la ville de Louga, vers l’est, en pleine brousse du Ndiambour, une petite révolution agricole est en marche. Aux abords du bassin d’infiltration des eaux usées de Touba Seras, un vaste espace verdoyant surgit au milieu d’une végétation clairsemée et jaunie par la sécheresse, plusieurs semaines après la fin de l’hivernage. Le jour de notre passage, le contraste est frappant. Dans cette steppe semi-aride, la ferme de Baye Dame Khoulé apparaît comme une véritable oasis.
Installée à proximité du bassin d’infiltration alimenté par les eaux usées de Louga (quartier Touba Seras), la ferme entretient avec cet ouvrage une relation étroite. Grâce à des pompes solaires raccordées au bassin, l’exploitation parvient à irriguer près de 27 hectares de périmètre agricole. En cette matinée, le propriétaire, Baye Dame Khoulé, nous accueille à l’ombre d’un grand arbre qui lui sert à la fois de bureau et d’espace de réception pour les visiteurs qui franchissent le portail du domaine, ceinturé d’une clôture grillagée. Le maître des lieux nous fait visiter son exploitation équipée d’un système d’irrigation goutte-à-goutte et d’installations modernes permettant une distribution rationnelle de l’eau dans les parcelles.
Au premier regard, on aperçoit des semences de pommes de terre stockées dans des sacs, des plants de tomates, ainsi que des légumes locaux comme le nadj ou l’aubergine africaine. Mais la grande spécialité de la ferme reste la culture du petit piment. Dans une serre dédiée, les semences de piment sont mises en germination. Quelques jours après leur levée, les jeunes plants sont repiqués dans les parcelles aménagées. Les plants poussent rapidement et produisent des fleurs qui se transforment en gousses de petits piments très prisés sur les marchés, connus en wolof sous le nom de « kaani thioukouli ». Plusieurs pépinières d’oignons occupent également une partie importante du périmètre maraîcher aménagé sur les terres de la famille Khoulé.
Au centre de la ferme se dresse une autre serre consacrée à la culture du concombre. Le président du Gie agricole explique que la culture sous serre améliore fortement la productivité. « Avec la culture sous serre, on peut récolter les concombres tous les trois à quatre jours. C’est pourquoi nous prévoyons d’installer une nouvelle serre sur un hectare, pour un investissement d’environ 25 millions de francs CFA », souligne Baye Dame Khoulé. Outre ces spéculations, la ferme compte également 300 pieds de « Nebeday » (Moringa) utilisés comme haies naturelles pour protéger certaines pépinières, ainsi que 600 plants d’anacardiers importés de Casamance et plantés dans différentes zones du domaine.
« Les boues issues du bassin sont aussi utilisées pour fabriquer un terreau très fertile destiné aux plants », explique Baye Dame Khoulé. Ce substrat est produit sur place, alors qu’auparavant il devait être importé d’Europe. Pour l’irrigation, l’exploitant précise que toute l’eau utilisée provient du bassin d’infiltration aménagé par l’Onas. Le pompage de cette eau pour les besoins du maraîchage contribue également, selon lui, à préserver l’ouvrage. Pour alimenter le réseau d’irrigation, l’exploitation dispose de huit pompes, capables de puiser entre 80 et 150 m³ d’eau par heure. L’eau est systématiquement filtrée avant son utilisation dans les parcelles. Compte tenu de l’utilisation d’eaux usées traitées, la ferme a noué un partenariat avec l’Institut de technologie alimentaire (Ita) afin d’effectuer des analyses sanitaires sur les produits. Selon Baye Dame Khoulé, pendant deux ans, l’Ita a procédé à des tests sur les légumes produits afin de vérifier leur conformité sanitaire.
« Les résultats ont été concluants. Les produits sont consommables sans risque », assure-t-il. Concernant la commercialisation, les responsables de la ferme affirment ne rencontrer aucune difficulté. Le marché de Louga est largement approvisionné en légumes frais issus de l’exploitation. Au-delà de Louga, des camions chargés de produits maraîchers quittent régulièrement la ferme pour d’autres villes. « Nous vendons notre production à Louga, mais aussi à Touba, Kaolack et Notto Gouye Diama », précise Baye Dame Khoulé. La ferme constitue également une source d’emplois importante pour les populations locales. Actuellement, 27 employés permanents travaillent sur le site. À ces postes s’ajoutent des journaliers, principalement des femmes venant des villages environnants et du quartier Touba Seras. Elles participent à la récolte et aux travaux agricoles. Chaque jour, environ 50 ouvriers saisonniers sont mobilisés. Les femmes gagnent entre 3 500 et 4 000 francs CFA par jour ; Pour développer cette exploitation, Baye Dame Khoulé et sa famille ont investi 357 millions de francs CFA entre 2020 et juillet 2025 dans l’aménagement et l’équipement du site.
Par Oumar KANDE (Textes) et Moussa Sow(Photos) (Envoyés spéciaux)

